Le cancer du sein: un regard psychologique

Publié le 2019-05-16 | Le Nouvelliste

Frantz Bernadin

« Organe pair et globuleux situé à la partie antéro-supérieure du thorax, se développant chez la femme à la puberté et contenant la glande mammaire et du tissus adipeux » (Quevauvilliers et Fingerhut, 2001), le sein est un organe hormonodépendant. Ces hormones sont les œstrogènes, la progestérone, dont le rôle est aujourd’hui discuté, et la prolactine. Sur le plan psychologique, cependant,  le sein est plus que cela.

Cet article a été rédigé depuis quelque temps. Nous attendions seulement le moment propice pour sa publication.  La mort récente de la sœur d’un ami nous a offert l’occasion de revisiter le texte pour mieux cerner la problématique soulevée.  Nous ne saurions ne pas nous rappeler un autre décès qui avait affecté le monde de la presse : celui de la journaliste haïtienne Jésula Prophète, morte à New York.   

Le sein et sa signification psychologique

Par ses formes émouvantes, le sein « réunit en lui les symboles de la beauté, de l’amour, de la maternité, et de la nourriture du petit de l’homme » (J.-Coldefy et coll., 1975).    « Ses implications dans la sexualité, son rôle dans l’allaitement », explique un groupe de praticiens s’intéressant à la médecine psychosomatiques, « amortissent en quelque sorte le traumatisme de la naissance et établissent la relation mère-enfant, première relation avec le monde. »

C’est dire que la dimension psychologique ne saurait être sous-estimée, même si la dimension médicale est la plus connue, la plus immédiate.

Il importe de préciser que l’investissement symbolique de cet organe est illustré par la littérature et l’art en général.  Chez nous, Oswald Durand n’a-t-il pas évoqué les «tete doubout» de Choucoune ?  Maurice Sixto dans «Léa Kokoye» n’a-t-il pas décrit les seins de Lili de la Fouquechaude comme deux «pipirit ki pral pran vòl» ?  

Par ailleurs, la mode actuelle veut que les seins soient mis en évidence, ils débordent le haut des soutiens-gorges.  Il est des femmes qui vont chez des chirurgiens plastiques pour que leurs seins deviennent plus exubérants. Et certaines jeunes filles ou jeunes femmes se sentent frustrées du fait de l’hypotrophie de leurs seins. Bref, les seins de nos jours, n’ont que faire de l’intimité traditionnelle ; ils veulent être vus. Le phénomène, avouons-le, n’est pas tout à fait nouveau. Mais la proportion qu’il prend actuellement est tout à fait révélatrice.

Les spécialistes sont souvent confrontés à la réaction affective des femmes lorsqu’une lésion quelconque ou tout simplement une petite masse apparaît au sein.  Est immédiatement posé le problème de leur féminité agressée. Comme le dit un médecin, « une anxiété intense apparaît concernant le cancer et surtout la crainte de la mutilation, synonyme d’une irrémédiable dévaluation aux yeux de l’être aimé ».

Sur cette base, le cancer du sein peut être envisagé dans un cadre plus large qui prend en compte les données psychologiques sur la question, tout en évitant les exagérations qui peuvent avoir de graves conséquences sur la vie des patientes. 

Des exemples significatifs

Déjà, d’un point de vue psychosomatique, deux spécialistes ont dans un ouvrage de référence  abordé l’aspect psycho-émotionnel  de certaines pathologies mammaires. « Tension émotionnelle et tension mammaire vont de pair », écrivent Gros et Israël.  Ces auteurs citent deux observations où une galactorragie survint à l’occasion d’un choc émotif.  La galactorragie s’entend d’un écoulement mamelonnaire sanglant ; elle est différente de la galactorrhée, qui « désigne une sécrétion abondante ou excessive de lait, survenant  éventuellement en dehors de la lactation ». 

Inversement, des cas d’agalactie ou agalaxie (absence de la sécrétion de lait après l’accouchement) peuvent être provoqués par des problèmes d’ordre émotionnel.  Françoise Dolto a cité un cas de ce genre, qui a été résolu par une technique psychothérapique, les galactagogues (médicaments servant à faciliter la sécrétion du lait) n‘étant pas parvenus à faire venir le lait.

Le cancer du sein, pathologie soma-signifiante ?     

