«Lanmou kreyòl» ou l’art de faire tomber ces demoiselles

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Publié le 2019-07-05 | Le Nouvelliste

Elles tapent dans l’œil, ces jeunes filles attirantes. À l’avenue John Brown, sur le tronçon que les usagers de la route appellent communément Lalue, trois jeunes hommes en quête d’aventure prennent tout leur temps à observer la démarche aguichante de trois jeunes filles. L’auteur du récit, Saint-Fleur Marc-Athur, configure son équation dans « Lanmou kreyòl » : un trio de demoiselles (Carline, Flore et Cynthia) pour autant de séducteurs (Oriol, Georges et Anglade).

Tout se passe rapidement comme dans une nouvelle. Les éditions Kopivit-L’action sociale qui met à l’honneur un ouvrage d’un auteur capois cultive l’art des récits courts qui se lisent d’un trait. À Livres en folie, une floraison de petits textes, de Kopivit comme « Lanmou kreyòl », a attiré l’attention des lecteurs.

Ce qui capte ici les lecteurs, ce sont ces jeunes filles qui entrent dans un restaurant ; trois jeunes hommes les suivent. L’attrait des demoiselles est irrésistible. Oriol, Georges et Anglade ont le souffle coupé. Qui va briser la glace ? Georges et Anglade ne se décident point à faire le premier pas afin d'éviter une rebuffade.

Le personnage Oriol, un natif du Cap-Haïtien comme l’auteur, n’a pas froid aux yeux, il se lance de manière théâtrale aux pieds de Carline. Oriol a le sens du ridicule. Il se jette par terre et tombe comme une pierre. Sans peine, Carline l’aide à se relever. 

« Si nou wè m merite yon rale, mwen deja prè pou m kòmanse. Nou se medsen fèy la », dit Oriol, tout en profitant pour présenter Georges et Anglade, ses amis en quête d’aventure.

L’humour de ces messieurs ne laisse pas froides les demoiselles. Mine de rien, les coordonnées s’échangent. La suite est à deviner.

Ces machos ont le langage des coureurs de jupon. Anglade voudrait avoir les trois jeunes filles pour se combler de satisfaction. N’est-ce pas là l’attitude de certains messieurs que décrit cet auteur qui est à son troisième ouvrage? Les deux premiers sont : « Haïti pale » et « Fanm ».

« Ki kote m ap poze lèt kandelab mwen la. Menm santi m ta pran tou le twa (3), paske se yo tout ki netwaye je m. » Ainsi commence la parade des séducteurs. Ils comparent les belles à des mangues bien mûres dans le but de les déguster. « Se anpil tòtòt, p ap gen kale menm pou m pa pèdi yon ti ji. Fòk mwen pran tout vitamin C mwen », confie Anglade.

Pour Oriol, ce séducteur qui vient du Cap-Haïtien, ces filles vont donner du plaisir. « Mesye, medam yon gen plezi nan yo. Se kokoye ki gen lè gen dlo dous, nannan wole ke w pa ka manje menm a dwèt ou, telman yo wole. »

Georges, le natif de Petit-Goâve, pays du dous makòs, pour sa part, s’est rincé les yeux. Il est conquis. Il donne ses premières impressions à ses amis. Par qui est-il attiré ? « Sa k gen anpil chè ki wo a, dèyè byen kanpe, ki di gade m vin peze akseleratè w. » Dans ce passage, l’auteur souligne le penchant de beaucoup d’hommes haïtiens. Ils aiment des femmes plantureuses, bien en chair et aux fesses rebondies.

L’histoire va vite. Dès le premier mouvement de la scène dressée par Saint-Fleur Marc-Athur, le lecteur devine déjà qui sera avec qui et aussi leur attitude. Un cliché, cependant résonne fort dans ce récit : le tempérament du macho capois à l’égard des femmes. Ce lieu commun veut que le Capois soit un amoureux jaloux qui prend soin de la femme qu’il aime et ne néglige pas à la corriger quand il le faut, dut-il la frapper. «…Yo di nèg Okap jalou… men yo pran swen fanm byen, frape fanm di. Fanm yo toujou ap di : se nan panye nèg Okap w ap wè m pase. »

Carline, dans ''Lanmou kreyòl'' n’entend pas qu’un homme lui lève la main dessus. C’est une femme moderne, une étudiante à l’université décidée à remettre à sa place tout homme qui foule aux pieds ses droits. 

Oriol admet qu’il sera correct avec elle. Toutefois, dans un langage qui ne laisse point de doute, il avance : 

« Menm lè se imaj ou ki parèt nan otovizè m

Menm lè lonbraj mwen flote sou kò w

Mwen fè jalou pou ou

Menm lè rad sou ou

Pra fòm kò w

Mwen fè jalou pou ou. »

L’amour rend aveugle celui ou celle qui ne veut point voir. Comme Carline est au début de cette aventure, elle se laisse griser par le roucoulement de ce lanmou kreyòl qui promet les plus beaux rêves. Qu’est-ce qui se dessine pour ce trio de couple? Les pages du livre de Saint Fleur Marc-Athur nous disent tout.

Elien Pierre elienpierre60@yahoo.com Auteur

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