Le RNDDH présente son bilan de la situation chaotique des droits humains en Haïti

«Situation chaotique des droits humains en Haïti et banditisme d'État : Le RNDDH dénonce l'inertie des autorités et la protection des gangs armés», tel est le titre de la dernière publication de l'organisme de défense des droits humains en Haïti de janvier à mars 2019. Dans ce dernier bilan, publié le 3 mai 2019, le RNDDH dénonce l'insécurité grandissante, la protection des bandits armés par des officiels, les attaques perpétrées à l'encontre des travailleurs de la santé, des décès répétés dans les centres de détention et le déclin perpétuel de l'économie nationale.

Publié le 2019-05-07 | lenouvelliste.com

Pour la période allant de janvier à mars 2019, le Réseau national de défense des droits humains (RNDDH) affirme enregistrer 101 personnes tuées par balle ou à l'arme blanche, dont treize sont des policiers. «Holdensy Fanio Julmis, Lesly Auguste, Fenton Galil Albatre, Vital Michel, Ernest Charlotin, Barthélémy Claude César, Mc Kenzy E. Pierre, Pierre Ismaël Monvil, Mackenson Pierre, Jackson Simon, Réginald St-Ville, Pierrelin Jean-Baptiste, Jean Kervens Poteau», tels sont les noms des treize policiers listés par le RNDDH de janvier à mars. À cette liste s'ajoutent deux policiers tués au cours du mois d'avril, en l'occurence Vielo Victor Bellande et Gabriel Fertil.

Pour le mois d'avril, poursuit le RNDDH, neuf personnes sont tuées et dix autres blessées par balle à Carrefour-Feuilles, des suites du massacre perpétré par le gang armé récemment dirigé par Sony Jean, alias Tije, tué dans la soirée du lundi 29 avril 2019 lors d'échange de tirs avec les agents de la Police nationale d'Haïti (PNH). En outre, l'organisme de défense des droits humains a dénombré cinq morts à La Saline le 14 avril 2019 et au moins 15 morts dans la zone de Kafou 3, à Delmas 2, le 19 avril dernier.

Luttes ouvertes entre gangs armés; exposition d'armes et de munitions de la part des gangs ; détournement de containers de marchandises ; véhicules volés avec des passagers à bord ; contrôle des zones par des bandits qui rançonnent la population ; attaque de bâtiments publics ; maisons incendiées par des bandits sont entre autres cas d'insécurité recensés par le RNDDH dans chaque foyer de gang.

Plus loin, le Réseau national de défense des droits humains condamne avec véhémence ces cas de violation flagrante des droits humains et dénonce la protection et le financement des gangs armés par les autorités politiques du pays. En ce sens, il rappelle les récents événements liant le puissant chef de gang Arnel Joseph au sénateur Garcia Delva tout en relatant que ces pratiques de filiation entre bandits et politiciens ne sont pas nouvelles dans le paysage politique haïtien.

«La justice haïtienne est prise en otage par des magistrats assis et debout qui s'adonnent au trafic d'influence et à la corruption», dénonce le RNDDH, qui voit dans cette situation d'impunité généralisée un moyen de garantir et de perpétuer les cas de violation des droits humains.

Le RNDDH condamne du même coup les conditions de nomination des magistrats par l'exécutif dans l'irrespect de l'article 15 de la loi du 27 novembre 2007 portant statut de la magistrature, le manque de suivi dans les décisions prises par les administrations passées et la non-condamnation des juges accusés de fautes administratives graves dans le cadre de leurs fonctions.

Sur le plan de la santé, le RNDDH dénonce les cas d'agressions perpétrées à l'encontre de médecins ou de patients hospitalisés, à l'Hôpital de l'Université d'État d'Haïti (HUEH), l'Hôpital Universitaire La Paix (HUP) et le centre obstétrico-gynécologique Isaïe Jeanty et Léon Audin (communément appelé Chancerelles), parce que ces hôpitaux et centres de santé ne sont pas protégés.

Sur le plan carcéral, le RNDDH condamne les conditions inhumaines dans lesquelles les personnes sont détenues dans les prisons et commissariats convertis en prison. À ce titre, rappelle l'organisme, 26 personnes sont mortes en prison de janvier à avril 2019, dont dix à la prison civile de Port-au-Prince (département de l’Ouest), trois à la prison civile de l'Anse-à-Veau (département des Nippes), trois à la prison civile des Gonaïves (département de l’Artibonite), une à la prison civile de Jacmel (département du Sud-Est), une à la prison civile de Mirebalais (département du Centre), une à la prison civile de Port-de-Paix (département du Nord-Ouest), cinq au commissariat de Petit-Goâve  (département de l’Ouest) converti en prison et deux au commissariat de Miragoâne (département des Nippes), converti en prison.

Sur le plan de l'économie nationale, le RNDDH relate l'effondrement de l'économie haïtienne qui conduit à la pauvreté des plus démunis, tandis que les officiels continuent à garder leurs privilèges exorbitants. Il relate, en outre, la série de grèves observées au ministère de la Planification et de la Coopération externe (MPCE) et au ministère du Commerce et de l'Industrie (MCI), où respectivement les employés dénoncent l'ingérence des parlementaires dans la gestion et les mauvaises conditions de travail de ces ministères.

Fort de ce constat sur la dégradation des droits de l'homme en Haïti, le RNDDH recommande à la Police nationale d'Haïti de neutraliser les bandits pour les déférer à la justice. Il recommande également au Conseil supérieur du pouvoir judiciaire (CSPJ) et au ministère de la Justice et de la Sécurité publique (MJSP) de sévir contre les magistrats fautifs de trafic d'influence, de corruption et/ou dans la libération injustifiée de bandits armés arrêtés. L'organisme de défense des droits humains recommande aux autorités élues de se désolidariser de leurs pairs en accointances avec des bandits armés, et recommande aux autorités exécutives de mettre en place des programmes visant à réduire la pauvreté extrême et à favoriser l'emploi en vue de réduire le taux de chômage dans le pays.

Jacques Eder Lafleur ljacqueseder@gmail.com
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