Même le carnaval est une peau de chagrin…

Symboliquement, le carnaval exauce les vœux les plus délirants dans un pays où les éléments toxiques sécrétés par la société jettent plus d’un dans un grand désarroi. Le carnaval comble le vœu de faire danser, chanter et oublier, dans un tourbillon de jours gras, le stress de l’année dans une débauche de folie. Même la folie s’altère, se rétrécit en Haïti dans la solution insoluble de la politique.

Publié le 2019-03-06 | Le Nouvelliste

Le carnaval est la fête la plus populaire d’Haïti. C’est une période  très attendue. Beaucoup de gens ont misé gros sur le carnaval. C’est un moment incontournable durant laquelle des musiciens, des artistes, des artisans, des opérateurs culturels, des petits marchands, des hôteliers, des ingénieurs du son  gagnent de l’argent. Et le carnaval ne saurait être une réussite sans la mise en commun de ces créateurs.

Pour chanter et danser le carnaval, il faut d’abord qu’un nombre important d’artistes ait consenti le sacrifice de travailler pour le public. Pour composer une méringue, l’inspiration, la patience et la sueur accompagnent l’ouvrage de l’artiste. Il ne suffit pas de composer et de chanter. Toute une équipe de musiciens est derrière le compositeur. Et d’ailleurs, le groupe doit entrer au studio, ce qui occasionne des débours. L’argent est le nerf du carnaval. Toute méringue, pour qu’elle arrive à pénétrer le cœur du public, doit s’accompagner de vidéoclip et de CD pour prendre possession des médias.

Les méringues des ténors qui créent l’ambiance habituellement tous les ans sur le parcours du carnaval, qu’il soit tenu à Port-au-Prince ou dans certaines villes de province, sont disponibles sur la Toile ou en rotation sur la bande F.M. Djakout #1, T-Vice, Sweet Micky, Kreyòl La, Ram, Boukman Eksperyans, Barkad Crew, Roody Roodboy, Vwadèzil, entre autres, enflammaient déjà leurs fans. Ces groupes ont vécu le cœur serré.

De même que tout joueur de football professionnel attend le moment de la Coupe du monde, le musicien attend impatiemment les jours gras pour conquérir la grande foule, les inconditionnels du carnaval.

Après la réussite du carnaval de la métropole du Sud-Est, les fêtards des autres communes du pays ont attendu les jours gras pour se défouler. Les acteurs n’ont pas arrêté de rêver. Le public voulait ardemment vivre le carnaval national aux Gonaïves. Jusqu'à mardi dernier, les artistes, les managers se demandaient: «  Eske n ap pèdi kòb sa a? Nèg politik yo fè kòb pa yo a deja! ». Les artisans, les artistes, les charpentiers, les électriciens, les constructeurs de stands, les ingénieurs du son, les maquilleurs, les designers, tout un monde grouillant autour de l’orbite du carnaval a mal vécu ce séisme politico-social. Les carnavaliers les plus déchaînés se disaient: « Eske ren nou  ap bloke ane sa a ?»

Tel un coup de massue, le ministre de la Culture et de la Communication, Jean Michel Lapin, avait mis fin à toute spéculation autour de la réalisation du carnaval aux Gonaïves. Il avait annoncé officiellement, le mercredi 27 février 2019, l’annulation du carnaval national qui devait se tenir aux Gonaïves cette année. Retenons pour l’histoire qu’il avait précisé toutefois que l’État, dans l’objectif de sauvegarder ce patrimoine immatériel qu’est le carnaval et contribuer à l’activité économique, restait ouvert à toutes les mairies du pays qui souhaitaient offrir à la population un moment de réjouissance. Les fonds (50 millions gourdes) alloués aux financements des festivités carnavalesques sont restés disponibles. En effet, ces fonds ont été partagés entre plusieurs mairies pour des festivités carnavalesques, notamment le Cap-Haïtien, les Cayes, Carrefour, Jacmel. Intelligemment, le maire démissionnaire de la ville des Cayes, Gabriel Fortuné, avait vite fait de saisir la perche tendue par le ministre de la Culture. Il a réussi le coup de Jacmel qui a organisé son carnaval sur toute la ligne, le 24 février et durant les trois jours gras (3, 4 et 5 mars).

Pour les Cayes, Sweet Micky a animé le parcours, drainant du monde derrière lui et fustigeant avec des mots fielleux ceux qui ont lancé des pierres sur la foule afin de boycotter les festivités. Le groupe Rockfam a aussi egayé la foule de la métropole du Sud.

Ainsi le carnaval s’amaigrit, se réduit comme une peau de chagrin.

Elien Pierre Elienpierre60@yahoo.com Auteur

Réagir à cet article

Nous avons remarqué que vous utilisez un bloqueur de publicité.

Notre contenu vous est présenté gratuitement à cause de nos annonceurs. Pour continuer à profiter de notre contenu, désactivez votre bloqueur de publicité.

C'est éteint maintenant Comment désactiver mon bloqueur de publicité?

How to disable your ad blocker for our site:

Adblock / Adblock Plus
  • Click on the AdBlock / AdBlock Plus icon on the top right of your browser.
  • Click “Don’t run on pages on this domain.” OR “Enabled on this site.”
  • Close this help box and click "It's off now".
Firefox Tracking Prevention
  • If you are Private Browsing in Firefox, "Tracking Protection" may casue the adblock notice to show. It can be temporarily disabled by clicking the "shield" icon in the address bar.
  • Close this help box and click "It's off now".
Ghostery
  • Click the Ghostery icon on your browser.
  • In Ghostery versions < 6.0 click “Whitelist site.” in version 6.0 click “Trust site.”
  • Close this help box and click "It's off now".
uBlock / uBlock Origin
  • Click the uBlock / uBlock Origin icon on your browser.
  • Click the “power” button in the menu that appears to whitelist the current website
  • Close this help box and click "It's off now".