Tourisme local | Artibonite

Ravine Sèche, un village qui attire les touristes

L’année 2019 est une année particulièrement intéressante  pour le village de Ravine Sèche (département de l’Artibonite), ville natale de FrankEtienne.  Non seulement la population s’est engagée dans le ramassage des contenants en plastique  (bouteilles et sachets), elle s’est attelée à développer un circuit-promenade susceptible d’attirer des visiteurs. 

Publié le 2019-10-15 | lenouvelliste.com

Ravine Sèche reçoit progressivement de visiteurs et de groupes importants incluant le professeur Alex Duquella et des étudiants du Club Patrimoine, des membres du Club de l’Université d’État d’Haïti de Saint-Marc, des étudiants de l’Université Quisqueya, des supporteurs de la Fondation Odette Roy Fombrun dont plusieurs anciens ministres de la Culture, d’un responsable technique de ce  ministère, des fondateurs de la Sco Tour Haïti, sans oublier celles de Juan Acosta Rodriguez, ancien curateur du Musée del Hombre de la République dominicaine autrefois membre de l’équipe archéologique des fouilles du début des années 1980, et enfin celle de Michèle Elie et Jean Daniel Lafontant, suivie de l’arrivée impromptue de Aragorn Dick-Read de Tortola Island, ou de professionnels canadiens formateurs à l’Université numérique d’été de la Bibliothèque nationale d’Haïti.

Ces différentes personnalités ont sillonné Ravine Sèche et vu divers points d’intérêt tels que, sur la route pavée menant au village, les murs d’une ancienne indigoterie coloniale et l’emplacement du petit palais du Prince Victor Henry récemment détruit. Les visiteurs ont aussi longé le ravin- déversoir de l’étang Bois-Neuf, bordé par une vallée étroite ou vivaient des populations archaïques et les taïnos. Les tests carbones 14 et le rapport des fouilles alors réalisés ont révélé que la vie humaine y existait là depuis 1800 avant Jésus-Christ. 

Intéressé par son passé, plus récemment, la population de l’endroit a cherché et retrouvé la mine d’argile qu’exploitaient ces peuples anciens. Grâce à l’appui de l’Union européenne via le Volontariat pour le développement d’Haïti et à l’action commune de la Fondation Lise Antoine Saint-Natus (FLASSEF) et de la Fondation Odette Roy Fombrun (FORF) sur place, les jeunes du village ont été introduits à la poterie lors de cours animés dans leur atelier par Sony Louis, membre de Vie Jeune. Ces activités spécifiques ont valu à un jeune cinéaste haïtien, Jethro Sérémé, d’être primé et au village d’être classifié Village Engagé lors du concours cinematographique VOAM.

Il y a cependant bien plus que la poterie à voir à Ravine Sèche.  Sur une des collines ayant appartenu au grand anti-esclavagiste, Baron de Vastey, s’étend le Centre biblique national Fatima qui surplombe d’un côté la mer et de l’autre l’étang Bois-Neuf.  Des autobus y viennent chaque mois avec des pèlerins de partout. D’autres attractions sont aussi ouvertes aux visiteurs. 

La zone sportive du village dispose d’un terrain de football de dimension standard situé sur les terres de Michèle et Arnold Talleyrand, d’une aire récréative pour enfants équipée par la Fondation Emmanuel Lesly Brézault, d’une minisalle de musculation offerte par la FLASSEF.  Ce complexe récréatif  s’étend au sud du bourg, non loin d’une plage communautaire qu’aménage le jeune leader communautaire Franck Pierre. Des barques, bateaux et pirogues disponibles pour des randonnées de pêche ou de visionnement de la côte y accostent. La maison et les congélateurs de l’Association de pêcheurs du bord de mer de Bois-Neuf (APEBB) sont alimentés par des panneaux solaires. Sur demande, cet espace côtier est agrémenté d’une pelouse garnie de chaises et parasols. 

