Risque sismique en Haïti : les maisons mal construites inquiètent

Le Programme des Nations unies pour le développement (PNUD), de concert avec plusieurs entités de l’État haïtien impliquées dans la planification et la gestion des risques et des désastres ainsi que l’Université d’État d’Haïti (UEH), a organisé une table ronde autour du theme : « Évolution de la connaissance et de la prévention du risque sismique en Haïti ». À côté des relevés par imagerie satellitaire que les experts ont présentés, ces derniers ont aussi démontré que le pays n’est pas prêt à éviter un bon nombre de dégâts en cas d’un séisme parce que l’espace urbain n’a pas été aménagé à cet effet.

Publié le 2019-02-01 | Le Nouvelliste

Le tremblement de terre de magnitude 5,9 sur l’échelle de Richter qui a causé 17 décès, 333 blessés et a provoqué de nombreux dégâts à Port-de-Paix et Gros-Morne en dit long sur  notre capacité de réponse face aux aléas sismiques. Sismologues, experts en risques naturels et chercheurs sont unanimes à reconnaître que le pays n’a pas fait assez d’efforts pour réduire la vulnérabilité aux risque sismique. Neuf ans après, selon leur constat, les différents gouvernements ont péché par le peu de ressources mobilisées pour la sensibilisation de la population et des activités de prévention. Du coup, les gens continuent de construire de la même manière sans aucune restriction imposée par les autorités. Or, de l’avis des experts, autre que le séisme, ce sont les maisons construites en dehors des normes qui tuent les gens.

Si le danger  reste imminent, la compréhension scientifique des phénomènes géologiques et des sources sismiques est nettement plus à jour depuis 2010. Le problème se situe au niveau des documents opérationnels visant à rendre accessibles ces connaissances au commun des mortels. Ceci représente une préoccupation pour  l’ingénieur-géologue Claude Prépetit, directeur du Bureau des mines et de l’énergie (BME), qui estime que les « avancées en termes de réduction des risques ne sont pas satisfaisantes ». Il estime aussi qu’il faut un état des lieux et des actions d’urgence pour réduire les vulnérabilités criantes de la population. « Sur le plan technique, le pays est mieux pourvu, mais il faut une appropriation de ces connaissances et techniques par les autorités locales et les comités de protection civile », a indiqué M. Prépetit.

Après son exposé sur les failles actives dans le Nord du pays qui sont susceptibles de produire des séismes importants, Samira Philip, conseillère technique en gestion des risques et des désastres au PNUD, a fait savoir que cette conception qu’il y a deux lignes de failles-Septentrional et Enriquillo-Plantain Garden n’est pas tout à fait juste. Des études ont cherché à identifier et caractériser grâce à l'utilisation d'images aériennes, de données topographiques à haute résolution, de cartes bathymétriques et d’observations géologiques d’autres structures qui peuvent générer des séismes à côté des failles connues, a avancé la sismologue Samira Philip. La représentante du PNUD a par ailleurs précisé que « le seul but de ces études techniques est de permettre aux ingénieurs de s’adapter » à la réalité.

Comme bilan à dresser pour cette période d’après le séisme dévastateur du 12 janvier, on peut citer les études sur microzonage et les plans de contingence pour certains départements, notamment le grand Nord, financés par le PNUD. La menace sismique à laquelle le pays est exposé n’a pas réussi à faire bouger les autorités. Les experts qui sont intervenus lors de cette table ronde encouragent les responsables à consentir des efforts, à vulgariser les informations sur le risque sismique et la mise en place des mécanismes et outils nécessaires à l'intégration de ce risque dans la planification urbaine et l’aménagement du territoire afin d’augmenter la résilience des populations.

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