Les origines des crises qui empêchent Haïti de prendre la voie du développement

Publié le 2019-11-01 | Le Nouvelliste

La démarche scientifique consistant à apporter des éléments de réponse à la problématique des crises pérennes en Haïti est pour le moins complexe. C’est pourquoi traiter la thématique, « Les Origines des crises qui empêchent Haïti de prendre la voie du développement », revient à faire, entre autres, la psychosociologie historique de deux siècles d’événements en Haïti.  Car ils ne suscitent pas seulement la curiosité des scientifiques sociaux, mais également le ressenti populaire et plus que jamais les séquelles des crises transitoires permanentes que connait Haïti.

La mort des symboles et l’homicide dessalinien : du rêve de gloire à la honte nationale.

Les problématiques d’élucidation des causes patentes et latentes de la stagnation sociale et du recul économico-financier de la société haïtienne s’inscrivent dans deux proportions majeures. Il s’agit de la dimension explicative des choix structuro-institutionnels et la compréhension de la causalité effective sur l’acteur individuel. Tout d’abord, rappelons que la naissance d’Haïti relève, d’une part, de l’extraordinaire capacité d’unification des va-nus-pieds d’ascendance africaine et d’autres parts des mulâtres, dont l’intérêt d’accession aux privilèges des colons a été plus que visible et connu. Cette articulation intéressée des deux classes autour du besoin de liberté a fini par donner les résultats escomptés. De ce fait, le Général J.J. Dessalines a eu l’occasion de promulguer l’indépendance haïtienne à la date du premier janvier dix-huit cent quatre.

L’Histoire retiendra que l’élite militaire de l’époque n’a pas su protéger l’empereur Dessalines qui s’est fait assassiner le 17 octobre 1806. Cependant, la compréhension explicative veut que la mort du héros national soit interprétée comme l’assassinat du rêve de liberté et d’accès à la propriété privée des noirs. Cependant, il faut y voir l’effacement symbolique du grand rêve égalitariste et progressiste de l’empereur Dessalines et du gouverneur T. Louverture. À partir de cet événement a été semé le germe de l’incapacité apparente individuelle à s’entendre sur le choix du destin de la société haïtienne. Force est de constater qu’il a été question du schisme entre le nord et le sud. Par voie de conséquence, ont émergé sur ce petit bout de territoire la République de Pétion, tortionnaire connu de l’empereur, et le royaume du nord sous la commande du roi H. Christophe. Sur ce plan, les frères ennemis ont donné au pays deux directives allant totalement en sens opposé.

De la symbolique du deuil impérial jamais réalisé :

 La perspective compréhensive de la chose sociale s’attardera sur le principe du deuil national de l’empereur J.J. Dessalines. Car il est nécessaire à la construction mentale, comme l’une des principales causes explicatives d’égarement de la nation haïtienne et de l’incapacité à mettre la société et le pays sur les rails du développement. Dans tous les pays du monde, la tradition socioculturelle veut que l’on honore ses héros et qu’on en garde le souvenir le plus propre qui soit. La raison, à ce niveau, semble être thérapeutique et inclusive de valeurs à une fin de structuration et de construction mentales. C’est presqu’une attitude génétique propre à l’esprit de l’homme anthropologique de croire ou de s’attacher à des valeurs suprasociales pour se construire. Or, la transmission des données historiques relatives à Haïti montre que l’on a dévalorisé successivement tous les emblèmes de cette société. Car l’un des éléments les plus marquants se situe aux confins du traitement infligé non seulement au corps de l’empereur, à ses restes mais également à sa mémoire.

Quant à l’histoire officielle, ne nous dit-elle pas que le principal héros noir de tous les temps a été mis en terre par une folle ? N’est-ce pas l’objet même de la déchirure du rideau symbolique qui devrait protéger l’intimité voire la virginité de la jeune nation en devenir ? Il est opportun de penser que même l’intelligence moyenne peut déceler dans cet agissement barbare la volonté de salir l’image de la nation haïtienne et de vouer à l’échec toutes les sociétés d’ascendance africaine. Symboliquement, la signification profonde de cela renvoie à un acte de folie que d’avoir pris l’indépendance et procédé à la réhumanisation de tous les peuples opprimés. Tel est, entre autres, le sens implicite de l’homicide de Dessalines, dont le but est la continuation de la domination occidentale. On a donc tué, avec la complicité des Haïtiens proches et soumis aux colons, la poule dans l’œuf. Qu’en est-il alors des victimes, descendants des pionniers haïtiens de la liberté ? Il s’agit, au regard de l’ethnosociologie haïtienne, d’une quête symbolique de guérison mentale, nécessaire à l’activation de la réconciliation nationale, laquelle devra absolument impacter le développement socio-économico-culturel de la République d’Haïti. Sur le plan historico-sociologique, cela répond à l’urgence de l’unité de la famille haïtienne. Celle-ci doit prendre les formes d’union entre « la mulâtrie et le noirisme », entre les riches et les pauvres sur la base d’une prise de conscience nationale, entre la diaspora et ceux vivant en Haïti. Car les fondements de cette union ne sont autres que la création de la communauté identitaire, de la communauté d’intérêts et de progrès de l’ensemble de la société.

