L’importance de l’autonomisation des femmes haïtiennes dans le développement durable

Publié le 2019-04-16 | Le Nouvelliste

Durant plusieurs siècles, les femmes n’ont pas cessé de lutter pour leurs droits en vue d’obtenir les mêmes possibilités que les hommes dans le monde. Avec le temps, cette lutte a connu une grande percée, surtout au XIXè siècle qui a été particulièrement marqué par l’activisme féminin. Autrefois en Haïti, la femme mariée était victime de toutes formes de discrimination à son égard, elle était considérée comme une mineure, tout était contrôlé par son mari. Mais la donne a changé par l’émancipation de la femme haïtienne avec l’entrée en vigueur du décret du 8 octobre 1982 (Le Moniteur, No. 75, 28 octobre 1982) qui a permis aux femmes de commencer à administrer conjointement avec leur mari. Les articles 13, 55 et 75 de la Charte des Nations unies, de leur côté, appellent à la mise en œuvre des droits de la personne humaine et des libertés fondamentales pour tous, sans discrimination de sexe. Pour aboutir à une bonne compréhension du respect des droits des femmes dans le cadre du développement durable, il est important de briefer ce thème.

Le développement durable

Autrefois, quand on parlait de développement, on faisait référence uniquement à la dimension économique. Il est aujourd’hui indispensable de rechercher une forme de développement qui suppose la construction permanente d’équilibre entre les trois principaux piliers (économique, social et environnemental) du développement. La démarche de développement durable représente en ce sens une opportunité d’avenir. Les trois piliers du développement durable ont des évolutions totalement imbriquées. Il n’est pas possible d’en favoriser un au détriment des deux autres. D’ailleurs, le thème « développement durable » peut être résumé ainsi : « répondre aux besoins du présent sans compromettre la capacité des générations futures à répondre aux leurs».

Dans le souci d’avoir des sociétés équilibrées, en 2017, l’ONU a mené une campagne de sensibilisation auprès de ses États membres à travers 17 objectifs de développement durable dans le but de prévenir une amélioration des conditions de vie de l’homme dans le monde. Pour les atteindre, il est obligatoire que les États prennent des mesures avec beaucoup de diligence afin de protéger les droits de la personne, y compris les droits des femmes. Par ailleurs, ils doivent mettre l’accent sur l’autonomisation et le respect des droits des femmes, puisque ces dernières sont considérées comme la clef de voûte du développement durable. En fait, les autorités publiques ont pour devoir de prendre toutes les mesures appropriées afin d’éliminer toutes formes de discrimination pratiquée à l’égard des femmes par une personne, une organisation ou une entreprise quelconque. Haïti étant un État partie à la Convention américaine relative aux droits de l’homme (San José de Costa Rica, le 22 novembre 1969) depuis le 27 septembre 1977, et l’article premier de cette Convention stipule que « les États parties s’engagent à respecter les droits et libertés reconnus dans cet instrument et à en garantir le libre et plein exercice à toute personne relevant de leur compétence, sans aucune distinction fondée, entre autres, sur le sexe ». Cependant, en Haïti, les droits des filles et des femmes sont peu respectés. Et la Constitution 1987 amendée précise en son article 17: « Les Haïtiens, sans distinction de sexe et d’état civil, âgé de dix-huit (18) ans accomplis, peuvent exercer leurs droits civils et politiques s’ils réunissent les autres conditions prévues par la Constitution et par la loi ». Le respect des droits des femmes est la condition sine qua non de leur participation active au sein d’une société. La Déclaration mondiale en faveur de la survie, de la protection et du développement de l’enfant dans laquelle il est indiqué que « le renforcement du rôle des femmes en général et la garantie de l’égalité de leurs droits profiteront également aux enfants du monde. Les filles doivent d’emblée être traitées de façon égale et se voir accorder les mêmes chances ». La population haïtienne est très jeune, elle devrait être considérée comme un atout majeur pour le développement durable.

