Pierre Marie Boisson : « L’économie haïtienne aujourd’hui est une économie de transferts »

Dans la traditionnelle interview de début d’année de l’émission Rendez-vous économique animée par l’économiste Kesner Pharel, P-DG du Group Croissance, l’économiste Pierre Marie Boisson a décortiqué le dimanche 6 janvier 2019 les piètres performances de l’économie haïtienne sur l’année écoulée. Au fil de sa radiographie affutée de l’économie nationale, à grand renfort de chiffres et d’illustrations, l’économiste en est arrivé à la conclusion – somme toute paradoxale – qu’Haïti est un pays pauvre qui est en train de créer de la richesse à l’extérieur tout en travaillant pour l’extérieur.

Publié le 2019-01-07 | Le Nouvelliste

Pour l’année 2018, l’économie haïtienne a enregistré une maigre croissance de seulement 1,5% du PIB selon les calculs de l’Institut haïtien de statistiques et d’informatique (IHSI) avec une contribution – stable sur ces dernières années – de l’agriculture à hauteur de 20,9%, du secteur commerce, hôtel, tourisme (28%), du secteur bâtiments, travaux publics (10%) ainsi que du secteur des transports et communications (7.3%).

Appelé à commenter les différentes contributions de ces secteurs dans l’économie haïtienne, Pierre Marie Boisson a noté que le gros des 28% du secteur des services provient des microentreprises, de l’informel tandis que dans le secteur des communications, il a signalé une baisse actuellement dans la vente des minutes téléphoniques plafonnée à 20 millions de dollars américains de minutes par mois (240 millions de dollars l’an) contre 30 millions par mois (360 millions de dollars américains l’an) il y a de cela quelques années. Pour lui, la communication, qui croît à un rythme normal, est comparable à l’un des plus gros postes d’importation du pays.

Un peu plus loin dans ses commentaires, l’économiste Boisson a relevé combien les transferts de la diaspora sont partout dans les secteurs d’activité susmentionnés. « L’économie haïtienne aujourd’hui est une économie de migrants, elle est une économie de transferts », a affirmé l’économiste, précisant que les revenus de l’État proviennent à 75% des importations qui sont financées elles-mêmes en grande majorité par les transferts de la diaspora.

«Nous importons parce que nous recevons des dollars », a-t-il lâché péremptoirement, soulignant une balance des paiements en équilibre grâce notamment aux transferts de la diaspora. Et pour preuve, le pays a reçu 5 milliards et demi de dollars qu’il a ensuite redirigé vers des importations de biens et services de l’ordre de 5 milliards et demi.

Par ailleurs, pour l’année 2018, les transferts de la diaspora représentent la moitié de l’économie urbaine haïtienne que Pierre Marie Boisson chiffre à environ 6 milliards et demi de dollars américains. C’est pour la première fois depuis qu’il analyse ces statistiques, estime le banquier, que les transferts de la diaspora sont en hausse de 18%. Sur les 8,6 milliards de dollars américains de PIB produits par la population haïtienne, il a calculé 2,5 milliards de dollars provenant de l’économie agricole faite essentiellement d’autoconsommation et 3,2 milliards de dollars de transferts de la diaspora. Citant une étude de la Banque mondiale, Pierre Marie Boisson a avancé qu’aujourd’hui, dans le milieu rural haïtien, il y a plus d’argent en circulation provenant des transferts de la diaspora que de l’agriculture qui est une agriculture de subsistance.

D’après les enquêtes, a poursuivi Pierre Marie Boisson, la diaspora d’un pays envoie généralement à ses proches 10% de ses revenus. Ainsi, à côté des 3,2 milliards de dollars transférés en Haïti, suivant les calculs de l’économiste, il y a une diaspora haïtienne à l’étranger qui produit plus de 30 milliards de dollars américains. Grâce à un modèle établi depuis des années, qui est en pleine accélération ces derniers temps, « nous sommes en train de créer de la richesse à l’extérieur d’Haïti » tout en créant en même temps de la pauvreté à l’intérieur du pays. Avec notamment 4 ans de croissance du PIB en moyenne inférieure à la croissance démographique du pays.

Outre la hausse des transferts, l’industrie de la sous-traitance est pour Pierre Marie Boisson l’autre pendant positif de l’économie haïtienne pour l’année 2018. Même s’il a qualifié de catastrophique l’économie manufacturière qui représente actuellement à peu près 8% de l’économie nationale contre 18 à 20% il y a de cela 30 ans. Néanmoins, l’économiste a signalé 11,3% d’augmentation des exportations de sous-traitance survenue après deux années de baisse. Pour rappel, les produits textiles représentent plus de 80% des exportations nationales.

Plus loin dans sa radiographie, l’économiste a considéré le secteur financier comme étant la dominante de l’état de forme de l’économie haïtienne durant l’année qui vient de s’écouler. Durant la période, le crédit au secteur public a augmenté de près de 14% contre 9% au secteur privé. Pierre Marie Boisson a donc pointé du doigt le déficit budgétaire record cette année de l’État haïtien. Un déficit financé à hauteur de 24,3 milliards de gourdes par la banque centrale. « L’année dernière nous avions remarqué que le crédit au secteur public avait augmenté de 58% contre 4% au secteur privé […] Cette année, ce scénario est moins choquant mais l’année prochaine il sera plus choquant car on continue à avoir le déficit budgétaire », a prédit Pierre Marie Boisson, qui ne s’explique pas encore l’augmentation de 34 milliards de gourdes de recettes domestiques inscrites dans ce budget et encore moins l’augmentation de 75% des recettes douanières.

En guise de perspectives pour l’année 2019, Pierre Marie Boisson dit s’attendre à une accélération des exportations car l’industrie de la sous-traitance, dit-il, a des jours brillants devant elle. « L’agriculture a un potentiel de croissance aussi », a-t-il déclaré faisant le souhait que les transferts de la diaspora continuent à croitre, ce malgré le fait que la distribution des devises dans la balance des paiements n’a pas été orientée cette année vers les secteurs qui créent des emplois.

Tout en maintenant le risque énorme de déficit dans le budget 18-19, l’économiste a fait remarquer que les perspectives de l’économie haïtienne sont énormément liées au politique pour cette année 2019 car, a-t-il rappelé, il s’agit d’une année électorale. « Une année avec des germes d’incertitude liés au politique », a-t-il conclu, indiquant que son inquiétude pour l’année se trouve au niveau financier.

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