Pour réduire la mortalité maternelle à travers le renforcement de la profession de sage-femme

Publié le 2019-05-06 | Le Nouvelliste

Le Ministère de la Santé publique et de la Population (MSPP) a lancé officiellement à Chansolme, Nord-Ouest d’Haïti, le 5 mai 2019, le projet «Saj fanm pou fanm, renforcer la profession et la pratique sage-femme en Haïti».

Cette cérémonie s’est déroulée en présence de la première dame de la République, Martine Moïse.

Financé par le gouvernement du Canada à hauteur de 15 000 000 de dollars canadiens et mis en oeuvre par l’UNFPA, le Fonds des Nations unies pour la population, ce projet, qui s’étale sur cinq ans, vise à contribuer à réduire la mortalité maternelle et néonatale par l’amélioration de la santé sexuelle et reproductive des femmes et des filles. Il se déploie dans quatre départements, les Nippes, le Sud-Est, la Grand’Anse et le Nord-Ouest, mais aura une portée nationale à travers le déploiement des sages-femmes dans tout le pays.

Le taux de mortalité maternelle en Haïti n’a que légèrement fléchi en dix ans, passant de 630 pour 100 000 naissances vivantes à 529 en 2017, a rappelé l’ambassadeur du Canada, pour montrer la pertinence de ce projet.

Haïti aurait besoin, selon les normes de l'OMS, d'environ 2 200 sages-femmes pour évaluer les besoins des femmes en âge de procréer. Aujourd'hui, seuls 10% de ces besoins sont couverts. 610 sages-femmes supplémentaires seront formées d'ici 5 ans en Haïti dans le cadre du projet «Saj fanm pou fanm», dont 450 à l’Institut National Supérieur de Formation des Sages-Femmes (INSFSF) et 160 dans des annexes, a fait savoir André Frenette.

Le représentant de l’UNFPA en Haïti a remercié le gouvernement du Canada pour sa confiance dans l’expertise technique de l’UNFPA dans le domaine de la santé maternelle et des sages-femmes, qui, à ce jour, a contribué partout dans le monde à former et à déployer plus de 115 000 sages-femmes.

Yves Sassenrath a lié le lancement du projet au contexte du 25e anniversaire de la Conférence internationale sur la population et le développement (CIPD), au cours de laquelle le monde avait reconnu la santé sexuelle et reproductive comme un droit fondamental et avait souligné la nécessité de promouvoir l’autonomie des femmes et des filles pour garantir le bien-être des individus, des familles, des nations et du monde entier.

Selon la ministre de la Santé publique et de la Population, Marie Gréta Roy Clément, le projet «Saj fanm pou fanm» est en synergie avec la ferme volonté affichée par l’exécutif pour cheminer vers l’atteinte d’ici 2030 de la cible 3.1 des Objectifs de développement durable (ODD), à savoir ramener la mortalité maternelle au-dessous de 70 décès pour 100 000 naissances vivantes.

Les départements concernés par le projet sont les régions les plus démunies en sages-femmes, avec des taux de couverture inférieurs à 10% par rapport aux normes attendues. Exprimant sa préoccupation face aux risques liés aux grossesses précoces, la Première dame d’Haïti, Martine Moïse, a affirmé que le projet «Saj fanm pou fanm» permettra à un plus grand nombre de femmes de ces régions d’accoucher en toute sécurité.

Selon le directeur de la DSF (Direction de la Santé de la Famille) du MSPP, ce projet cherche à répondre à 3 grands défis: le manque de personnels compétents, l’insuffisance d’installations sanitaires et les coûts prohibitifs des soins.

En poursuivant l’objectif de réduction du taux de mortalité maternelle en Haïti, le projet mettra l’emphase sur la réduction des inégalités de genre et le renforcement des capacités des femmes et des filles à faire des choix fondés sur l’exercice de leurs droits sexuels et reproductifs.

En cohérence avec le champ de pratique de la sage-femme et son rôle tel que défini par le profil des métiers de santé adopté par le MSPP en début d'année, la ministre à la Condition féminine et aux Droits des femmes (MCFDF), Evelyne Sainvil, a annoncé que le ministère allait entamer des discussions avec le Ministère de la Santé publique et de la Population pour que les sages-femmes puissent délivrer des certificats médicaux aux survivantes de violence sexuelle.

Le lancement officiel du projet «Saj fanm pou fanm, renforcer la profession et la pratique sage-femme en Haïti» a coïncidé avec la Journée internationale de la sage-femme, qui est placée cette année sur le thème « Sages-femmes : défenseurs des droits des femmes ». En regard de ce thème, le lancement a été aussi une occasion pour informer et sensibiliser la population et les décideurs à l'importance pour Haïti de s'associer à un mouvement mondial plaçant la profession de sage-femme au cœur et au service de l'accès à la santé sexuelle et reproductive des femmes et des filles. 

Le projet intervient sur trois axes : la formation des professionnels sages-femmes à travers le renforcement et l'extension de l'Institut National Supérieur de Formation des Sages-Femmes dans le grand Nord et dans le grand Sud, le déploiement accru des sages-femmes dans le système de santé, et plus particulièrement dans le réseau des SONU (services obstétricaux et néonatals d'urgence) et le renforcement du cadre légal de la formation et de la pratique sage-femme sur le territoire national.

L’agence onusienne spécialisée en matière de santé de la reproduction, l’UNFPA, a, à travers son Représentant en Haïti, salué la contribution des sages-femmes haïtiennes dans la lutte contre les décès maternels et néonatals évitables partout dans le pays. Aux yeux d’ONUFemmes et de l’UNFPA, la profession de sage-femme est une opportunité professionnelle permettant aux jeunes gens, notamment les jeunes filles, d’aspirer à exercer un métier à haut retentissement social, avec un niveau important d’autonomie et de prise de décision.

Selon l’ONU, les sages-femmes sont essentielles à la prestation de soins de qualité aux femmes et aux nouveau-nés. D’après l’OMS, «les faits montrent que les sages-femmes formées et qualifiées selon les normes internationales peuvent fournir 87% des services dont ont besoin les mères et les nouveau-nés et que si les sages-femmes assistaient chaque naissance, 2/3 des décès maternels et néonatals pourraient être évités».

 

Vario Sérant Auteur

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