Au nord, on accède à une grande salle faisant partie du centre culturel entretenu par Makendy Jacques, délégué CASEC de la section communale de Bois-Neuf dont dépend Ravine Sèche. Y loge également la petite bibliothèque de la localité qui a bénéficié de bouquins offerts par Livres en folie, par la Fondation L. Deschamps, par le ministère de la Culture, ou par Carole Devillers dont certaines des histoires de la Collection enfantine Ana incluent des paysages et personnages de Ravine Sèche. La base d’un wagon de train placé devant ce local nous rappelle que les locomotives faisant le trajet Port-au-Prince/Saint-Marc au début des années 1900 passaient exactement par là, non loin des ruines d’une ancienne usine de pite.

Dans ce  village, il est possible de visiter une station d’eau potable bien entretenue par le pasteur Yves Métellus, qui débite cinq gallons d’eau purifiée à trois gourdes. Le centre professionnel du coin érigé à la mémoire du pasteur Elipson Clergeau est une des nombreuses infrastructures construites en 2010, en ce lieu, par Food for the Poor suite à la générosité de Ben Scott et ses amis philanthropes de Boca Grande en Floride.  Des cours de cuisine, de couture, de plomberie et d'électricité de base y sont tenus offerts à l’appui de la FLASSEF, ce qui permet à certains résidents de trouver du travail dans les hôtels ou résidences de villégiature de la côte des Arcadins.   

Au fond d’une impasse, à l’ouest de l’agglomération, près d’un terrain proche de 60 des 110 nouvelles résidences de 42m2 bâties sur des terrains de notables ou sur des terres acquises par la FLASSEF au profit d’anciens travailleurs de la SHADA ne disposant pas de lopins personnels, se trouve une école fondamentale construite aussi par Food for the Poor sur un terrain appartenant à Michèle et Alix Dupoux. Son fonctionnement est financé par le ministère religieux qu’ils dirigent.  Elle est précédée par une église très aérée de forme circulaire qui organise périodiquement des camps d’été pour des jeunes ou enfants venant d’ailleurs ou originaires de Ravine Sèche. 

Sur un petit monticule, au haut d’une petite pente, au bout de la route asphaltée traversant l’agglomération, on aperçoit deux maisonnettes modestes et très anciennes, l’une de style gingerbread de campagne et l’autre recouverte de paille à la manière des ajoupas. Elles sont sur les terres de Dargeant Etienne, ancêtre des Pascal et du grand peintre, dramaturge et écrivain Franck Etienne. Sur demande de Clotaire Saint-Natus et de Michaëlle Auguste Saint-Natus, deux mini-musées, l’un présentant la famille de l’écrivain natif de la localité et l’autre mettant en évidence l’héritage taïno de la zone, sont ouverts sur demande ou réservation. Des démarches sont en cours pour classer ces bâtiments et permettre d’y préserver des richesses et un patrimoine culturel incontestables.

Avec une modeste et récente assistance financière de la Fondation Connaissance et Liberté, la FLASSEF s’applique à inculquer aux résidents des notions de konbitisme ainsi que le concept de «touris lakay» prônés par la FORF. Comme on peut s’en rendre compte, bon nombre d’institutions nationales et patriotes apportent, à leur manière, leurs contributions citoyennes à l’amélioration des conditions de vie de cette population.   Les moyens financiers disponibles sont limité,s vu l’étendue des besoins et le niveau économique des villageois.  Il y a toutefois un potentiel à exploiter en dépit de la chaleur, de l’aspect aride de cette localité et du manque de végétation des collines.  Le tourisme solidaire, la diaspora et davantage de chercheurs y viendront, nous l’espérons, quand même, et sauront apprécier les efforts menés jusqu’ici dans cette petite agglomération, unique en son genre et ainsi lui permettre un jour de devenir une destination touristique reconnue et de qualité.  Avec persévérance et aussi avec la compréhension grandissante des villageois de ce qu’est le tourisme, l’apport de capitaux externes ainsi générés permettra progressivement à la nature et à la situation économique des résidents de cette localité, à bien des points de vue différent de bien d’autres, de s’améliorer considérablement.          



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