Arriérés de salaire : Truitier bloqué, la mairie de Port-au-Prince impuissante

Suite à l’accumulation de cinq mois d’arriérés de salaire au Service national de gestion des résidus solides (SNGRS), ci-devant Service métropolitain de collecte des résidus solides (SMCRS), les contractuels de ce service ont entamé depuis deux semaines un mouvement de protestation. Le site de décharge Truitier est bloqué depuis lors. Devant le fait accompli, la mairie de Port-au-Prince capitule, ne peut plus y déverser les ordures qu’elle collecte à travers la commune.

Publié le 2019-07-17 | lenouvelliste.com

«Ici, nous avons plus de cinq mois d’arriérés de salaire et on ne sait pas à qui nous confier. Le directeur, l’administrateur et le coordonnateur du Service métropolitain de collecte des résidus solides ne se sont jamais à leurs bureaux depuis plus d’un mois», a fait savoir Sadrac, porte-parole du syndicat du SNGRS. «Nous n’avons pas travaillé depuis plusieurs semaines parce que seul un loader était disponible. Une fuite d’air dans l’un de ses pneus a été suffisant pour que le matériel soit hors service», a déploré Sadrac.

Assis à l’ombre d’un arbre avec quatre de ses pairs, il explique leurs déboires qui ont débuté depuis la moitié de l’année 2018. «Un autre groupe d’employés que le nouveau directeur a placés dans l'institutiona boîte n’ont pas touché depuis dix mois», a déclaré Sadrac, soulignant que l’un de ces contractuels a perdu sa femme parce qu’il est trop endetté. Plus loin, Sadrac ne cache pas que certains d’entre eux sont obligés de rentrer chez eux à une heure indigne, question d’attendre que les marchands de qui ils achètent à crédit vident les rues, afin que ces dernier ne leur réclament pas leurs soldes.  

Son confrère Lagrenade a pour sa part relaté que l’institution ne dispose plus de frais de fonctionnement depuis janvier 2019. «On n’accorde plus de crédit audit service parce qu’il n’est pas rentable et ne dispose pas de liquidité», a confié le syndicaliste qui a lâché ironiquement qu’ils ont voulu lancer un «avis de recherche contre les responsables» de l'institution. L’espace est désert. Le garage regorge de matériels qui, apparemment, semblent être mis de côté pour de simples pannes.

«Au début de l’année en cours, nous sommes sortis de nos gonds pour exprimer notre ras-le-bol. On nous a fait des promesses, et mis en marche la génératrice. C’était un leurre pour nous faire croire que tout allait s’arranger», a regretté Lagrenade. Cet employé du SMCRS est catégorique : «Nous ne voulons pas réellement la présence de politiciens dans l'entreprise. Le SMCRS doit être dirigé par des techniciens capables de gérer l’institution et de répondre à nos besoins.»

C’est la même situation hypocondriaque qui atteint la santé de Truitier, où sont déversés les déchets et les résidus solides que collecte notamment la mairie de Port-au-Prince. Joint par le journal, un employé du SMCRS, affecté à Truitier, a confirmé les cinq mois d’arriérés de salaire. «Nous travaillons dans des conditions inhumaines. En plus, on ne nous paie pas notre dû. C’est pourquoi nous avons bloqué l’accès au site de décharge, afin de faire sentir à tous notre sort», a tancé cet employé qui défend ses pairs.

« L'administration communale de Port-au-Prince porte à la connaissance du public en général qu'à partir de la parution de cette note, les camions de la mairie ne pourront plus effectuer le ramassage d’ordures comme à l’accoutumée en raison de la fermeture de la décharge de Truitier. L'administration communale de Port-au-Prince demande à la population de faire preuve de patience, en attendant la réouverture de Truitier », lit-on un communiqué de la mairie de Port-au-Prince portant la signature de la directrice générale de l'institution. 

« L'administration communale de Port-au-Prince présente à la population ses excuses pour tout dérangement occasionné par cette situation et promet d’assurer le suivi avec les instances concernées pour résoudre ce problème le plus tôt possible », ajoute le communiqué. 

Truitier bloqué. La mairie de Port-au-Prince n’est pas la seule institution à se trouver dans une situation fâcheuse. Des institutions privées déversent leurs immondices également à Truitier, a témoigné Sadrac. L’autre option est un site de décharge qui se trouve à Titanyen. La population refuse aussi l’accès aux chauffeurs des compagnies et des mairies qui veulent y jeter leurs déchets. Il a de cela un mois, un chauffeur d’une compagnie, ont fait savoir les employés, a même été tué parce qu’il faisait usage de la force. 



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