Le blocage mental de la construction socio-individuelle :

 L’identification de l’origine des causes dont émanent l’effervescence sociétale permanente et les crises aiguës ou bénignes ne peut exclure la problématique de l’intérêt individuel inconsidéré, au sein du groupe ethnique d’Haïti. Dans cet aspect de l’analyse scientifique, l’explication compréhensive s’oriente vers ce que l’on peut appeler le désir d’autosatisfaction individuelle inassouvie. Or, le vieux rêve de l’Haïtien (ne) issu(e) de l’esclavage est l’accès à la propriété privée. Dans le passé, cela a été perceptible sur le plan de l’attente d’acquisition du foncier, en d’autres termes d’une parcelle de terrain que l’on voudrait dignement cultiver pour répondre aux besoins primaires. Or, la tournure politique, le schisme sociogéographique, la discrimination sociale, la trahison de A. Pétion et l’attitude égoïste des généraux de l’armée indigène n’ont pas permis aux pauvres opprimés de construire en eux-mêmes ce sentiment de satisfaction. Au lieu de laisser les noirs croire dans un avenir prometteur, on les a plongés dans un amas d’obscurité mentale et de désespoir. Leur héros est mort, donc avec lui l’ensemble des rêves qu’ils portaient en eux. Il me semble que ce soit la dimension subjective la plus importante chez l’être humain que de pouvoir combler ses besoins par l’accomplissement du travail assidu et de l’accès à la propriété privée. Ainsi, les individus sociaux de la paysannerie n’ont pas eu droit de se construire socialement et symboliquement. À cela s’ajoute son exclusion des affaires de la société et de l’Etat. D’où, comme l’a dit l’autre, la fabrication du pays en dehors par les acteurs sociaux animés de mauvais sentiments. Aussi est-il évident que la problématique de l’évolution sociétale ait pris une proportion sociogéographique exclusive de la majorité statistique vivant sur le territoire national. En ce sens, c’est le clientélisme clanique qui l’a emporté sur la construction de la communauté d’intérêts. D’où la génération d’un ensemble de sentiments de frustration, d’aigreur, de jalousie, dont les effets se font cruellement sentir dans l’Homme indigène.

L’exclusion systémique de l’altérité-adversaire ou la vengeance partisane intériorisée :

 Objectivement, la curiosité intellectuelle ne peut outrepasser l’action sociale institutionnelle. Rappelons qu’une institution sociale peut être perçue comme une invention humaine, relativement tributaire de la culture, des traditions et de la capacité individuelle à répondre aux multiples besoins d’organisation, de structuration sociale etc. C’est l’un des mécanismes par lesquels l’action sociale étatique peut atteindre l’individu le plus efficacement. Dans cette catégorie institutionnelle impactant l’évolution sociale, ne sont pas exclus les traditions, la religion, l’Etat, l’économie, le système d’organisation sociale, la constitution etc.  De ce fait, si l’on se focalise un tant soit peu sur la dichotomie exclusion-inclusion, on s’aperçoit bien vite que les hommes et les femmes de lois et de l’Etat haïtiens n’ont jamais su faire la part des choses. En effet, ils ne savent pas faire le distinguo entre la communauté d’intérêts et l’appropriation personnelle de l’intérêt commun. Car animés par l’esprit de vengeance et de l’égoïsme exacerbé, ils ont écrit volontiers des lois exclusives de l’altérité-adversaire. Cela est perceptible dans « l’habitus ethnosociologique » de l’élimination directe ou indirecte de l’opposant de proximité. Car lorsqu’on n’arrive pas à l’éliminer physiquement, on lui dresse un mur socialement et politiquement. L’exemple du bannissement des riches macoutes suite à la chute des Duvaliers montre bien la capacité des législateurs à travailler contre l’intérêt national communautaire. L’exclusion des lavalassiens du « pouvoir péachetékiste » amplifie les preuves au sein de l’arène politique haïtienne. D’ailleurs, l’opposition s’il en existe une, n’est-elle pas en train de solliciter fièrement le départ de Jovenel Moïse ? Or, cette attitude à réclamer le départ des présidents élus ou transitoires est ancrée dans le schème de représentation mentale haïtienne et fait montre de l’inconscience individuelle à pouvoir considérer le pays d’abord. Car le vide institutionnel créerait un espace de prédilection aux acteurs qui ne voient là qu’une opportunité de s’infiltrer dans l’arène politico-économique afin de partager le « butin ».

