La machine diplomatique du président Préval dans le nouveau livre du professeur Jean Guy-Marie Louis

Vient de sortir sous les presses de l’Imprimeur II le livre du Dr Jean Guy-Marie Louis intitulé : La Politique étrangère de René Préval. Se référant à l’article paru dans l’édition du 4 au 7 mars 2019, nous proposons au lecteur la suite de la présentation de cet important ouvrage. En effet, on s’était arrêté au premier mandat du président Préval. Voyons maintenant comment l’auteur aborde-t-il l’étude de la politique étrangère de ce chef d’État au cours de son second mandat.

Publié le 2019-03-07 | Le Nouvelliste

Culture -

À la fin de la transition, Préval ne semble pas trop intéressé à la politique. Voyant en lui celui qui pourrait calmer l’ardeur des partisans d’Aristide qui réclament son retour, la communauté internationale le presse de retourner aux affaires. L’insistance des représentants des pays dits « amis D’Haïti » pour la candidature de Préval à la présidence était en soi un triomphe diplomatique pour ce dernier.

Une fois réélu pour un second mandat, l’auteur pense que la machine diplomatique du président Préval piétine. Son manque de confiance dans son Premier ministre Jacques Édouard Alexis qui affichait une posture de dauphin, et en son ministre des Affaires étrangères qu’il soupçonnait être beaucoup plus au service du Premier ministre qu’à son service plombait les actions diplomatiques du pays.

Prenant en main l’action diplomatique du pays, la plus grande réussite diplomatique de Préval au cours de ce second mandat reste et demeure le renforcement des relations d’Haïti avec le Venezuela de Hugo Chavez. Ce dernier, se rappelant de la dette de Bolivar envers Pétion, ne s’est pas fait prier pour choisir un autre modèle de coopération avec Haïti. Cette coopération qui  commence par le financement de la construction des centrales électriques Simon Bolivar et José Marti, respectivement à Port-au-Prince et au Cap-Haïtien, et celui du marché de Croix-des- Bossales débouche par la suite sur la signature de l’important Accord de Petrocaribe.

Les rapports de bon voisinage entre Préval, Castro et Chavez ne rassurent pas trop la communauté internationale qui commence à être plus réticente pour délier le cordon de la bourse. La situation socioéconomique  se détériore et débouche sur les émeutes de la faim du 8 avril 2008 qui entraîne la démission du Premier ministre Alexis.

Madame Michèle Pierre-Louis, après plusieurs tractations avec les membres du Parlement, devient Premier ministre. Sa nomination est saluée par la communauté internationale. Préval se méfie d’elle et de son ministre des Affaires étrangères Alrich Nicolas, trop intellectuels à son goût et capables de gâcher son plan de fin de règne. Il veut avoir les mains libres. D’ailleurs, comment comprendre tout ce temps qui s’est écoulé entre la date du 12 avril 2008, marquant le renvoi d’Alexis par un vote de censure du Parlement, et celle du 5 septembre 2008 rappelant l’installation de Madame Pierre-Louis à la Primature. Seul un grand tacticien et grand manœuvrier comme Préval est capable de cet exploit.

Au cours de cette période, pour permettre au gouvernement haïtien de venir en aide à la population, le Canada annonce un don de 10 millions de dollars américains à travers le Programme alimentaire mondial (PAM), la Banque mondiale 6 millions et la Banque interaméricaine de développement (BID) une  enveloppe de 27 millions, a souligné l’auteur. Préval est seul maître à bord. Quant aux Américains, ils annoncent une aide de 7 000 tonnes de nourriture et 25 millions d’aide alimentaire additionnelle à Haïti.

 Préval comprend le jeu de la communauté internationale. Il appelle à son secours le président brésilien Ignacio Lula da Silva, dit Lula. Celui- ci arrive en Haïti le 28 mai 2008 et signe six accords avec son homologue haïtien.

Le passage des cyclones Fay, Gustav et Hanna favorise le vote de Madame Michèle Pierre-Louis à la Primature. La communauté internationale répond favorablement aux appels à l’aide du gouvernement haïtien. Le Venezuela est de loin le plus généreux. Son aide va au-delà d’une simple assistance alimentaire pour toucher les infrastructures et l’éducation. Madame Pierre-Louis est à la commande et ne cesse pas de marquer des points. Elle est perçue  comme une femme politique moderne, ce qui rend un peu jaloux le président Préval qui croie, comme l’ancien Premier ministre français Édouard Balladur, que  « le pouvoir ne se partage pas ».

