Le point sur le salaire sectoriel

18

Publié le 2019-04-15 | Le Nouvelliste

Carte blanche à Jean-Claude Boyer

Du cadre théorique et de la portée pratique du salaire sectoriel, peut-on cesser d’alimenter le débat ? Quand persiste l’approche erronée autour du salaire minimal. De plus, est non moins faux le salaire maximal. Analyse.

Conceptuellement, sur le marché de l’emploi les adjectifs minimal et maximal poseront toujours problème. En football, d’une équipe qui se contente de gagner par la plus petite des marges, soit le score 1 – 0, le commentateur dira qu’elle fait dans le minimal. Quand elle verse dans ce travers comme ce fut le cas de la France au Mondial 2006 joué en Allemagne, je titrais un papier circonstancié « La France minimaliste… ». Le superlatif ne faisait que renforcer la fâcheuse habitude.

En revanche, à propos de l’équipe qui gagne par un score-fleuve, on peut dire : « L’Allemagne maximaliste ». Comme au Mondial 2014 joué au Brésil, semi-finale : Brésil 1 – Allemagne 7.

Cessons d’emprunter du vocabulaire sportif, pourtant il nous sert d’illustration pour décanter le mécanisme de formation du prix du facteur travail. La richesse, donc la production, est créée par le travail grâce à l’effort musculaire et/ou mental. Mais il est conditionné par l’offre et la demande. Disons- le tout de suite : Le prix du travail, donc le salaire, est déterminé par l’offre de travail (qu’apporte la force active avec bras et cerveaux) et par la demande de travail (exprimée par les entrepreneurs).

Le mécanisme n’est pas complexe : si l’offre de travail est abondante ou surnuméraire, il est clair que les détenteurs du facteur travail ne recevront pas les rémunérations escomptées ou espérées. En revanche, en cas d’une forte demande de travail alors que l’offre est restreinte (imaginons des ressources humaines qualifiées que le patronat ne trouve pas en claquant les doigts), les rémunérations seront substantielles.

Illustration en prenant en compte la réalité du marché du travail : Historiquement, le salaire journalier a connu un cheminement de tortue. Puis, il fut remplacé par le concept et la réalité du salaire minimum. En principe, dans sa détermination on aurait dû tenir compte des forces en présence, savoir si dans chaque créneau, chaque filière l’offre est supérieure à la demande ou l’inverse. Tenir également compte des spécificités sectorielles, par exemple le mode de rémunération dans le secteur commercial est fonction du prix de revient (du prix coûtant des marchandises). Toute proportion gardée, on n’y fait pas entrer la fluctuation du change. L’idée de généraliser l’exigence du salaire minimal fausse la donne parce qu’on s’était habitué à la rémunération à la pièce dans la sous-traitance mais on ne pouvait pas deviner que l’introduction d’un minimum ajustable pouvait créer une tension permanente.

Sur la lancée, introduire un mode minimal de rémunération dans les autres secteurs ne paraît pas convenir à la logique. Dans un magasin de produits réfrigérés ou de biens de consommation courante, dans une fabrique de mosaïques, dans une usine de pâtes alimentaires, la paye se fait à la semaine ou à la quinzaine, en tenant compte du prix de revient.

Dans la restauration et l’hôtellerie, le revient est le marqueur. Dans les foyers, le personnel de service sera servi en salaire en fonction des revenus salariaux du ménage. Ne parlons pas du secteur agricole où globalement le coumbite sert d’appoint à la force productive, de contribution à l’effort productif. De toute façon, comment dans une économie anémiée des charges salariales non proportionnées à la croissance seraient-elles supportables ?

Quand l’embellie économique ne réapparaît pas, il n’est pas toujours possible de relever périodiquement les rémunérations salariales. Tout est fonction du chiffre d’affaires, c’est-à-dire des ventes, donc de la consommation. Véritable cercle vicieux.

On pourrait explorer à l’infini les modes de rémunération, on aboutira forcément aux spécificités de chaque type d’activité. Sans quoi, continuera à s’installer la confusion, toujours dommageable pour la stabilité économique et sociale.

                                                                                                                                                Jean-Claude Boyer

                                                                                                                                                Mardi 9 avril 2019

Ses derniers articles

Réagir à cet article

Nous avons remarqué que vous utilisez un bloqueur de publicité.

Notre contenu vous est présenté gratuitement à cause de nos annonceurs. Pour continuer à profiter de notre contenu, désactivez votre bloqueur de publicité.

C'est éteint maintenant Comment désactiver mon bloqueur de publicité?

How to disable your ad blocker for our site:

Adblock / Adblock Plus
  • Click on the AdBlock / AdBlock Plus icon on the top right of your browser.
  • Click “Don’t run on pages on this domain.” OR “Enabled on this site.”
  • Close this help box and click "It's off now".
Firefox Tracking Prevention
  • If you are Private Browsing in Firefox, "Tracking Protection" may casue the adblock notice to show. It can be temporarily disabled by clicking the "shield" icon in the address bar.
  • Close this help box and click "It's off now".
Ghostery
  • Click the Ghostery icon on your browser.
  • In Ghostery versions < 6.0 click “Whitelist site.” in version 6.0 click “Trust site.”
  • Close this help box and click "It's off now".
uBlock / uBlock Origin
  • Click the uBlock / uBlock Origin icon on your browser.
  • Click the “power” button in the menu that appears to whitelist the current website
  • Close this help box and click "It's off now".