Adou Manje Gèp, le graffeur de Cité Boston

PUBLIÉ 2019-10-09
En dépit des coups de feu et des flammes, la 4e édition du Festival des arts urbains a tenu sa promesse du 10 au 20 septembre 2019. Dans la foulée de cette édition qui a eu pour thème « Mobilité contemporaine - Déterritorialiser l’imaginaire », Ticket, dans une minisérie, vous propose de découvrir ces hommes et ces femmes de valeur qui ont enjolivé nos murs malgré le chaos qui prévaut actuellement dans notre pays.


S’il est une matière dans laquelle, Frantz Jeanty n’avait pas la moindre rivalité à l’école, c’est bien le dessin. « J’avais toujours la meilleure note pour cette matière qui ne représentait pas grand-chose dans la moyenne générale », confie l’homme qui a adopté Adou Manje Gèp comme nom d’artiste.

À l’école, en primaire, l’artiste est mû par une passion puérile, mais vers la fin du secondaire, le dessin et la peinture sont devenus la principale source de financement de cette famille pauvre de Cité Boston. « Mon père ne pouvait plus payer la scolarité, ma mère n’avait plus l’âge pour travailler ; ce que je faisais jusque-là comme hobby est donc devenu un métier », raconte-t-il sans langue de bois.

Le graffiti au fur et à mesure s’est ajouté à ses dessins et ses peintures. Très vite l’artiste se fait un nom à travers la ville. L’animateur de l’émission « Wa rap » sur Télémax à l’époque lui propose de s’occuper de la décoration du cadre. Adou est sollicité par beaucoup d’entreprises et de particuliers également.

L’année 2019 est celle de sa deuxième participation au festival graffiti. « C’est un honneur pour moi, dit-il, de pouvoir y retrouver des artistes que je ne voyais que sur Internet. Des gens que je croyais inaccessibles. J’ai appris tant de choses et je crois aussi que nous autres d’ici avons partagé tant de choses aux autres également ». C’est une belle fête pour le graffiti, selon ses mots.

Adou Manje Gèp, pour cette 4e édition, s’est intéressé à la condition des femmes. « Certes, note-t-il, je suis un homme mais depuis très jeune je suis conscient de ce que c’est la condition des femmes. Ayant grandi dans un quartier populaire j’ai entendu parler de viol, de violence conjugale. Hier encore on préférait scolariser les garçons et assigner les filles aux tâches ménagères ». L’artiste a donc dessiné une femme attachée. L’œuvre inachevée à cause des mouvements qui ont paralysé la capitale au mois de septembre se veut selon son auteur un rappel à la société en général sur les combats sans fin des féministes.

Le graffeur a un faible pour la calligraphie abstraite et le portrait réaliste. Pour la première, l’enjeu est de laisser deviner des lettres. Pour le second il s’agit pour lui de vous dessiner comme vous êtres. « Se tankou m te fon moun ak bonm lan », plaisante-t-il.

Adou a pour modèle Jerry qu’il considère comme pionnier, Asaf pour son don pour appliquer les couleurs, et la Française Doudou Style qui affectionne comme lui les grandes surfaces. Tout comme cette femme, notre graffeur n’a pas peur des cadres XXL pour appliquer ses couleurs.

L’ambition ultime du fils de ghetto est d’ouvrir une école d’art dans son patelin à dessein de dissuader les jeunes par rapport à la délinquance qui est si présente dans les cités.



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