Pourquoi l’opposition n’a pas eu raison de Jovenel Moïse?

Publié le 2019-02-20 | Le Nouvelliste

Editorial -

Les insurrections, les coups d’Etat, la grève générale, les manifestations de rue sont les différents moyens utilisés, d’un pays à l’autre, pour chasser un chef d’Etat du pouvoir avant l’échéance de son mandat. Les insurrections et les coups d’Etat sont courants dans l’histoire politique d’Haïti. Nombreux furent les chefs d’Etat haïtiens victimes de ces pratiques politiques ou qui ont été contraints à la démission à la suite d’une situation de ce genre. Le général Prosper Avril, chef du gouvernement militaire, fut le seul président chassé du pouvoir à la suite de manifestations de rue en mars 1990. En l’année 2004, l’opposition politique avait multiplié les manifestations de rue contre le pouvoir dirigé par Jean-Bertrand Aristide ; l’ancien prêtre avait utilisé les contre-manifestations. L’entrée en scène de Guy Philippe, à la tête de l’armée du Nord, en février 2004, en prenant le contrôle des départements du Nord, de l’Artibonite et du Plateau central, avait porté la communauté internationale à obtenir la démission de Jean-Bertrand Aristide.

 Depuis les discussions sur le budget de l’exercice fiscal 2017-2018, l’opposition, conduite par Moïse Jean-Charles et André Michel, exprimait son désaccord face au pouvoir de Jovenel Moïse. Après l’échec d’une série de manifestations lancées par l’opposition au cours de l’année 2018, le mouvement Petro Challenge, qui demande des comptes sur l’argent PetroCaribe, a rendu la tâche facile à l’opposition en mobilisant la jeunesse acquise à sa cause. La dégringolade de la gourde face au dollar, à la fin du mois de décembre 2018 et tout au long du mois de janvier 2019, occasionnant la hausse des prix des produits de première nécessité, a vite tracé un chemin favorable à la mobilisation de différentes couches de la population.

C’est dans ce contexte d’aggravation de la situation des couches les plus défavorisées que l’opposition a lancé la manifestation du 7 février, date symbolique dans l’histoire récente du pays. Face à l’effervescence populaire de cette journée, l’opposition, bénéficiant du soutien de différents groupes, y compris d'hommes d’affaires, a enlevé le sommeil à Jovenel Moïse et à son équipe du 7 au 15 février 2019. Privée d’eau, de nourriture, de soins de santé, en raison du blocage des routes un peu partout à travers le pays et de manifestations quotidiennes, la population a adhéré non sans contrainte à la mobilisation contre l'équipe au pouvoir.

 En dépit les scènes de pillage, le blocage du pays par des barricades de toutes sortes, Jovenel Moïse n’a pas démissionné. Le soutien de l’ambassade américaine et du Core Group, il faut le dire, a été déterminant. Cependant, la mésentente entre les chefs de l’opposition sur les directives à donner au mouvement et sur la formule à adopter pour parvenir au remplacement de Jovenel Moïse, d'une part, et les suspicions de la présidence sur la participation éventuelle de proches du Premier ministre dans la mobilisation de l'opposition, d'autre part, ont contribué à renforcer la conviction de Jovenel Moïse à ne pas démissionner. Il devient de plus en plus difficile pour un analyste de déterminer si Jovenel Moïse arrivera au terme de son mandat. C’est un chef d’Etat meurtri. L’opposition va-t-elle utiliser d’autres moyens de lutte pour contraindre Jovenel Moïse à abandonner le pouvoir ?

Lemoine Bonneau

lbonneau@lenouvelliste.com  

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