Réflexions autour du livre «Le temps des souvenirs» de Jean-Robert Hérard

Publié le 2019-11-06 | Le Nouvelliste

D'entrée de jeu, l'auteur a été l'invité de l'émission Le Point de Radio et Télé Métropole, au cours de laquelle il a présenté le livre en question et annoncé la vente-signature pour le 23 janvier de cette année, dans les Jardins de Radio et Télé Kiskeya, comme pour manifester sa solidarité avec la station qui fut la proie des flammes le 21 décembre dernier.

Au même moment, j'ai dû contacter un ami, Melchicédek Guerrier, psychologue, pour me faire avoir le livre. Ce qui rapidement fut fait.
Le texte m'étant parvenu, quelques jours après, je me suis mis à le parcourir minutieusement, afin de revivre, cette fois par la lecture, un ensemble d'événements dont je fus témoin.

Il faut dire que, l'auteur, dans un effort calculé, retrace avec une méthodologie presque parfaite la chronologie des divers moments que connut le journal de Fontamara, sinon le seul à l'époque, Le Petit Samedi Soir. 

Sans qu'on ait à se casser la tête, l'auteur met en lumière l'excellente qualité de l'écriture des différents journalistes de l'hebdomadaire, pour afficher leur mécontentement au régime d'alors, en même temps ne pas trop donner la possibilité à quelques fanatiques du pouvoir de cerner l'essence des articles publiés. Ce fut comme du chinois, pour répéter l'auteur. 

Il est bien vrai que, sous cette dictature féroce, on pouvait assez facilement mettre hors d'état de nuire tout citoyen qui cherche à la combattre d'une façon ou d'une autre, et principalement par voie de presse parlée et écrite. 

Le livre dans toute son étendue abonde de noms de journalistes-il faut le comprendre- qui se sont signalés et dont la plupart sont encore présents sur la scène médiatique et qui se sont révélés de véritables modèles pour la jeunesse de l'époque.

Le coefficient de risque était vraiment grand pourtant les journalistes eux-mêmes ne l'ont jamais vu ou compris comme tel. Selon certains, ces journalistes jouent au quotidien à la roulette russe. Cependant, ils arrivent à comprendre quelque chose, à chaque événement ou convocation au bureau d'un ministre.

En fin de semaine, ce fut comme une obligation d'avoir en mains la dernière édition du journal. Il nous a été facile de nous la procurer, pour avoir vécu dans le quartier, par l'intermédiaire des amis qui y travaillent. 

Ainsi, il ne se passe une semaine sans qu'on n'ait à commenter entre amis tel ou tel article du journal, sans afficher une position ouverte contre le régime; mais, au fond de nous, on souhaitait tous un changement dans l'ordre des choses.

Le journal Jeune Afrique nous donnait aussi l'occasion de cerner l'évidence des parallèles ou des analogies entre le Maréchal de l'Ouganda avec les tenants du pouvoir chez nous. 

Autant dire que les différents événements ont été suivis de près et chacun se faisait une opinion.

L'auteur a très bien noté les diverses convocations du directeur du journal au bureau de certains ministres, par exemple, de la Justice, de l'Intérieur et de la Défense nationale ou de celui de l'Information et de la Coordination. Cependant, tous ces ministres, selon l'époque, étaient voisins du directeur qui n'a jamais été inquiété au moins, une fois, dans la zone. 

Qui pis est, au dos de la maison du directeur du journal, dans un hôtel désaffecté, habitaient des volontaires de la sécurité nationale. Sur la route qui conduit chez le directeur, à gauche en montant, la deuxième maison est la résidence d'un cousin d'un ancien ministre de l'Intérieur lui-même, volontaire de la sécurité nationale de son état. Dans le quartier de Fontamara, le directeur jouissait d'une tranquillité relative, au point de pouvoir circuler à pieds de l'église Saint-Michel à son domicile, après la messe du dimanche, à laquelle, assistent parfois ces ministres. Il leur arrive de se saluer au cours de la cérémonie religieuse. Le directeur a déjà assisté à une finale de championnat de football de vacances dans le quartier.

La rue longeant la face principale de la maison du directeur débouche directement chez le président fondateur du PDCH. Lorsque celui-ci a été examiné au Centre psychiatrique et neurologique Mars et Kline, un journal a sorti sur sa page de couverture un titre assez singulier" Entre le flic et le scientifique". La revue n'a pas eu d'autres numéros. Était-ce"Regards" ? 

Il est à remarquer, et l'on ne sait trop pourquoi, l'auteur ne s'est pas étendu sur la mort du journaliste Gasner Raymond. Nul ne sait, à partir du livre, où et quand ont été chantées les funérailles, encore moins aucun hommage posthume, même pas la photo du tombeau du journaliste, dont la disparition frappe encore, à chaque fois qu'on doit en parler.

On a lu que l'assassin de l'ingénieur R. Taylor a été condamné aux travaux forcés. Il reste à savoir, si effectivement, il a purgé sa peine ? Suite à cet assassinat, la maison du volontaire de la sécurité nationale dans le quartier de Martissant a été pillée, de nos jours, on dirait"dechouke". 
Comme l'auteur l'a mentionné dans sa dédicace, il m'invite à me ressourcer dans ce grand mouvement intellectuel des années 70-80, le livre tient franchement à sa vocation. L'auteur est à féliciter.

Il est à espérer que les journalistes de nos jours, pour la plupart sans aucune étoffe, trouvent à travers ces pages l'outil nécessaire pour changer les données et les orienter dans le sens de la qualité, en offrant au public des réflexions qui en valent la peine.  Il reste quand même des auditeurs témoins d'une époque où le métier de journaliste se faisait autrement et avec la manière.Il est à regretter que, de nos jours, trop de gens disposent d'un microphone et font beaucoup trop de bruit. Edmond Paul avait vu venir ces moments, c'est pourquoi, il a publié "Les causes de nos malheurs".
Un effort appréciable et tu n'as pas perdu ton temps.

Robert Moïse Psychopathologiste. Auteur

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