Cependant, Madame Pierre-Louis n’a même pas pu encore résoudre les problèmes liés au passage des cyclones que le pays s’enfonce à nouveau dans la crise. La course électorale, l’affaire Lavaud, la crise financière internationale, la gestion des fonds PetroCaribe, l’existence d’un climat délétère entre le président et son Premier ministre ont des impacts négatifs sur la qualité de vie des citoyens. Préval profite de la conjoncture pour se débarrasser de son Premier ministre.

La communauté internationale exprime ses regrets, d’autant plus que Madame Pierre-Louis qui incarnait le réveil politique du pays est renvoyée dans des conditions très peu élégantes. Son successeur Jean Max Bellerive est installé à la Primature le 11 novembre 2009. L’aide internationale stagne. À part la BID, les autres bailleurs ne délient pas trop le cordon de la bourse. Le 12 janvier 2010, le séisme arrive. Préval n’a pas su gérer la crise post-séisme. Il fait preuve d’un manque de leadership. Les ONG envahissent le pays et sa tentative de faire élire son dauphin échoue. L’OEA , sur invitation du président Préval, prend les commandes des opérations postélectorales.  La communauté internationale impose « la victoire aux urnes » de Michel Joseph Martelly.

Tous ces faits sont expliqués avec un luxe de détails par le professeur Jean Guy Marie Louis. Selon lui, la politique étrangère de Préval peut être divisée en deux parties. La première qui correspond à son premier mandat a été, hormis la débâcle électorale de mai 2000, un franc succès. Il a pu déplacer l’axe diplomatique d’Haïti Washington-Paris-Santo-Domingo vers La Havane- Caracas et Bruxelles et retirer Haïti de son isolement avec son intégration à la CARICOM et à l’Association des États de la Caraïbe (AEC), ainsi que son ouverture sur l’Afrique.

Toutefois, la seconde qui se confond avec le deuxième mandat du président Préval n’a pas été une réussite, même avec la signature de l’Accord PetroCaribe, le renforcement du système de santé, l’amélioration des infrastructures routières, la relance de l’industrie hôtelière et la création de plusieurs milliers d’emplois, le tout avec la coopération de nos principaux bailleurs. Il faut reconnaître que des facteurs naturels et exogènes ont compliqué la situation économique et sociale du pays et fait déjouer ses plans. Les cyclones Fay, Gustav, Hanna et Ike, le séisme du 12 janvier 2010, la flambée des prix des produits alimentaires sur le marché international, particulièrement celui du riz qui a conduit en Haïti à l’émeute de la faim, la crise financière internationale de 2008 ont beaucoup plombé les actions gouvernementales et sérieusement affecté la politique étrangère de René Préval.

À ces points, il faut aussi mentionner les reproches de la communauté internationale qui le soupçonnait de vouloir opérer un virage à gauche à cause de ses liens très étroits avec Cuba, le Venezuela et d’autres gouvernements de gauche du continent, son laxisme dans la lutte contre les narcotrafiquants, son manque de leadership, particulièrement dans la gestion du séisme du 12 janvier, et enfin sa volonté d’installer au palais national un de ses protégés, Jude Célestin, afin de jouir d’une retraite politique paisible et, qui sait ? planifier un nouveau retour aux affaires, après un amendement constitutionnel opéré par son successeur.

Quoi qu’il en soit, René Préval a été un fin politicien, un habile négociateur et un bon stratège. Calme, courtois, patient, discret, prudent, il a toutes les qualités d’un bon diplomate. Parmi tous les chefs d’État haïtiens, il est un cas d’école, c’est peut-être pour cela que de nombreux chercheurs et analystes politiques s’intéressent tant à lui.

La politique étrangère de René Préval est un très bon livre. Comme l’a si bien dit le préfacier, le professeur des relations internationales Ricardo Augustin, « Lle docteur Jean Guy Marie Louis a le mérite d’avoir produit un ouvrage d’une rare qualité. L’auteur a donc gagné son pari, celui d’offrir une œuvre de référence à la postérité, plus particulièrement aux étudiants et chercheurs en relations internationales et en diplomatie».

Dr LOUIS Jean Guy-Marie, La Politique étrangère de René Préval, Imprimeur II, 2019, 318 pages.

Wébert Lahens webblahens@yahoo.fr Auteur

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