La problématique du genre en Haïti au cœur des échanges à la DEP-UEH

«Femme et poste à responsabilités en Haïti», tel a été le thème d’une table ronde organisée le mercredi 3 avril 2019,  à l’initiative de la Direction des études postgraduées de l’Université d’État d’Haïti (DEP-UEH).

Publié le 2019-04-11 | Le Nouvelliste

Cette journée, selon le Dr Blair Chéry, directeur des études postgraduées de l’UEH, est la première d’une série de conférences prévues par la DEP dans le cadre d’une démarche communautaire pour inviter les secteurs public et privé à apporter un point de vue à la fois technique et scientifique sur des questions d’intérêt général.

Intervenant à cette rencontre, le professeur Hérold Toussaint, vice-recteur de l’Université d’État d’Haïti, a félicité l’initiative et dit déjà engager des démarches visant à instaurer au sein de l’UEH un programme de spécialisation autour de la question de genre qui constitue aujourd’hui une préoccupation sociale, a-t-il indiqué en présence de différents secteurs tels que l’Office de la protection du citoyen (OPC), le barreau de l’ordre des avocats, la Fondasyon Je Klere, l’Association nationale des médias haïtiens (ANMH), la Direction des études postgraduées (DEP) ont tous répondu présent à cette journée pour réfléchir autour de la question genre en Haïti.

Madame Saltero, qui a représenté la Fondasyon Je Klere, a, au cours de cette journée, procédé à un inventaire exhaustif de la situation des femmes en Haïti.  Elle a cité entre autres, la domesticité, l’esclavage sexuel, la marginalisation comme des traits caractéristiques des mauvaises conditions de vie des femmes dans le pays. Elle a aussi critiqué les institutions publiques, notamment le Parlement qui n’a pas fait de la question du genre une priorité. Elle dit appeler à une refondation de la vie sociale haïtienne en envisageant un nouveau modèle de vivre-ensemble entre homme et femme dans le pays.

Youdeline Chérizard, doctorante à la DEP, a reconnu d’entrée de jeu que la question de la répartition des rôles  n’est qu’un «construit social». Selon la doctorante, ce «construit», caractérisé par l’exclusion et la domination sociale, est une violation des droits de la femme car il est normal et même judicieux que les sexes soient traités de façon identique.

Plus loin, elle a présenté un tableau chiffré pour décrire l’exclusion et la marginalisation dont sont victimes les femmes haïtiennes. «Seulement 28,8% intègrent la fonction publique haïtienne. 13% ont un poste à responsabilités à l’UEH. Elles sont seulement 27.2%  dans tout l’enseignement universitaire haïtien. Ces chiffres, d’après l’intervenante, constituent une expression manifeste de la violation systématique de l’article 17,1 de la Constitution haïtienne amendée qui exige un quota de 30% de femmes dans toutes les institutions publiques haïtiennes», ajoute l’avocate, qui s’attaque aussi au barreau dont elle est membre, a expliqué qu’après 160 ans d’existence, aucune femme n’est encore bâtonnière au barreau.

D’après Youdeline Chérizard, le barreau ne reproduit pas moins les clichés qui tendent à présenter les femmes comme inférieures. Elle dit plus loin ne pas comprendre comment le barreau, qui est un espace normatif, peut-il se permettre d’éprouver autant de plaisir à violer les normes constitutionnelles en matière de relation homme-femme. Elle dit inviter par ailleurs à un processus de resocialisation qui doit amener les hommes à considérer les femmes comme leur égale.

Pour Stanley Gaston, bâtonnier de l’ordre des avocats, contrairement aux autres panélistes, la question de droits de la femme n’est pas tombée du ciel, c’est un acquis. C’est une émancipation. Pour le bâtonnier, Haïti a fait beaucoup de progrès dans la question de la promotion des droits de la femme. Dès 1950, les femmes haïtiennes avaient eu déjà leur droit de vote et de se faire élire à un poste électif.

Stanley Gaston a indiqué que de nombreux dispositifs ont été pris au niveau du droit haïtien pour permettre aux femmes haïtiennes de jouir pleinement de leurs droits au même titre que les hommes. Le bâtonnier se réjouit des avancées qu’il dit constater dans les rapports homme-femme en Haïti. Il  croit plutôt que le débat devrait plutôt porter sur les nouvelles stratégies à mettre en place pour permettre aux femmes haïtiennes d’être encore plus productives en matière de recherche scientifique.

Par ailleurs, la journée a été clôturée par le rédacteur en chef du Nouvelliste, Frantz Duval, président de l’Association nationale des médias haïtiens (ANMH) en faisant un portrait des femmes qui ont marqué la presse haïtienne et qui dit s’engager dans la défense de la cause  populaire. 

Loobensy Timoré loobensytimore90@yahoo.fr Auteur

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