Néhémy Pierre-Dahomey, un écrivain prometteur

PUBLIÉ 2019-01-08
Ayant pour l'heure un seul roman à son actif, Néhémy Pierre-Dahomey est pourtant l'écrivain le plus prometteur de notre génération. Pour cause, son roman « Rapatriés » paru en 2017 récolte déjà des prix d'envergure dont le Carbet des Lycéens ou la sélection de la Société des gens de lettres. Le jeune écrivain se voit déjà comparé à Jacques Stephen Alexis par la presse française. Un bon début pour le natif de Port-au-Prince.


Celle ou celui qui a dit un jour que parfois notre trésor réside dans ce qui nous effraie a raison. Des cas comme celui de Néhémy Pierre-Dahomey qui illustrent bien cette maxime sont pléthore autour de nous. Eh oui ! Aussi incroyable que cela puisse paraître, l’écrivain durant ses premières années de secondaire n’affectionnait pas les cours de littérature au prestigieux Lycée Toussaint Louverture. « C’était d’un ennui total, dit-il. Les professeurs vous parlent des écrivains sans vraiment vous inciter à lire leurs ouvrages. » Pour esquiver ce supplice, ses condisciples et lui ont trouvé une martingale magique qui allait le propulser malgré lui vers la littérature, son dada depuis lors. « Pour ne pas être puni en séchant ces cours ennuyeux, il suffisait de se retrouver à la bibliothèque avec un livre cachant le visage, et le tour était joué », confie-t-il.

Le benjamin des quatre enfants de sa famille a donc pris goût à la lecture à partir de là ! Trois ouvrages vont contribuer à conforter cette passion : « La famille des Pitite Caille » de Justin Lhérisson, « Rue des pas perdus » de Lyonel Trouillot, et « L’étranger » d’Albert Camus. Le lycéen de l’époque, ayant fait le tour des ouvrages disponibles à la bibliothèque de son établissement, prend le large. Et s’aventure vers un plus grand espace. Il s’agit bien de la Bibliothèque Nationale. « C’est une passion de plus de 20 ans. Tout le monde me connaît ici, parfois je suis perçu comme étant un employé de la boîte tant que je suis un habitué », explique-t-il. Cette boulimie a commencé avec des pèlerinages au quotidien dans cet espace.

Néhémy Pierre-Dahomey découvrira sa fibre de poète en 2007 véritablement en remportant un concours. Son poème « Mots épars » rafle le premier prix et inspire aux organisateurs le titre du livre réunissant les trois meilleurs textes.

En 2010, il publie « Emmuré », son premier recueil, à compte d’auteur. C’est à partir de cette année qu’il initie ses allers-retours en France pour des besoins de prestation théâtrale ou des activités d’écrivain. À souligner que l’homme a connu l’époque où les cercles littéraires existaient encore.

L’écrivain va planter son étendard véritablement dans la république tricolore au début de 2013 pour un master en philosophie à Paris VIII pour seconder son niveau un obtenu à l’École Normale Supérieure. Conscient de ses compétences de poète, il a pensé autour de 2014 à faire le premier pas dans l’écriture romanesque. « Pendant une année, dit-il, j’ai fait parvenir çà et là mes tapuscrits dans l’espoir d’être édité. » Finalement les éditions Seuil le contactent pour « Rapatriés ». « J’étais en larmes ce jour-là », confie Néhémy avec la sincérité d’un enfant.

« Rapatriés », tel qu’il l’explique, est le récit de plusieurs marginaux qui expérimentent ce que le philosophe appelle « Inxil », l’antonyme selon lui pour le mot exil. « Je ne dirais pas que je dénonce mais plutôt que je mets en exergue le fait que selon son passeport, son origine, sa nationalité, on a le droit ou pas de passer d’une frontière à l’autre avec ou sans difficulté », éclaire l’auteur. Il confie avoir eu le déclic, trouvé le substrat de son roman en observant la réalité d’un enfant haïtien adopté par une Française.

Néhémy compte comme figure de proue dans son totem Gabriel Garcia Marquez, Jacques Stephen Alexis, José Saramago, Stéfan Szweig. « Ils ont tous une écriture de qualité mais ns arrêtent pas là. Ils façonnent le monde à leur manière », affirme-t-il.

Aujourd’hui encore, le Port-au-Princien commence ses journées avec de la lecture tandis qu’il sirote du café, sa boisson préférée. « J’en avale au moins quatre tasses par jour », révèle-t-il. Le romancier se réjouit de pouvoir vivre de son écriture, ce qui le dispense de travailler en dehors de ce cadre. S’il n’anime pas d’ateliers, Néhémy Pierre-Dahomey se trouve dans une résidence d’écrivain. En plus, il peut compter sur ses droits d’auteur. L’homme de 32 ans n’a encore ni enfant ni femme.

L’ambition du jeune écrivain, c’est de pouvoir continuer à lire et à écrire. « Dans dix ans, rétorque-t-il par rapport à notre relance y relative, je me vois au fond de ma bibliothèque faisant ce que j’adore faire, c’est-à-dire me plonger dans une longue lecture ! »



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