Lobenson Civilma: Sculpter par devoir de mémoire

Publié le 2019-05-08 | Le Nouvelliste

Lobenson Civilma, au nom d’artiste L-sept, est un sculpteur haïtien qui a vu le jour dans le bidonville les plus difficile d’Haïti : Cité Soleil. Il fait partie de sept artistes haïtiens qui présentent leurs œuvres, du 2 mai au 2 juin 2019, dans une exposition-vente tenue au Centre d’art à l’occasion des 500 ans de la mort du génial artiste italien Léonard de Vinci. 

Élevé dans une fratrie de cinq garçons et d’une fille, L-sept garde aujourd’hui le sentiment qu’il a toujours été encadré et encouragé par sa famille à vivre pleinement sa passion pour l’art. Des dessins, il n’arrêtait jamais d’en faire dans les cahiers de chant de sa sœur qui ne se privait guère de les montrer à ses copines de chorale. À leur tour, ces copines envahissaient la maison familiale pour avoir droit à leurs dessins que L-sept prenait plaisir à concevoir.

Tout jeune, au cours des vacances scolaires, quand il part à la campagne avec sa mère, il passe le plus clair de son temps à la rivière y chercher des pierres pour ensuite les sculpter. Aussi, le moindre morceau de bois qui tombe sous ses mains subissait une transformation toute artistique. À croire que L-sept est né avec dans les veines beaucoup plus d’art que de sang. 

Tout peut conduire à la création

Un matin de son anniversaire, Civilma reçoit de son père un grand pot de peinture avec des pinceaux. À cette époque, le tout jeune garçon qu’il est se trouve tout excité par ce présent. En réalité il ne sait que faire étant donné que le père ignorait qu’il lui fallait aussi un chevalet et des toiles. Notre jeune artiste prend l’initiative de découper, loin du regard de tout le monde, une partie du tissu recouvrant le canapé familial pour en faire sa toile de création. La maisonnée et les voisins n’y ont vu que du feu. Une pluie de félicitations s’est même emparée du jeune homme après coup.

Dans la foulée, cette première toile s’est vite retrouvée chez sa belle-sœur qui vit en France. Sa maman n’a vu que fort tard, trop tard, à la faveur d’un déménagement, que le canapé familial avait subi l’assaut de son fils artiste.

Le menuisier qui ouvre la voie à l’atelier Bouse

En 2004, avec sa famille, vu le climat de terreur et d’insécurité qui sévissait à Cité Soleil, L-sept avec sa famille a donc dû déménager. Ils sont venus s’installer à la rue Cameau.

Boss Yves, un menuisier qui travaille dans la zone, constate très vite la propension du jeune homme à dessiner. Il lui propose donc d’intégrer l’atelier Bouse en vue de le guider et l’aider à structurer son talent.

« Bouse est la sérénité personnifiée. Il ne parle pas fort, parait presque effacé. Mais attention! derrière tout ça grouillait un artiste de grand talent », voici les termes avec lesquels L-sept nous parle de celui qui allait l’orienter vers le Centre d’art une fois qu’il ait obtenu son baccalauréat. Après le centre d’art où il apprend les fondamentaux des arts plastiques, L-sept intègre l’IERAH pour des études en histoire de l’art et en archéologie. Toujours friand de savoir, il rentre à l’École nationale des arts (ENARTS) en section Arts plastiques et termine sa course en muséologie et en conservation de patrimoine à l’Université Quisqueya.

Des bustes pour forcer le temps à suspendre son vol 

Dans son petit musée personnel, on trouve dans la collection de L-sept, faite par ses bons soins évidemment, des bustes de plusieurs grandes figures haïtiennes comme Jean-Jacques Dessalines, Viviane Gauthier, Ati Max Beauvoir, Philippe Vorbe, Dadou Pasquet, Nérilia Mondésir et d’autres figures internationales comme Hugo Chavez ou encore Abraham Lincoln. Sa compréhension, nous confie-t-il, de l’utilité de la sculpture vient des Égyptiens qui saisissaient le sculpteur comme étant celui qui garde le vivant.

Chaque sculpture constitue aussi pour lui un défi, celui de faire honneur à son père qui n’arrête jamais de lui dire que seuls les artistes peuvent sauver l’humanité d’une amnésie collective.

Le buste de Léonard de Vinci, qu’il présente actuellement au Centre d’art, à l’occasion de l’exposition tenue par la compagnie Nanm Solèy baptisée Léonard de Vinci et les artistes haïtiens à la croisée des chemins, lui permet de se rapprocher un pas de plus de son rêve le plus puissant et le plus personnel, nous confie-t-il : un jour peut-être verra-t-il l’une de ses sculptures bouger.

Dangelo Néard Auteur

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