Au risque de choquer tous ses confrères médecins, Bernie Siegel, un ancien chirurgien généraliste et pédiatre, de nationalité américaine, a écrit : « Des années d’expérience m’ont démontré que le cancer, comme presque toutes les maladies, est psychosomatique. »  Conscient de la gravité de ce propos, il a ajouté : « Cela peut paraître étrange à ceux qui croient que les désordres psychosomatiques ne sont pas ‘’réels’’, mais croyez-moi, ils le sont. »  Pour le docteur Siegel, le cancer est «soma-signifiant», reprenant un terme proposé par le physicien David Böhm pour décrire le phénomène en question.  Ainsi, plusieurs cas de cancer du sein peuvent être envisagés sous cet angle.  Si le traitement médical est plus que nécessaire, un accompagnement psychologique post-intervention  peut à coup sûr participer d’une prise en charge globale.  Ce qui laisse comprendre qu’il fallait aller plus loin après l’ablation du sein malade.

L’auteur du livre «L’amour, la médecine et les miracles» rapporte un cas assez significatif quant au point de vue qui nous intéresse ici.  Un garçon s’était fait écraser  par un automobiliste qui avait pris la fuite.  Comme la police mettait peu d’empressement à le retrouver,  sa mère s’était mise en tête de  le traquer.  Les amis de Diana lui répétaient qu’elle allait y laisser sa santé, mais elle continuait.  Elle se mit à grossir énormément et à souffrir d’hypertension.  Puis elle eut un cancer du sein qui acheva de la désespérer. Mais, en discutant avec le médecin, Diana comprit que ses émotions et ses actes avaient contribué à la rendre malade et qu’en les modifiant consciemment, elle se mettrait en état de guérir.

Le médical et le psychologique la main dans la main

Des médecins au fait de l’approche psychosomatique ont affirmé que le cancer est bien souvent précédé d’une perte traumatisante ou d’un sentiment de vide et d’inutilité.  On cite souvent, à titre de comparaison,  le cas de la salamandre qui, une fois qu’elle perd une patte ou sa queue, il lui en repousse une autre. De même, quand un être humain souffre d’une perte irréparable et mal intégrée, son corps réagit parfois en faisant pousser quelque chose.  Mais il semble que, selon ce chirurgien, « si l’on réussit à compenser la perte d’un être cher par une évolution personnelle, on puisse empêcher la prolifération anarchique de cellules dans notre corps ».

Certes, une telle approche psychologique ou psychosomatique ne signifie pas que le type de cancer dont nous parlons relève d’abord du psy.  Loin de là notre pensée. Elle entend seulement faire comprendre qu’après l’exérèse du sein cancéreux, il est plus que nécessaire qu’une prise en charge psychologique soit instituée. Et même si possible avant l’intervention.    

Larry Dossey rapporte dans un de ses livres un cas des plus significatifs en regard de la double approche, la médicale et la psychologique. Il concerne une de ses patientes qui développa un nodule du sein.  Une mammographie et une biopsie du sein révélèrent un cancer.  Profondément choquée, elle rechercha de l’aide auprès d’un conseiller psychologique bien connu pour prendre en charge les patients dont on vient de diagnostiquer le cancer.  Ce psychologue était profondément convaincu que toutes les maladies physiques reflètent des défauts émotionnels et spirituels. 

Lors de la première visite de la patiente, le conseiller en question, sans même se donner la peine d’examiner l’histoire et les antécédents psychologiques de cette patiente, déclara tout de go : « Il y a que trois causes possibles à votre cancer. Ou  vous ne vous aimez pas assez, ou bien vous avez une peur profondément enfouie en vous, ou enfin vous n’avez pas assez confiance en vous et en les autres. »  Comme cette patiente était familière de l’introspection, elle pensa que les observations du psychologue étaient tout simplement fausses. « Elle rejeta l’analyse du thérapeute et trouva de l’aide ailleurs », précise le docteur Dossey (Healing Words, 1993).  Quelque temps plus tard, « après avoir suivi les méthodes orthodoxes de traitement du cancer tout en poursuivant un travail psychologique intérieur, la maladie avait complètement disparu ».
Cette approche duelle permet certainement à aux femmes qui viennent ou qui ont été opérées du sein de conserver leur image de soi, d’apprendre à accepter cette apparente mutilation perçue comme une perte ou, tout au moins, une réduction de leur charme, de leur attrait, une  incomplétude, en quelque sorte.

L’exemple qui vient d’être cité montre avec force l’importance des deux aspects de la question. Dans leur « Approche psychosomatique de la pratique médicale et chirurgicale » (1975), un groupe de médecins a écrit ces mots pleins de signification : « La porteuse d’un cancer peut guérir sur le plan carcinologique…, elle guérit mal sur le plan psychologique. »          

Frantz Bernadin

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