Cinéma

« Choix final » : le premier film de Anna Farah Miller

Le jeudi 8 septembre 2005 a eu lieu la grande première du premier long-métrage de Anna Farah Miller au ciné Impérial. A la fois actrice, metteur en scène, réalisatrice, cette dernière a donné le meilleur d'elle-même, concrétisant du même coup son rêve d'adolescente.

Publié le 2005-09-14 | lenouvelliste.com

«Choix final» de Anna Farah Miller est un film qui plonge ses racines dans nos cours, nos maisons, nos bars. Avec comme toile de fond la passion, le mensonge, la douleur, celle qu'engendre l'amour, et la folie des grandeurs, celle qui vient avec la vacuité du pouvoir sur autrui. Cette fiction de 1:53 mn met en scène Carline ou Christine (Anna Farah Miller), une jeune femme qui, pour avoir ce qu'elle veut, se mariera à un homme qu'elle n'aime pas, mentira, induira une rivale au visage angélique (Gérarda Adrien Nestant) en erreur jusqu'à la pousser à coucher avec un autre homme. Elle est belle et bête, à en juger par une kyrielle de bêtises qu'elle commet tout au long du film jusqu'à son choix final porté sur l'homme qu'elle n'a jamais aimé, Gilbert (Guiteau Nestant). Par contre, elle avait remué ciel et terre pour avoir l'amour de Ralph (Mike Andy Robert), l'homme de sa vie. Et Nina (Anna-Karénine Constant), celle qui va se mettre en travers de la route de tout le monde, sexy, seule et jalouse, à la limite de la méchanceté, elle brouille les pistes. Jusqu'au bout, tous azimuts. Anna Farah Miller, cette jeune cinéaste haïtienne, porte donc à l'écran une grande histoire de tous les jours, truffée d'embûches, de ratures, et de faux pas. En s'appuyant, bien sûr, sur des intrigues pré-fabriquées, du déjà vu, des combines passionnelles calquées sur les "télénovelas" brésiliennes ou argentines. Une histoire qui rappelle également, par endroits, celle des romans sortis tout droit de la Collection Arlequin que les jeunes filles, à l'assaut de sensations fortes, lisent sur les bancs de l'école, les places publiques, dans les jolis tap-tap bigarrés qui roulent sur l'autoroute de Delmas, de Carrefour-feuilles ou du boulevard J.J. Dessalines. Une trame mi-figue, mi-raisin Loin d'être époustouflant, le film ne laisse pas indifférent, mais ne comble pas un bon cinéphile. La trame, mi-figue, mi-raisin, est basée essentiellement sur le personnage de Carline ou Christine (Un faux nom dans le film), de Ralph et de Nina, une langue de vipère, une peste, personnage-clé de tout bon scénario de ce genre. En dépit du reste, surtout de tout, "Choix final" est captivant, aussi noueux et trouble qu'il soit. La lenteur de la caméra ne porte pas atteinte, à tous les coups, à la vision du public. Par contre, le spectateur fait la moue devant la qualité, la couleur des images. Qui plus est, on risque de perdre l'axe, le fil conducteur de l'histoire dans des coupures scéniques ou des plans panoramiques ou encore d'ensemble. Question probablement de faire durer le suspens, le dénouement, le jeu mou, un tantinet figé des acteurs. Des personnages de trop et des scènes trop longues Le jeu des acteurs, en somme, n'est pas mauvais. En ce qui a trait au dialogue, il était plutôt moyen, non rythmé. Un ton qui ne renvoie pas à la langue, à la structure de la cinématographie, mais plutôt à celle du théâtre. Du mauvais théâtre. Le jeu de Gilbert (Guiteau Nestant) est guindé, raidi. Le spectateur a trop souvent l'impression de regarder un gros bonhomme réciter des phrases, des bribes de mots. Plus loin, on voit un Paul Villefranche, pas en pleine forme, qui prodigue des conseils à Ralph (Mike Andy Robert), le « matchoman » du film. Le film est jalonné d'embûches, de personnages de trop, et de scènes trop longues, même inutiles. Comme pour remplir des marges, des trous dans le scénario qui, lui-même, témoigne grandement du manque de professionnalisme de la réalisatrice. Le personnage de Martine et de tant d'autres n'apportent ni plus ni moins au drame, à l'ossature du scénario. Il faut dire que le spectateur, en regardant « Choix Final », boude les failles de la mise en scène et l'absence d'un drame solidement construit. On perd parfois notre temps, et ce, gratuitement, à suivre le bain nocturne d'un couple dans une piscine, puis une brève rencontre entre Carline et Gilbert dans les parages, tandis que c'est l'histoire de cette jeune femme avide de se caser qui donne son sens au film. Une disposition diablement difficile. La distribution des rôles a été faite à la légère. Tout à l'opposé, les personnages sont bien articulés à la réalité du pays. Vaste fresque socio-économique en mal de valeurs, de modèles. A moins qu'ils ne fassent qu'entrer dans leur train-train quotidien, se mettant en scène évidemment devant l'objectif d'une caméra. Donc, ils sont inscrits à l'encre rouge dans une sorte de folklorisme de « cul » haïtien et, dans un sens beaucoup plus large, tiers-mondiste. « Choix final » est une initiative audacieuse. A la hauteur de l'actrice principale, Anna Farah Miller, qui a su se donner corps et âme dans la réalisation de ce film de fiction à l'eau de rose. Cette histoire où tout est bien qui finit bien. Notice filmographique CHOIX FINAL, un film de Anna Farah Miller avec Anna Farah Miller, Mike Andy Robert, Anna-Karénine Constant, Guiteau Nestant, Gérarda Adrien Nestant et Paul Villefranche, 1 :53mn, 2005. La sortie en salle aura lieu le vendredi 16 septembre 2005 à l'Impérial.
Marvin Victor marvinvictor@lenouvelliste.com
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