L’ONU appuie le souhait des dirigeants haïtiens de mettre fin au mandat de la MINUJUSTH

Publié le 2019-04-04 | Le Nouvelliste

Le secrétaire général adjoint aux opérations de maintien de la paix, Jean-Pierre Lacroix, a déclaré, le mercredi 3 avril 2019, que l’ONU appuyait le souhait des dirigeants haïtiens de mettre fin à la mission de maintien de la paix en Haïti et au mandat de la MINUJUSTH arrivant à terme le 15 octobre de cette année, ainsi que le souhait que les autorités haïtiennes prennent pleinement en charge la sécurité du pays et la responsabilité qui en découle.

Le chef des opérations de paix a tenu ces propos devant le Conseil de sécurité de l’ONU qui s’est réuni à New York pour discuter de la fin programmée de la Mission des Nations unies pour l’appui à la justice en Haïti (MINUJUSTH). Une réunion à laquelle le ministre haïtien des Affaires étrangères Bocchit Edmond a pris part.

« Le gouvernement souhaite ardemment que le nouveau rôle des Nations unies puisse demeurer cohérent avec l’évolution du contexte général du pays, ainsi que les besoins en termes de sécurité, de justice, de stabilité et de développement durable »,  a déclaré le ministre Bocchit Edmond estimant que les avancées réalisées dans le cadre du mandat de la MINUJUSTH permettent à son pays d’opter aujourd’hui pour une nouvelle présence des Nations unies en Haïti autre qu’une opération de maintien de la paix.  

Présentant le dernier rapport sur les activités de la mission, Jean-Pierre Lacroix a indiqué que « la fin du maintien de la paix en Haïti est à portée de main » en soulignant toutefois que la « fluidité politique » et la « fragilité économique » dans le pays justifient le maintien d’une présence de l’ONU après le retrait de la MINUJUSTH.

S’appuyant sur la recommandation du secrétaire général de continuer à accompagner Haïti, Lacroix estime que le petit bureau de conseil stratégique recommandé « constitue la configuration idéale pour répondre à de tels besoins en Haïti à ce stade ».

Simultanément, a ajouté M. Lacroix, nous cesserions certaines activités progressivement, retirerions la présence opérationnelle de la police et préparerions une « transition en douceur » vers la présence postmaintien de la paix. L’engagement du Conseil de sécurité et des pays de la région au cours de cette période sera crucial, a estimé le haut fonctionnaire avant de se féliciter de la demande faite par le gouvernement haïtien d’accéder au Fonds pour la consolidation de la paix. 

Si aucune violence n’a émaillé les manifestations depuis les soulèvements de février dernier, qui avaient fait 41 morts et 100 blessés et conduit à la restriction des libertés individuelles, des affrontements entre gangs rivaux, reflets probables de conflits d’intérêts criminels, continuent de perturber la vie des quartiers au sud de Port-au-Prince et de provoquer des incidents isolés dans les régions du Nord et de l’Artibonite, a poursuivi le secrétaire général adjoint.

Plus loin, Jean-Pierre Lacroix a expliqué aux membres du Conseil de sécurité que les efforts pour améliorer la situation de sécurité ont donné des résultats mitigés ces derniers mois, dans un contexte d'incertitude politique avec la chute du gouvernement, avant de souligner que la Police nationale d’Haïti (PNH) a continué de démontrer sa capacité à faire face aux menaces à la sécurité dans le pays, notamment en planifiant et en menant des opérations antigangs, avec un soutien limité de la MINUJUSTH.

Les manifestations de ces derniers mois, a reconnu M. Bocchit Edmond, ont mis en évidence les étapes cruciales à franchir, notamment la nécessité impérieuse de renforcer la lutte contre l’insécurité et la corruption multiforme, et d’améliorer substantiellement, et sans délai, les conditions de vie de tous les segments de la population.

« Nous avons confiance en la capacité de la PNH à gérer les risques pour la sécurité sans appui opérationnel international. Les Nations unies continueraient pour leur part à fournir des conseils stratégiques pour le développement institutionnel de la PNH et pour le renforcement de ses capacités logistiques, y compris par le biais d’une assistance bilatérale »,  a affirmé M. Lacroix.

« Nous prévoyons un renouvellement du mandat de la MINUJUSTH pour une période de six mois jusqu’au 15 octobre 2019, un calendrier conforme à la stratégie de sortie sur deux ans et à l’évaluation du secrétaire général », a déclaré, pour sa part, le représentant des États-Unis, Jonathan R. Cohen, s’attendant à ce que la PNH soit en mesure d’assumer pleinement ses responsabilités d’ici au 15 octobre 2019.  

Pour le Conseil, le plan de développement stratégique quinquennal de la Police nationale haïtienne pour 2017-2021 est sur la bonne voie.  Le ratio officier de police pour 1 000 habitants se situe à 1,32, proche de la cible de 1,45, et le pourcentage de personnel de la PNH présent dans les régions a dépassé les 35%, s’est félicité M. Lacroix.

Par ailleurs, le représentant américain à l’ONU dit appuyer un dialogue constructif et inclusif entre les dirigeants de tous les horizons politiques haïtiens, la société civile, les organisations confessionnelles et le secteur privé, afin de trouver des solutions durables à la crise politique et économique actuelle.

« L’instabilité politique ne peut trouver de solution qu’à travers un dialogue interne inclusif pour faire face aux défis socioéconomiques », a affirmé le représentant de la Belgique, Marc Pecsteen de Buytswerve.

Préoccupé par le fait que « l’opposition radicale » a cherché à renverser le président Jovenel Moïse, le chef de la délégation de l’Union européenne (UE),  João Pedro Vale de Almeida, a noté que, parallèlement, d’autres acteurs politiques et la société civile appellent à « un véritable dialogue national qui, après plusieurs tentatives infructueuses, tarde toujours à se mettre en place ».

Joanna Wronecka, représentante de la Pologne, a insisté sur l’importance de la lutte contre la corruption, en particulier dans l’affaire PetroCaribe, ainsi que sur la promotion de mesures économiques pour améliorer la situation actuelle. 

 « L’accent doit maintenant être mis sur l’accompagnement, la formation de la Police nationale et l’édification des institutions nationales, notamment judiciaires. Les conditions d’un appui budgétaire adéquat ne sont pas réunies et la réforme du secteur pénitentiaire n’est pas terminée.  Les avancées législatives ne suffisent toujours pas à lever les obstacles à l’accès à la justice, pour ne citer que ce domaine »,  a relevé le représentant de la République dominicaine, José Singer Weisinger.

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