Les écoles congréganistes resteront fermées jusqu'au dénouement de la crise, décide la Conférence haïtienne des religieux

À cause de la dégradation de la situation de crise, la Conférence haïtienne des religieux (CHR) a pris la décision de fermer les portes de leurs différents établissements scolaires, ce jusqu’à un dénouement heureux de la crise dans les meilleurs délais. Le mardi 22 octobre 2019, les religieux prévoient d’organiser une marche silencieuse à la capitale, afin, entre autres, d’interpeller les consciences, explique le père Firto Régis, invité lundi soir de l’émission télévisée « Haïti, Sa k ap kwit ? » réalisée sur la chaîne 20.

Publié le 2019-10-21 | lenouvelliste.com

Le secteur éducatif figure parmi ceux qui subissent le plus les effets des troubles socio-politiques que connaît le pays actuellement. Avec la marche qu’ils comptent organiser,  les religieux, outre l’idée de chercher à connaître la volonté de Dieu pour Haïti, entendent interpeller les consciences. « Avec beaucoup d’amertume, nous constatons que les écoles ne fonctionnent pas. Nous constatons aussi que rien n’est fait, en termes de conditions, pour garantir le fonctionnement des écoles», déplore le père Firto Régis. « C’est pour cela que nous lançons cet appel, avant tout, en notre nom. Nous sommes des éducateurs. C’est notre métier. Nous lançons aussi l’appel au nom des enfants qui, chez eux, ne peuvent accéder à l’éducation. Nous lançons l’appel au nom des parents qui, au prix des sacrifices énormes, veulent que leurs enfants aillent à l’école. Nous lançons enfin le cri au nom de la société qui paie les pots cassés… », explique-t-il.  

En raison de la crise enregistrée depuis l’année dernière, certains établissements scolaires avaient prévu de prolonger les jours de classe cette année en vue de couvrir le  programme d’enseignement. Mais la paralysie totale des écoles depuis deux mois (septembre et octobre 2019) sur le territoire aggrave la situation. Le père Firto Régis évoque, en ce sens, des problèmes qui se posent à ce niveau. Le premier concerne les difficultés de rattraper les jours perdus depuis l’année dernière. Le deuxième a rapport à l’incertitude qui plane autour de la reprise des activités scolaires cette année. « On ne peut faire aucune projection… », regrette-t-il, avant d’évoquer ses préoccupations concernant la santé mentale de parents, des enseignants et des écoliers qui se détériore avec la dégradation des conditions environnementales.

Pour Firto Régis, cette réalité ne fait qu’aggraver le système éducatif déjà mal en point. Avec cette sortie, la Conférence haïtienne des religieux veut attirer l’attention sur le problème éducatif. Pour eux, nous pouvons, si possible, profiter de cette situation, pour aborder en profondeur la question de l’école en Haïti, sur les plans économique, environnemental, social, et politique.

Dans sa position publique, la CRH, regroupant quatre-vingt-dix-huit communautés de multiples tendances catholiques, demande aux « autorités haïtiennes de tirer les conséquences de leurs inconséquences ». À ce niveau, le père Firto  Régis constate premièrement, un échec. « On est clair là-dessus. Les faits sont là », rappelle-t-il. Deuxièmement, si après le constat d’échec, aucune correction viable n’est apportée, il faut alors prendre les décisions appropriées, poursuit-il, reprochant à l’exécutif de ne pas s’atteler à la tâche qui lui a été confiée, c'est-à-dire celle de garantir la bonne marche des institutions, dont l’école.

Si l’exécutif se rend compte qu’il n’arrive pas à garantir la bonne marche de l’institution qui se nomme « l’école », il doit en tirer les conséquences,  déclare le père Firto Régis qui en profite pour fustiger le comportement du ministre de l’Éducation Pierre Josué Agénor Cadet qui appelle à la reprise des activités scolaires en dépit du contexte délétère. Le père Régis souligne que nous sommes dans une situation où nous faisons face à une incohérence grave entre le dire et le faire des autorités.  « Je crois que c’est cynique de demander aux parents de gagner les rues en exposant leurs enfants vulnérables. C’est du cynisme politique», insiste-t-il, soulignant que les membres de l'exécutif qui ont à  leur disposition tout l'appareil sécuritaire de l'Etat ne sont pas dans les rues. 

La marche démarrera devant l’Église de Christ-Roi, passera par Perpétuel, jusqu’à la Cathédrale de Port-au-Prince où une messe sera chantée avec l’archevêque métropolitain Max Leroy Mésidor.

Dans le cadre de ce mouvement, la CHR, œuvrant dans le pays depuis une cinquantaine d’années, entend organiser une collecte de sang de concert avec la Croix-Rouge haïtienne, recueillir des médicaments pour manifester leur solidarité avec les malades (nécessitant des soins) de l’Hôpital de l’Université d’État d’Haïti (HUEH).



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