Théâtre/ auditorium «Daniel Gelin»/ Berraca

Voir « La ville dont le prince est un enfant»

(Henry de Montherlant)

Publié le 2019-04-15 | Le Nouvelliste

Roland Léonard

Le professeur et metteur en scène Jacques Montfleury a encore frappé un grand coup. Il a pris le risque, avec les jeunes acteurs et collégiens de sa troupe Aristophane, de monter -  en adaptant les dialogues- cette pièce difficile de Henry de Montherlant, au sujet délicat, dérangeant, trouble et presque équivoque : « La ville dont le prince est un enfant».

La ville est ici un collège congréganiste. Le sujet, on le répète, peut sembler équivoque et même gênant au spectateur d’aujourd’hui, dans cette conjoncture de psychose et d’alerte à la pédophilie en milieu religieux et éducatif. Précisément catholique.

On n’en arrive pas pourtant à ces extrémités, rassurez-vous, en dépit des sentiments et du comportement ambivalents des principaux personnages, sublimés heureusement par l’ordre et la morale.

Né à Paris en 1896, l’auteur est un fervent catholique, éduqué dans son enfance et son adolescence dans un collège religieux, dirigé par des prêtres. Il a longtemps hésité à représenter cette pièce pour ne pas peiner et blesser ses anciens maîtres. « La ville dont le prince est un enfant» est la deuxième des quatre pièces de Montherlant consacrées à l’adolescence et l’éducation en milieu religieux et catholique.

C’est une pièce rétrospective au climat situé entre les deux guerres mondiales, au XXe siècle : 1919 -1939. La sévérité des principes éducatifs de l’époque nous semble aujourd’hui étrange, excessive et démodée.

C’est une pièce en trois actes, d’accents tragiques, avec une moyenne de sept à huit scènes par acte. L’intrigue est présentée de manière linéaire. Les lieux de l’action se déroulant dans le même établissement sont au nombre de deux : tantôt le cabinet d’un abbé, responsable d’une «division» (groupe d’élèves par tranches d’âge et en fonction de la charnière des classes humanitaires), tantôt la «resserre», grande cabane dans la cour de récréation où est empilé le matériel des jeux.

Synopsis

C’est un collège religieux dirigé par des prêtres, enseignants, confesseurs et officiants. C’est un internat à l’usage exclusif des garçons, jeunes adolescents. L’adolescence ! Le temps des grandes amitiés par affinités ou goût des contraires !

Le temps des serments de fidélité éternelle, à la mode des liens de sang imités des indiens d’Amérique ! Risques de dérives douteuses.

La schola ou chorale des enfants. L’assistance à la messe du dimanche avec communion. La confession. Les dortoirs et chambres individuels.

La discipline est stricte au collège La Ville : on interdit aux élèves de divisions différentes de se fréquenter, de développer des liens d’amitié, par peur des mauvaises influences des «grands» sur les «moyens» et «petits».

Il y a l’Académie, lieu privilégié par élection. Il y a la pièce de théâtre classique à Pâques, avec les jeunes élèves-acteurs. Il y a les matières rébarbatives comme le latin, le grec, l’allemand.

Il y a le drame de deux enfants et d’un prêtre attiré les uns vers les autres par des sentiments puissants où il entre de l’amitié, de la tendresse, de la charité et –inconsciemment – du désir.

M. l’abbé de Pradts, préfet de la division des «moyens», est pris d’une affection protectrice, paternaliste à l’excès, un peu douteuse même en apparence, pour le jeune Serge Souplier de sa division. Souplier est un élève difficile, paresseux et cancre, indiscipliné et farceur, issu d’un mauvais foyer. L’abbé de Pradts l’a pris jalousement sous son aile, au point d’intervenir plusieurs fois pour empêcher son renvoi définitif par la direction.

Mais il prend ombrage de l’amitié du brillant élève en classe de philosophie, André Servais, véritable vedette du collège, pour son jeune protégé qui est tout son contraire. En réalité, Souplier et Servais se connaissaient et se fréquentaient bien avant leur admission à La Ville», dans un premier établissement. Jaloux, l’abbé de Pradts dénonce publiquement cette relation entre deux élèves de divisions différentes, interdite par le règlement.

Après ce premier scandale, il convoque le jeune Serge Souplier pour le morigéner et obtenir sa promesse de changer de conduite en classe et de cesser sa relation.

Le jeune André Servais, fonceur, pénètre dans le bureau de l’abbé pour l’affronter poliment,  mais énergiquement, et se défendre de toute mauvaise influence sur Souplier, son jeune ami, de toute mauvaise intention. Il propose même à l’abbé de Pradts d’être son confesseur.

De Pradts fait mine d’entrer en sympathie pour Servais et d’autoriser, en fermant les yeux, l’amitié entre les deux garçons. André Servais a comme la charge d’améliorer la conduite du jeune cancre, de le conseiller. C’est un piège dans lequel il va tomber.

André Servais est «chocolatier» du collège et conserve sa marchandise dans la «resserre», grande cabane dans la cour de récréation. Il y séjourne tardivement, et Serge Souplier le rejoint pour converser et échanger avec lui un serment d’amitié, sous la forme d’un lien de sang, pacte d’Indiens.

Le charpentier est intrigué par leur présence tardive à la cabane et revient avec l’abbé de Pradts qui découvre leur présence à cette heure tardive. Nouveau scandale ! Servais est, à tort, accusé de pervertir le jeune Souplier. L’affaire est connue de tout le collège et la direction décide de renvoyer ce brillant élément à quelques mois du bac. L’abbé de Pradts a triomphé, mais pas pour longtemps. Il croit avoir récupéré son «fils».

Le supérieur, M. L’abbé Pradeau de la Halle, surgit dans le bureau de de Pradts, après un long dialogue spirituel et philosophique, au cours duquel il affirme croire en l’innocence du jeune Servais et n’être pas dupe de l’intrigue de son subordonné ; il lui annonce le renvoi également du jeune Serge Souplier. Coup dur pour l’abbé de Pradts, déchiré dans son affection débordante et paternelle. Il lui est interdit comme à André Servais de revoir Souplier. Juste retour du sort et des choses.

Appréciations

C’est, comme nous l’avons dit, une manière de tragédie, où l’affection spirituelle et saine des êtres, commandée par la vie chrétienne, est aux confins d’une attirance trouble, équivoque. Refoulée ou sublimée ici par le surmoi. C’est du moins notre impression ; car enfin, on peut se tromper de lecture.

La troupe Aristophane a travaillé dur pour un rendement appréciable, mais plutôt moyen : la pièce est difficile à jouer. Faute de jeux.

Personnages

M. l’abbé de Pradts, préfet de la «division» des moyens : Makenson Labossière

André Servais, élève de philo : Obed Clerveaux ; Serge Souplier, élève de troisième : Caleb Lafortune. M. l’abbé Pradeau de la Halle, supérieur du collège : Jacques Montfleury (également metteur en scène)

Henriet, élève de philo : Jones Piquant

M. Habert, surveillant de la division des grands : Obed Clerveaux

Bonne continuation, Jacques Montfleury !

Roland Léonard Auteur

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