Pour Audrey Pulvar, l’écologie doit être le socle des politiques publiques, surtout en Haïti

« Il ne faut pas se laisser paralyser par la hauteur de l’enjeu et la faiblesse des moyens. » C’est, en substance, le message délivré par la journaliste et écologiste française, Audrey Pulvar, aux Haïtiens, les jeunes en particulier, lors de sa visite en Haïti du 11 au 14 mai 2019.

Publié le 2019-05-15 | Le Nouvelliste

À l'invitation des responsables de l’Institut français en Haïti (IFH), la militante féministe, originaire de la Martinique, est venue à la rencontre des jeunes, des militants de l’environnement ainsi que des militantes féministes.

« Cela m’intéressait de venir en Haïti et de me rendre compte un peu de la situation du pays, de comprendre comment il fonctionne », a déclaré Audrey Pulvar, lors d’une interview exclusive accordée au journal lundi 13 mai dernier, qui dit avoir sauté sur l’occasion afin de venir partager avec le public haïtien ses récentes expériences d’écologiste militante.

Le réchauffement climatique est un amplificateur des inégalités et de précarité

« Plus vous êtes bas dans l’échelle sociale, en tant qu’individu ou en tant que pays, moins vous êtes responsable du phénomène [du réchauffement climatique] puisque vous produisez moins de gaz à effet de serre qu’un pays riche.  [paradoxalement], moins vous avez des moyens de vous protéger contre ses effets », a soutenu Audrey Pulvar, se référant à Haïti, l’un des pays les plus exposés aux risques naturels.

Selon elle, sachant que le réchauffement climatique amplifie ces risques naturels, ce n’est donc pas un hasard si Haïti, est l’un des pays les moins lotis de la Caraïbe et aussi celui qui subit le plus les effets de ce phénomène.

Ainsi, moins on a de ressources immédiates, plus on subit l’effet du réchauffement climatique alors qu’on n’en est pas responsable.

Pour sa première conférence-débat, prononcée à l’Alliance française du Cap-Haïtien, le samedi 11 mai, sur le thème « Enjeux climatiques de la région caraïbe et vulnérabilité de l’archipel caribéen », Audrey Pulvar a adressé un message sans équivoque aux jeunes avec lesquels elle s’est entretenue.

« Les jeunes doivent s’impliquer grandement et faire les choses ensemble afin de réduire les effets du changement climatique en Haïti », a affirmé la journaliste de carrière, soulignant qu’il y a un leadership à prendre sur la question de l’environnement dans le pays.

« Les jeunes que j’ai rencontrés ont envie de faire des choses pour leur pays, et leur génération. Ils ont parfois la sensation qu’ils n’ont pas la capacité [À cause] d’un manque de confiance en eux-mêmes », a-t-elle relevé.

La lutte contre le réchauffement climatique liée à la lutte contre les inégalités

 Pour Audrey Pulvar, le réchauffement climatique est avant tout une question d’inégalité. Elle est claire là-dessus.

« Si on veut lutter efficacement contre le réchauffement climatique et faire en sorte qu’on soit un maximum à pouvoir y survivre, on est obligé de s’attaquer aux inégalités », a-t-elle soutenue assimilant la lutte actuelle contre le réchauffement climatique à une lutte contre les inégalités.

« J’ai toujours été une militante pour l’égalité des droits, la lutte contre les inégalités », a précisé Mme Pulvar, arguant que s’intéresser à la question environnementale et à la justice sociale nécessaire quand on veut lutter contre le réchauffement climatique constitue une des façons de réconcilier les personnes qui se sont tournées vers l’abstention ou l’extrême droite avec l’action politique, ainsi que l’envie de cohésion et de faire ensemble des choses.

L’écologie au chevet des politiques publiques

« Il faut que la question écologique, la question de la lutte solidaire contre le réchauffement climatique soit le socle des politiques publiques et non un compartiment », préconise  Audrey Pulvar qui dit s’appuyer sur des leviers comme la volonté politique des populations qui, selon elle, sont de plus en plus nombreuses à être sensibilisées à ce sujet et à réclamer un nouvel ordre mondial.

Le pilier, pour y parvenir,  est de faire en sorte que l’ensemble des politiques publiques soit pensé à partir de la question écologique. Ni plus ni moins.

En ce sens, Audrey Pulvar dit compter sur la volonté politique et l'adhésion de la population.

Les médias appelés en renfort

« Il faut que les médias haïtiens s’emparent de ce sujet, qu’ils s’y intéressent, qu’ils forment leurs journalistes dans ce domaine », a exhorté l’ancienne présentatrice radio et télé pour sa dernière intervention publique, le mardi  14 mai, à l’Université Quisqueya, lors de la conférence « La médiatisation des questions environnementale ».

Elle y a revendiqué plus de place et d’espace dans les médias locaux pour les ONG environnementales, les militants écologistes.

 « Ça ne peut fonctionner que si les ONG environnementales ont de l’espace médiatique, la possibilité de rencontrer la population, l’opinion publique », a-t-elle prescrit, appelant ensuite la population à s’emparer du sujet.

Un tableau de plus en plus sombre

Montée du niveau des océans, salinisation de terres agricoles de façon massive, écarts entre les saisons de pluie, périodes de sécheresse plus importantes, désertification, déplacement d’espèces végétales et animales du sud vers le nord…

« On y est déjà et ça ne pourra que s’aggraver », a-t-elle reconnu devant un public à moitié médusé par la noirceur du tableau peint par la militante écologiste.

Elle a cité un milliard d’êtres humains à travers la planète qui ne mangent pas à leur faim ; trois milliards et demi de personnes sur sept milliards qui survivent avec 2 dollars par jour ; et environ 80 millions de déplacés climatiques chaque année…

« On avait fait des progrès sur la question de la faim dans le monde ces 15 dernières années. [Mais], ces trois dernières années, les progrès ont été réduits à néant en grande partie à cause du réchauffement climatique », a regretté Audrey Pulvar qui a mis récemment une fin à ses activités de journaliste pour se consacrer à la cause environnementale et à la lutte contre le changement climatique.

Une vie de militante remplie à ras bord

Ambassadrice de bonne volonté de l’ONG internationale Action contre la faim, Audrey Pulvar revendique le statut de militante depuis qu’elle était lycéenne.

Elle a toujours été écologiste sans être une militante écologiste, à proprement parler. À cause de son métier de journaliste qu’elle dit avoir quitté, deux ans plutôt, pour se mettre au service de l’intérêt général.

Après plus de deux décennies de carrière dans l’audiovisuel, Audrey Pulvar a donc troqué la neutralité journalistique contre un engagement plus assumé, pour être sur le terrain tous les jours.

Ainsi, de juin 2017 à janvier 2019, on la retrouve à la présidence de la Fondation pour la nature et l'homme (FNH), créée en 1990 par l’écologiste Nicolas Hulot, qui œuvre pour un monde équitable et solidaire respectueux de la nature.

Au sortir de cette expérience, elle a lancé, en février 2019, un fonds de dotation pour l'Afrique appelé « African Pattern » destiné à soutenir des modèles d'écologie solidaire sur le continent et vise à l'élaboration d'un modèle alternatif, fondé sur les savoirs et expérimentations.

                 

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