PAPJAZZ : After hour/ La « Réserve/ 24-1-2019

Une excellente soirée de chansons avec Fatima

Publié le 2019-01-31 | Le Nouvelliste

Culture -

Roland Léonard

C’est en curieux, intrigué, que nous nous dirigeons vers le fameux restaurant « La Réserve» ce jeudi soir. Il nous semble avoir déjà écouté cette voix à ses débuts et nous voulons juger par nous-même de ses progrès et de ce qui a pu motiver les décideurs du PAP jazz à l’honorer autant.

Nous nous installons tranquillement dans la cour sur un «pouf». Les tables des dineurs sont disposées dans le jardin. En face de nous, un «stage» ou podium, bien à l’abri sous une sorte de dais éclairé par des projecteurs. Il supporte des instruments : des «amplis», des haut-parleurs, des claviers, une guitare «stratocaster», une guitare-basse électrique à cinq (5) cordes, une batterie rouge, une paire de tambours-congas crème, des micros.

Nous avons le temps de faire la connaissance des musiciens : Ronaldo Exavier et Kedvar Pierrelis aux deux claviers ; Wilkens Paul a.k.a. « Ti Gita» (guitare stratocaster) ; Sadrac Germain (guitare-basse) ; Night Baker Exavier (batterie). Soit un staff suffisant de musiciens talentueux pour accompagner la jolie vedette.

La chanteuse nous accorde une brève entrevue. Nous apprenons qu’elle a été élève de chant de James Germain durant trois ou quatre mois, qu’elle compte au moins cinq (5) années de carrière et qu’elle pratique un peu de tout dans son répertoire. « Variétés» ou « Worldbeat», cela va du konpa au R’N’B, en passant par la musique «rasin» (yanvalou et rara-rabordage), sans négliger le «soft rock», la «soul», le «reggae» et la chanson française. On l’attend à l’œuvre.

Les musiciens sont prêts et ont rodé le son, une jeune présentatrice annonce Fatima. La chanteuse en tenue noire, avec voile verte et transparente sur le «falzar» ou «futal», noir également  (son pantalon pour parler correctement). Cette jolie mulâtresse a de longs «dreadlocks».

Elle dit un bonsoir généreux à l’assistance. Et ça commence avec une surprise agréable : une version yanvalou et orchestrale de « Fanm se kajou» de notre grand troubadour national « Bekenn». Quel honneur ! Cette chanson est magnifiquement rendue dans son ironie et son réalisme par la belle voix de Fatima. On évalue rapidement sa catégorie vocale : mezzo-soprano ? Ou alto tout au plus ? « Fanm se kajou» est interprétée agréablement par un solo de « Ti Gita».

Place ensuite à la meringue-contredanse évoluant vers le « konpa» de « Mwen bezwen w». Assez connue, cette chanson. Elle est agrémentée d’un solo de clavier rappelant un piano acoustique, et d’une intervention rythmique, puis solo de « Ti Gita», avec un riff au passage.

Le troisième morceau est le reggae célèbre, universellement aimé de Bob Marley « I Wanna love you», illustré d’un solo de la guitare rock, au son «saturé» et «fuzz», de l’incontournable Wilkens Paul.

Entre «soft rock» et «reggae», Fatima enchaîne ensuite avec une chanson française actuelle et assez connue. Quelle belle diction chez cette vocaliste, décidément très versatile dans ses choix et ses performances !

En cinquième lieu sur son programme vient « W abandone m», sa première composition qu’elle ose présenter au public. La chanson est introduite par les arpèges d’un clavier. Elle est en mineur, comme il se doit et comme presque toutes les chansons précédentes et suivantes. Le mode mineur est celui de la tristesse de la nuit. Fatima serait-elle une grande mélancolique ? Ce mode est également celui de la lascivité du désir. « W abandone m» est une touchante ballade pop-rock. Nous avons pu constater les grandes aptitudes de la chanteuse dans le registre aigu où elle hurle et crie sa douleur. « Ti Gita» et sa guitare «saturée», encore une fois, viennent à la rescousse, empathiques.

Fatima poursuit son tour de chant avec une interprétation de «Fèy» de «Ram», succès de Lunise Morse, rabòday très excitant avec les ostinatos et riffs de la basse, simulant nos «vaccines». Elle en profite pour présenter ses musiciens tour à tour, et chacun s’illustre dans un petit commentaire instrumental.

Nullement égoïste, la chanteuse a des invités qui la rejoignent sur scène ; Sarah Jane Rameau d’abord, chantant avec elle un «zouk», qui pour une fois ne nous a pas épaté, et «Carlito» - chantant rudement bien – dans une assez plausible version de «Redemption Song», tube de Bob Marley.

Fatima boucle la première partie de son tour de chant avec l’interprétation, «blues» et «Swing» lent, du «Summer time» de George Gershwin, tout en citant le refrain « Hit the road Jack» du célèbre Ray Charles.

Après un intermède de quinze minutes, elle revient pour une deuxième partie tout aussi performante. Fatima nous a convaincu.

Bravo ! Bonne continuation !

Roland Léonard Auteur

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