124 lits de soins intensifs pour plus de 10 millions d'habitants en Haïti

Les chercheurs Lia I. Losonczy, Sean L. Barnes, Shiping Liu, Sarah R. Williams, Michael T. McCurdy, Vivienne Lemos, Jerry Chandler, L. Nathalie Colas, Marc E. Augustin et Alfred Papali issus de l'université de Maryland, de l'hôpital St-Luc et Taddle Creek Family Health Team ont conduit la première enquête nationale connue sur la capacité des établissements de santé à offrir des soins intensifs en Haïti. Le constat, expression d'un retentissement de ce que vit la population haïtienne face aux maladies graves, c'est qu'il n' y a que 124 lits de soins intensifs pour plus de dix millions d'habitants.

Publié le 2020-03-19 | Le Nouvelliste

Cette étude réalisée pour le « Research and Education consortium for Acute Care in Haiti (REACH) » se donne pour objectif de fournir des données bien documentées sur l'état des lieux des soins intensifs en Haïti. « Les maladies graves affectent les systèmes de santé dans le monde entier, mais les pays à revenu faible et intermédiaire supportent un fardeau disproportionné.  En raison du manque de données, la capacité de prise en charge des patients gravement malades dans les pays à faible revenu et à revenu intermédiaire est en grande partie inconnue.  Haïti a les indices de santé les plus bas de l'hémisphère occidental », ont rapporté les chercheurs.

Les catastrophes naturelles dévastatrices récentes (ouragan, tremblement de terre) et les épidémies (choléra, chikungunya, zika) ont mis à rude épreuve le système de santé haïtien et ont démontré l’importance cruciale de la mise en place d’un système solide et intégré de soins de courte durée.  Des études récentes ont élucidé certaines des capacités de soins d’urgence et de traumatologie, mais jusqu'à cette étude rien n'a été dit sur la capacité du pays à prendre en charge les patients qui nécessitent des soins intensifs.
Au-delà des unités de soins intensifs, du nombre de lits, cette enquête a su aborder la manière et l'endroit où les soins critiques sont dispensés dans les hôpitaux haïtiens.

Sur les 53 établissements de santé identifiés, 79,2 % ont répondu à l'enquête. Cependant, tous les autres établissements, même ceux qui n'ont aucune unité de soins intensifs, ont indiqué s’occuper de patients gravement malades avec une médiane de 12 patients (6 à 50 IQR) par semaine. « Parmi les hôpitaux sans USI, 19 (82,6%) traitent les patients gravement malades aux urgences, cinq (21,7%) dans un service de médecine générale, deux (8,7%) dans un service postopératoire et quatre (17,4%) dans d'autres domaines. Parmi tous les établissements, seulement huit (21,1%) ont déclaré avoir reçu une formation officielle en médecine d'urgence et en soins intensifs, et seulement cinq (13,2%) infirmières », a révélé cette étude.

Cette étude vient à point nommé dans une période où les plaies par balle et les accidents de la voie publique colonisent les salles d'urgence des hôpitaux en Haïti. « 124 lits de soins intensifs ont été signalés à l'échelle nationale.  Les établissements sans USI ont signalé 53 lits supplémentaires destinés à des patients gravement malades, dont la plupart se trouvaient dans des services d'urgence.  Les répondants ont indiqué qu'ils étaient en mesure de ventiler mécaniquement un total de 62 patients dans les unités de soins intensifs et six autres patients dans d'autres zones, sans compter les salles d'opération ». 

Ces données, qui jettent une lumière crue sur le système de soins, doivent inciter les décideurs, tout aussi vulnérables, face aux maladies graves et les accidents de la route, à avoir un regard beaucoup plus favorable au système de santé haïtien.

Face aux maladies non transmissibles, telles que l'hypertension, le diabète, l'insuffisance rénale qui peuvent déboucher sur de graves complications, tout ou presque manque à notre système de soins intensifs. « Environ le tiers des établissements ont déclaré disposer de médecins 24 heures sur 24 pour les soins intensifs. Seulement le tiers des établissements dotés de soins intensifs ont déclaré avoir reçu une formation officielle basée sur les soins critiques pour leurs médecins. Seuls cinq établissements remplissaient les critères d’une USI de niveau 1, alors qu’aucun n’atteignait les niveaux 2 ou 3 ».

 Toujours selon ce qu'ont constaté  les chercheurs, « les principaux obstacles signalés à la fourniture de services de soins critiques étaient l’absence d’appareils de radiographie portables, de moniteurs cardiaques, de ventilateurs, de médecins formés aux urgences ou aux soins intensifs et d’espaces physiques pour les unités de soins intensifs. 60,5% des établissements de santé ont déclaré avoir accès à une échographie au chevet du patient, tandis que seulement sept (18,4%) ont déclaré avoir accès à un scanner et trois (7,9%) à une IRM.  En outre, 12 (31,6%) ont déclaré avoir reçu des dons qu’ils n’avaient pas pu utiliser ».

La principale conclusion de cette étude publiée notamment sur le site du Collège américain des médecins urgentistes est que la capacité actuelle reste insuffisante pour répondre aux besoins. Une demande importante de services de soins critiques à l'échelle nationale existe au départ, la demande régionale augmentant probablement de manière significative durant les catastrophes naturelles et les épidémies.  La pénurie générale de lits, d’équipements, de formation professionnelle et de ressources matérielles en soins intensifs  est semblable à celle d’autres pays à faible revenu et les pays à revenu intermédiaire.

« Les principaux obstacles auto-identifiés à la fourniture de services de soins critiques plus efficaces en Haïti sont le manque d'espace physique pour héberger les patients gravement malades, le manque d'équipements de soins critiques de base et le nombre réduit de médecins et d'infirmières dûment formés.  Seuls 37 des 124 lits d’unité de soins intensifs répondent aux normes de consensus internationales les plus élémentaires. Même les unités de soins intensifs les plus avancées en Haïti ne disposent pas des éléments les plus élémentaires pour la prestation de soins intensifs. 

Seules trois unités de soins intensifs (définies comme ayant accès à une ventilation mécanique et à une surveillance continue) ont été identifiées et il y avait des pénuries notables d'équipement des voies respiratoires, d'oxygène et d'oxymétrie de pouls dans l'ensemble des installations.  Seul le quart des établissements avait des médecins formés par le programme de référence ". Advanced trauma life support ». Selon ce qu'a rapporté une étude publiée en Haïti en 2014, il existe un besoin accru de programme national de formation continue en traumatologie.

Une autre conclusion majeure est qu'un nombre important de soins critiques en Haïti est fourni en dehors des unités de soins intensifs.

Cette étude, ont tenu à préciser les chercheurs, vise à  fournir un premier aperçu important de la capacité de soins critiques en Haïti et à établir une base de référence à partir de laquelle les universitaires, les établissements de santé et les organisations gouvernementales et non gouvernementales peuvent coordonner une approche intégrée et organisée pour aller de l'avant.

L'étude a été réalisée grâce au soutien de l'hôpital St-Luc par le Consortium de recherche et d'éducation pour les soins de courte durée en Haïti (REACH). Ce consortium est un groupe de médecins et d'infirmières dirigé par des responsables haïtiens, composé d'un groupe multinational de cliniciens, d'éducateurs et de chercheurs d'Haïti, du Canada et des États-Unis d'Amérique.

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