De l’indexation institutionnelle au cafouillage généralisé :

L’analyse ethnosociologique se veut également capable d’interroger l’actualité et de montrer les tentatives de fuite en avant de certains acteurs sociaux. Car en matière de recherche d’identification des raisons de l’énervement populaire, il faut compter les actions récentes posées par des législateurs, dont les conséquences sont perceptibles par le commun des mortels en Haïti. Sur ce plan, l’attitude de marronnage identifié dans les comportements des hommes et des femmes d’Etat haïtiens et leur tentative de passer entre les mailles du filet peuvent être mises en exergue.

Il y a quelques semaines, on réclamait l’argent pétrocaribé « Kot kob petrokaribe a ». C’est un mouvement porté par la jeunesse haïtienne, celle-ci étant frustrée, appauvrie et vivant dans la précarité absolue. Il me semble que l’on entende de moins en moins sur les antennes de la Radio les « Pétrochallengers ». Soudain, c’est la focalisation individuelle portant sur la personne du dit président de la République, lequel était chargé de faire justice aux misérables trompés. Pourquoi ce retournement situationnel ? Encore une fois, c’est l’intérêt individuel qui l’emporte. Car bien récemment certains sénateurs de la République semblaient être sous le feu des projecteurs journalistiques comme des acteurs favorisant l’impunité et la corruption de tout genre. Par voie de conséquence, l’institution des hommes et des femmes de loi en Haïti semble avoir perdu toute sa crédibilité aux regards de la nation. Il faut donc se laver aux yeux du peuple, comme s’il pouvait avoir déjà oublié ceux qui l’ont toujours retenu prisonnier dans la misère socioéconomique. De ce fait, autant accuser le voisin pour ne pas porter seuls le fardeau du rejet populaire. Ainsi, on s’est focalisé sur les comportements et décisions de l’exécutif qui n’est point net de tout soupçon et de tout péché. Aussi, est-il évident que le ras-le-bol populaire soit donc un indicateur social tributaire de la corruption institutionnelle généralisée. Ce coup de projecteur sur « le mal heureux élu » semble atténuer la colère du peuple vis-à-vis d’un parlement en perte de vitesse, de légitimité et de dignité.   

« Ce n’est pas moi, c’est l’autre » ou « Ce n’est pas la faute du parlement mais celle de l’exécutif », tel est le message subliminal lancé par ces astucieux responsables de la nation. Or, si la gestion des biens de l’Etat par le président lui confère une puissante responsabilité, il n’en est pas moins du pouvoir législatif au regard de la constitution en matière de contrôle de la République. De ce fait, cette tentative d’épuration de l’image des parlementaires corrompus et vicieux a tout l’air du traditionnel mépris affiché vis-à-vis des classes précaires qui demandent la justice sociale, le changement systémique et la liberté de se construire humainement.

La méritocratie barricadée comme source de frustration pérenne :

 La sociologie des professions montre la distribution sociale en matière de choix individuel d’une profession, de migration géographique interne d’une région à une autre pour l’emploi, de la représentativité professionnelle genrée, de la proportionnalité de création d’emplois selon les secteurs privés et publics etc. Dans le cas d’Haïti, la science sociale a bien du mal à faire l’analyse des professions et du travail. D’abord, la raison en est qu’il n’y ait point de création d’emploi massive et ensuite l’accès à celle-ci n’est point fondé sur la méritocratie, mais plutôt sur des pratiques de cooptation ne tenant pas compte des capacités et des formations académiques individuelles. C’est une question de « afè tizanmi », de « afè kokoday » ou « de rapport sexuel volontaire ou involontaire », comme substitut aux compétences personnelles. Le bas devient le haut et vice versa. Ainsi se dessine la cartographie socioethnique de cette triste réalité.

