Les particularités de l’hypertension artérielle chez les Haïtiens # III

Publié le 2018-12-26 | Le Nouvelliste

Nous voici au terme de ce projet de scruter les particularités de l’hypertension artérielle chez les Haïtiens. Nous sommes reconnaissant envers le doyen de la presse haïtienne, Le Nouvelliste, d’accepter de publier cette série de trois articles. Ce geste sublime glorifie la valeur de cette saison, la Noël, qui est la joie du partage. Nous sommes heureux des retombées positives exprimées par des collègues, anciens professeurs et compatriotes quant à la pertinence de ces informations pour une meilleure appréciation de la pathogénie de l’hypertension artérielle dans ses différentes composantes. Cet effort a été entrepris dans la tentative de payer notre dette à la patrie commune. Nous terminons la série avec ce troisième article « Les particularités thérapeutiques et pronostiques et conclurons avec les recommandations et les commandements pour le contrôle de l’HTA et sa prévention primaire ».

Les particularités thérapeutiques et pronostiques.

Il existe au moins 15 types différents de médicaments pour le traitement de l’HTA. Généralement, les Blancs répondent assez bien à n’importe lequel. Cependant pour les Noirs, eux répondent mieux à deux types : les diurétiques et les anticalciques. C’est notre constatation aussi chez les Haïtiens.

Il y a chez nous une pullulation d’usage des médicaments dont les noms se terminent en « pril » tels que : Enalapril, Lisinopril, Fosinopril, Quinapril, Benazepril etc. Ils sont pourtant indiqués pour l’hypertension (TA) avec un taux élevé de rénine. Or, chez les Haïtiens le taux de rénine est bas, sauf l’Haïtien qui prend un diurétique.

Ils sont aussi indiqués quand l’HTA s’accompagne de comorbidité : une complication soit cérébrale (ACV), cardiaque ou rénale. S’il y a diabète aussi.

Signalons encore que dans 5 à 10% des cas, ces médicaments en pril peuvent causer, chez les Noirs, l’angio-oedème ou enflure de la langue, de la muqueuse buccale et de la glotte avec arrêt possible de la respiration. Ce genre de phénomène se rencontre chez les Noirs et les Asiatiques, non pas chez les Blancs.

Du point de vue thérapeutique aussi, il y a des médicaments qui sont à proscrire pour l’Haïtien : particulièrement les bétabloquants, dont Propranolol, Metoprolol etc.

La raison principale est que ces médicaments peuvent causer le phénomène du rebond, c’est à dire en cas d’omission d’une dose ou arrêt spontané, la tension rebondit, s’exacerbe à un plus haut niveau qu’elle était et occasionne un stroke ou ACV par exemple.

En plus, ces médicaments peuvent entraîner des troubles de l’érection du pénis ou « ED ». Chez la femme, on peut noter la diminution de la libido (désir sexuel).

Certains beta-bloquants liposolubles pénètrent la substance cérébrale et peuvent causer la dépression.

S’agissant du traitement de l’hypertension et la sexualité, il est à noter que la qualité de vie est importante, car l’être humain doit jouir de la vie et les relations sexuelles en font partie pour homme ou femme. Dieu, dans sa bonté, n’a pas voulu que l’homme soit seul. Il créa la femme pour compagne. Il faut donc éviter des médicaments qui affectent la qualité de la vie. Voilà pourquoi nous mettons en garde contre ceux qui peuvent affecter les relations sexuelles. Parmi ces médicaments, citons les betas bloquants et les sympatholytiques du genre soit alpha methyl dopa (Aldomet), soit réserpine etc.

Il parait que certains refusent à tort ou à raison de prendre ces médicaments à cause de ces effets secondaires sur la sexualité. Nous nous expliquons.

C’est vrai dans le cas de ces médicaments cités plus haut. C’est aussi vrai si l’hypertension s’est installée depuis longtemps et n’a jamais été contrôlée. Ce qui arrive alors, l’HTA cause le durcissement des artères du périnée ou des artères des organes sexuels. Avec ce durcissement, les vaisseaux sanguins en rapport avec le gonflement par le sang des structures du pénis (le corps caverneux et le corps spongieux) sont obstrués et ne reçoivent plus de sang pour gonfler le pénis. D’où la perte définitive de l’érection.

Cependant quand le traitement de l’HTA se fait de façon appropriée avec des médicaments de choix, la perte d’érection peut être temporaire, car le thermostat de contrôle de gonflement des vaisseaux du pénis perd son ajustement pour un temps limité. Il était ajusté à la tension haute, maintenant que la tension a baissé ce contrôle est perdu. Mais il se regagne dans un ou deux mois avec la nouvelle tension. Autrement dit, la perte est temporaire. Le fonctionnement reparait. Dans ce sens, c’est faux de dire que le traitement de l’HTA compromet ou annule la vie sexuelle de l’individu. D’ailleurs certains vaso-dilatateurs utilisés parfois pour le traitement de l’HTA renforcent l’appétit sexuel.

Une épreuve thérapeutique peut aider à vérifier la perte éphémère de l’érection. Il consiste à utiliser des vasodilatateurs du groupe des inhibiteurs de la phosphodiéstérase 5 dont sildénafil, ou tadalafil, ou vandenafil etc.

