Obed Lamy, journaliste autrement

PUBLIÉ 2019-01-21
« Tout ce qui mérite d’être fait mérite d’être bien fait. » Cette phrase que lui a répétée une fois un de ses professeurs à l’INAGHEI, il la garde bien enfouie dans un coin de sa tête. C’est son leitmotiv. La boussole qui régente un quotidien articulé par l’information, l’explication, la sensibilisation et l’éducation. Quatre piliers convergés en une forme de journalisme utile, ou mieux, en « Enfo Sitwayen », une plateforme multimédia d’information pratique et d’éducation civique que ce Petit-Goâvien figurant parmi les 24 jeunes de Ticket codirige avec Édine Célestin. Portrait d’Obed Lamy, un journaliste-éducateur dans l’âme.


Tout par et pour l’éducation. La vie d’Obed Lamy en est un témoignage. Son enfance est rythmée par un père enseignant, un passionné, qui malgré les obstacles, s’investit encore dans la formation des jeunes. À Petit-Goâve, Obed a grandi dans une maison dont la cour a été le rendez-vous des enfants du quartier venus bénéficier des séances de leçons gratuites prodiguées par le maître de maison. « Quand je voyais mon père se démener à chaque grandes vacances pour offrir des activités et partager le pain avec les enfants, c’était envisageable que des années plus tard je développerais une grande sensibilité pour l’éducation », explique l’ancien élève du Collège Pierre Mendes France. Obed témoigne de beaucoup d’admiration pour son papa, professeur de plus 25 ans de carrière.

Cette accointance avec l’éducation talonne le jeune homme dans la capitale haïtienne. Sans surprise, on retrouve le troisième de cette famille de quatre enfants tenant une chaire de géométrie à l’école Plein Soleil de Delmas. Malgré son dévolu pour l’administration publique et les sciences de la communication, le deuxième lauréat du concours d’admission de la Faculté des sciences humaines (octobre 2011) reste autant attaché à la formation de son entourage. Le gestionnaire décide de concilier ses dadas. Éduquer autrement en arborant le costume de journaliste devient son nouveau challenge. « J’ai toujours aimé les métiers qui me mettent en relations avec les gens. Après un séminaire suivi à la FASCH, j’ai créé en 2013 un blog : À proximité. Le nom témoigne de mon envie d’être toujours proche du public et de le tenir également proche des informations », indique Obed Lamy.

« J’ai trouvé dans le journalisme une autre façon de penser l’éducation. Parce que le journaliste se révèle être aussi un éducateur. À travers ses articles, il a la possibilité de véhiculer de nouvelles connaissances au public. De fait, à chaque lecture, le travail d’information et d’éducation se poursuit », avance l’ancien collaborateur du quotidien Le National. Ce média est le premier qui a accueilli, en 2015, l’actuel responsable de communication de l’Institut de technologie et d’animation (ITECA), après que ce dernier se fut attelé dans la pratique journalistique en solo. La carrière de Monsieur prend définitivement son envol. De cet élève de 6e année fondamentale curieux comme une belette qui suivait son prof Ronel Faustin à toutes les manifestations, le cofondateur d’Educ-Ha Group devient un journaliste mettant son expertise au service de la société haïtienne.

Entre son désir de servir mieux et de se rendre utile, en avril 2018, l’ex-collaborateur de Loop Haïti accouche, en compagnie de la photojournaliste Édine Célestin, d’une plateforme multimédia d’information pratique et d’éducation civique. « Après trois années passées à travailler comme journaliste, à produire des sujets de société, entre autres, je me questionnais sur les résultats de mon travail. Mes articles aidaient-ils les citoyens à vraiment prendre des décisions importantes dans leur vie ? Comment donc les proposer via les réseaux sociaux des informations qui leur permettraient de mieux appréhender l’actualité et mieux participer dans le processus de la démocratie et de la bonne gouvernance ? D’où l’essence de Enfo Sitwayen », explique l’éditeur en chef de ce média en ligne dont les différents contenus sont disponibles en format audio, vidéo et graphique.

« On produit des contenus en créole pouvant aider le plus de personnes possible à résoudre des problèmes ponctuels, réels. Des situations auxquelles on est exposé chaque jour et sur lesquelles on ne détient pas nécessairement des informations. Par exemple, comment corriger une erreur enregistrée dans un acte de naissance, comment l’État procède-t-il au calcul des impôts prélevés sur le revenu... », indique le correspondant de Radio Canada et de CIUT FM, une station basée à Toronto. Le journaliste ayant collaboré avec La Voix de l’Amérique se réjouit du feed-back, qui, dit-il se révèle très intéressant. C’est donc avec plaisir qu’il porte sa chemise blanche frappée à l’effigie de Enfo Sitwayen assortie à un jeans rouge violacé sombre pour l’interview. « Certains professeurs disent utiliser nos capsules dans leurs cours ou conseillent à leurs élèves de les consulter. On déduit donc que ce besoin était bel et bien présent dans la société haïtienne », affirme Obed Lamy.

Mais derrière ce passionné de la communication et de l’éducation vit un jeune homme de 26 ans, simple, affable, amical et très causant. Ni chétif, ni costaud, son frohawk dégradé moyen nous rappelle ces ados des années 90. Un perfectionniste qui ne respire que pour le travail, ne trouvant que de rares heures à consacrer aux loisirs, comme les pairs de sa génération. « Je suis toujours submergé par le travail. Je n’ai pas une vie très mondaine. On me reproche souvent d’être trop prude », avoue celui qui dans une autre vie serait styliste. (Figurez-vous qu’il manie bien les ciseaux !) De fait, pas de petite amie dans les parages ? Obed est-il un cœur à prendre ? Il rit aux éclats pour cacher sa gêne. « Oui, mais pas seulement un cœur. Je suis une vie à prendre aussi. Parce que prendre Obed, c’est le prendre avec ses passions, sa profession », confesse-t-il. À bon entendeur, salut !



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