Rappelons que le sentiment du devoir accompli par le travail n’est pas une réalité au sein de la majorité statistique en Haïti. De ce fait, l’analyse inclusive de la méritocratie, comme critère de sélection, montre que la problématique de l’incapacité d’accès à l’emploi constitue l’une des principales sources de la colère de la rue. C’est pourquoi je propose aux scientifiques sociaux de se pencher sur cette dimension psychosociale pour mieux appréhender les véritables raisons du blocage de la société haïtienne, jusque-là non identifiées. Car il s’agit d’un cumul d’éléments endogènes de natures économique, sociale, mentale, théologique, culturelle et traditionnelle.

Qu’est-ce que le peuple réclame ?

 Pas grand-chose ! Simplement à pouvoir vivre en sécurité, à avoir un pays électrifié, à avoir la satisfaction alimentaire, à pouvoir se vêtir, se faire soigner, à pouvoir s’éduquer etc. À cette liste peuvent s’ajouter les besoins aigus de l’éradication de l’impunité et du vice généralisé. C’est, entre autres, un ensemble de besoins de première nécessité tant sur le plan économique que social. Cependant, au sein des générations successives ont été identifiées l’insatisfaction personnelle et l’incapacité étatique à répondre aux injonctions nationales.

 De ce fait, la compréhension de l’origine des crises haïtiennes est ancrée dans l’attente permanente des pauvres. Ils ont besoin d’accéder à un niveau de vie digne de l’être humain. Car l’exclusion de l’altérité, corollaire des multiples formes de discrimination, a eu des conséquences sur leurs existences humaine et sociale. Symboliquement, il s’agit d’une réclamation de droit naturel à la vie et au respect des droits humains. Ainsi, l’incapacité étatique semble avoir un lien avec l’inefficacité institutionnelle, en même temps qu’elle génère les crises.

De la problématique d’impact du socioéconomique :

 On peut donc introduire la dimension économico-sociale à la fois comme outil et objet. Si on la considère comme un outil, elle peut d’emblée être mise dans la catégorie des facteurs d’influence, dont sont tributaires les mécontentements individuels. Car c’est en vertu de l’absence de réponses de nature économico-financière que la crise haïtienne devient incontournable. Car, quotidiennement, les acteurs sociaux de la paysannerie profonde et les citadins pauvres doivent faire face aux difficultés économiques. Or, celles-ci entretiennent un rapport de causalité avec le facteur démographique et avec la variable de l’émigration.

Ainsi, la sociologie économique se veut démonstrative du scandale migratoire de la main-d’œuvre haïtienne qui, depuis des décennies, va enrichir la République dominicaine et d’autres pays de l’Amérique. C’est pourquoi on pense que l’amélioration des conditions de vie des classes précaires sur ce plan favorisera un autre regard sur la chose étatique. Objectivement, l’émergence du socioéconomique relatif au contexte haïtien est tributaire d’un ensemble d’autres facteurs. On peut citer à titre d’exemples les formes de croyances individuelle et communautaire, l’articulation éducationnelle intramondaine et intracommunautaire, la définition d’une politique inclusive des acteurs dans le processus d’innovation sociale, la responsabilisation individuelle et collective etc.

Il parait opportun d’élucider le facteur religieux comme l’une des principales sources d’influence du développement. Car la puissance des formes de croyance véhiculées dans l’intracommunautaire joue un grand rôle dans la représentation mentale individuelle du monde et du progrès. En effet, depuis l’âge classique de la sociologie, M. Weber a su magistralement démontrer l’efficacité effective du protestantisme. Il a fait apparaitre sa nature profonde en matière d’impact sur l’action individuelle et sa fonction intramondaine. C’est, en d’autres termes, l’action éducative de l’esprit sur le comportement social de l’Homme.  Le protestant occidental a cru qu’en étant enfant de Dieu dans ce monde, il se doit d’avoir des privilèges en son nom et de travailler assidument à sa gloire. Tel a été le leitmotiv du développement gigantesque du capitalisme moderne. C’est visiblement une conséquence que l’on n’a pas observée chez les protestants noirs dans le monde. De ce fait, si le christianisme noir a échoué sur le plan de son impact positif sur l’économie, qu’en est-il de la tradition Vodou ? La réponse à cette question est claire : la tradition vodou a, elle aussi, échoué en matière d’impact positif de développement économique. Cependant, sa réussite dans le milieu des esclaves se situe, d’une part, dans le cadre social du rassemblement et d’autres parts, sur le plan de la spiritualité en matière de motivation collective. De ce fait, dans une perspective constructiviste, il est question pour la science d’identifier les éléments factoriels dans le contexte sociohistorique haïtien et dans les capacités collectivo-individuelles à répondre aux défis du monde actuel.  

Josué PIERRE, Dr en sociologie.| josue.pierre2202@yahoo.com 

Analyste et consultant indépendant en développement.

Auteur

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