L’autonomisation des femmes

L’autonomie se définit comme étant la capacité de répondre à ses propres besoins, de prendre et d’assumer ses décisions, tout en tenant compte de son entourage et de son environnement. L’autonomisation des femmes est la condition sine qua non pour réduire la pauvreté dans toutes sociétés particulièrement en Haïti, surtout qu’elles représentent 52% de la population. Leur autonomie les aidera à mieux résoudre certains problèmes, ce qui ne sera pas facile sans avoir une éducation de qualité. Selon l’observation de la Banque mondiale, « les femmes éduquées ont des enfants mieux éduqués et en meilleure santé », ce qui contribue de manière positive au développement économique et social des communautés. C’est en ce sens, pour la promotion des droits des femmes, le 25 septembre 2017, l’ONU a adopté 17 objectifs de développement durable pour éradiquer la pauvreté, protéger la planète et garantir la prospérité pour tous. Selon l’objectif 5, d’ici 2030, l’égalité des sexes doit être instaurée de manière urgente afin d’éliminer toutes les causes profondes de la discrimination qui continue de compromettre les droits des femmes dans les sphères privée et publique. Par exemple, les lois discriminatoires doivent être changées et la législation nécessaire doit être adoptée pour assurer une progression dynamique de l’égalité. Une grande partie de l’économie haïtienne repose sur les activités entreprises par des femmes, surtout dans le secteur informel. Par contre, les gens qui travaillent dans ce secteur n’ont pas accès à la sécurité sociale, ce qui empêche les femmes de progresser économiquement et socialement. Grameen Bank (une banque spécialisée dans le microcrédit) a observé que « la production globale en terme de développement est plus importante quand les crédits sont accordés aux femmes plutôt qu’aux hommes, car les femmes ont plus tendance à mettre leurs gains au service de l’amélioration de leurs conditions de vie et de l’éducation de leurs enfants ». L’autonomisation et les droits des femmes sont essentiels pour accomplir l’ensemble des 17 objectifs de développement durable à l’horizon 2030 en Haïti.

Le 30 juin 2017, le gouvernement haïtien et l’équipe des pays des Nations unies ont signé en Haïti le Cadre de développement durable 2017-2021. Selon l’ONU, on doit considérer le rôle des femmes comme acteurs-clés du développement. La Constitution de 1987 amendée, en son article 17.1, fait obligation au respect du quota de 30 % minimum de femmes dans les services publics. Au niveau du décret électoral 2015, la dimension du genre revêt une importance capitale dont l’article 100.1 réclame ce même quota. Tel n’a pas été le cas. Pour éviter une pareille situation, lors de la période électorale, les femmes ne devraient pas faire l’objet de persécution, ni de discrimination, ni de violence dans le processus électoral en vue de les encourager à jouir librement de leurs droits politiques. En Haïti, le phénomène qui les décourage le plus est la difficulté de leur intégration dans le marché du travail. Ceci est considéré comme l’un des éléments qui contribue à la féminisation de la pauvreté en Haïti.

En milieu professionnel, les femmes subissent toutes sortes de discrimination, notamment le viol et le harcèlement. Ce dernier n’est pas prévu dans le code pénal en vigueur. Depuis 2017, le projet de loi du nouveau Code pénal qui le prévoit a été déposé au Parlement. Jusqu’à cette date, rien n’est encore fait concrètement. En effet, pour certains, une femme victime de cette infraction ne pourrait rien faire sur le plan légal, selon l’adage latin nullum crimen, nulla poena sine lege qui se traduit ainsi : il n’y a ni crime ni peine sans loi, ce qui est la règle fondamentale en droit pénal. Or, Haïti a ratifié la Convention de Belém do Pará depuis le 2 juin 1997, dont l’article 2.b, dispose que  «les femmes ne devraient pas être victimes de harcèlement ». Selon l’article 276.2 de la Constitution de 1987 amendée, cette convention fait partie de la législation nationale. Donc, il y a la provision légale quant au harcèlement en Haïti. Par conséquent, on ne saurait parler de l’insécurité juridique en la matière. Par ailleurs, une société évoluant sans application des lois et des règlements est appelée à disparaître tôt ou tard, puisqu’à l’intérieur de quelques institutions, beaucoup de dirigeants ne respectent pas les normes d’équité et d’éthique.

Somme toute, il est primordial de donner aux femmes leur vraie place dans la société haïtienne, parce qu’elles ont le potentiel et le leadership exceptionnel dans la manière de résoudre les problèmes. Pour cela, les hommes ont pour responsabilité de les soutenir dans leurs démarches, dans le processus d’amélioration de leur condition de vie. L’égalité des sexes est un droit, puisque l’épine dorsale de la définition de toutes les politiques et stratégies de développement durable, c’est l’égalité entre hommes et femmes. À cet effet, pour mettre en œuvre le Programme de développement durable à l’horizon 2030, l’État devrait mettre l’accent sur l’égalité des sexes, l’autonomisation des femmes et des filles et l’éducation de la population en général. Il est important de connaître les politiques sociale, économique, environnementale et culturelle que l’État haïtien compte mettre en place afin qu’Haïti devienne un pays émergent d’ici à 2030. D’un autre côté, pour atteindre les objectifs de l’ONU, chacun doit jouer sa partition : les gouvernements, le secteur privé des affaires, la société civile et la population en général. Cette démarche pourrait aboutir à une bonne gouvernance, parce qu’on ne réalise rien de grand en solo.Vu les trois derniers événements que le pays a connus, à savoir 6, 7 et 8 juillet 2018, fin novembre 2018 et début février 2019, que peut-on attendre de notre chère Haïti d’ici 2030 sans la participation active des femmes, à tous les niveaux, dans le processus de son émergence via le développement durable?

Me. Nasha SAINT-FLEURAvocate Barreau de Port-au-PrinceMe. en Droit de l’Entreprise,Spécialiste en gouvernance d’Entreprise et en droit de l’enfance. Auteur

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