La limitation de 2500 mots par publication qui nous est imposée empêche de vider le sujet HTA/sexualité. Nous y reviendrons. Il s’avère important de mentionner que prévenir vaut mieux que guérir. Un contrôle approprié de l’HTA évitera ce problème. De même une diète saine avec des fruits et légumes est d’importance, compte tenu de leur teneur en antioxydants et en certaines vitamines qui renforcent le système immunitaire et agissent comme des antioxydants et même vasodilatateurs. Citons en exemple le résvératrol que l’on retrouve dans le vin rouge, le melon entre autres.

Du point de vue de sexualité et HTA, il y a certains antihypertenseurs à éviter chez les femmes. Nous nous référons à des médicaments qui peuvent diminuer la libido comme les bétabloquants, les sympatholytiques, de même des médicaments susceptibles de causer la kératinisation de la muqueuse vaginale. En pareille situation, la femme souffrira de dyspareunie ou des douleurs durant la copulation.

Cependant quand l’HTA se complique de diabète, l’impotence sexuelle est plus grave, mais non irrémédiable. La pathogénie en cas de diabète est différente. Elle est à la fois vasculaire et neurogénique.

L’usage de l’aspirine pour contrôler la tension artérielle est très répandu. Mais l’aspirine n’est pas un médicament antihypertenseur. Il sert à prévenir le stroke ou ACV du type embolie cérébrale, l’infarctus du myocarde aussi (rare chez les Haïtiens) mais facilite et aggrave le stroke du type hémorragie cérébrale. Faisons remarquer que les Haïtiens souffrent de décompensation cardiaque (gros cœur), comme complication cardiaque de l’HTA ; tandis que les Blancs souffrent d’infarctus du myocarde ou crise cardiaque par l’obstruction des vaisseaux coronaires ou coronaropathie.

Une autre particularité à noter chez nos compatriotes, c’est la croyance dans les « remèdes feuilles » du type amandier. C’est une croyance dogmatique très poussée chez nous, difficile à combattre ou circonvenir. Il importe alors d’insister que leur utilisation doit s’accompagner de médicaments connus, ainsi qu'une adhérence journalière à une diète riche en fibres ou fruits et légumes et des exercices physiques. Le sel est à proscrire, surtout les cubes culinaires. Ils sont sursaturés de sodium. Il y en a avec une teneur en sodium de 2400 mg par serving. Des gens en utilisent jusqu’à 10 par cuisson, d’où une consommation toxique de 24 GM contre les 2.5 GM recommandés par l’OPS/OMS.

Les particularités pronostiques

Elles concernent le retard de diagnostic de l’HTA chez les Haïtiens, l’insuffisance d’accès aux soins : accès géographique, accès à des soins de qualité (compétence professionnelle), disponibilité des médicaments ou encore la précarité. De même aussi la nature de la comorbidité : cérébrale (ACV), cardiaque (gros cœur/coronaropathie), rénale (insuffisance terminale amenant à la dialyse).

Le retard de diagnostic de l’HTA

Il amène à l’hypertension accélérée ou l’hypertension maligne, avec risque de mort subite, décompensation cardiaque, insuffisance rénale amenant à la dialyse ; bref, l’installation de facteurs de comorbidité rendant le traitement plus compliqué et plus difficile. Dans le cas d’hypertension maligne, même avec un traitement pointu ou approprié, les vicissitudes de l’existence en Ha?ti sont telles que le maximum de survie à espérer est de deux ans.

L’accès aux soins

Les facilités sanitaires ou d’accès aux soins sont parfois inexistantes ou très lointaines (zone rurale par exemple) ou même inaccessibles quand elles existent : pas de rampe pour les victimes d’ACV, pas de professionnels compétents pour effectuer le choix de médicaments appropriés, pas de laboratoire pour le suivi d’examens paracliniques indiqués en fonction des médicaments ou de comorbidité, potassium/cholestérol/glycémie/acide urique/créatinine pour une personne sous diurétique ou même diabétique.

Parfois, les médicaments ne sont pas disponibles ou sont trop chers, autant de facteurs affectant le pronostic. Ce sont des corollaires de la précarité, les relations hypertension, pauvreté, stress entre autres.

Certaines fois, les croyances personnelles interfèrent avec la prise en charge, surtout en zone rurale où les gens préfèrent se rendre chez les houngans ou mambos.

Nous avons fait référence à la nature de la comorbidité dans le pronostic. Il va de soi qu’en cas de cohabitation de comorbidités le pronostic est plus fâcheux.

En cas d’hypertension maligne par exemple, il peut y avoir ACV et Insuffisance rénale à la fois ; ou ACV et complication cardiaque etc.

Dans notre expérience à Boston University Medical Center même avec beaucoup de soins, le pronostic est fâcheux dans 5 ans. En Haïti, dans deux ans.

Un fait très curieux, au Centre haïtien d’hypertension (CHH), nous avons beaucoup plus de femmes que d’hommes en suivi. Nous l’expliquons par le fait que les femmes se font traiter religieusement alors que les hommes, forme de machisme, sont négligents à l'idée de se faire soigner se croyant invincibles. Néanmoins une fois victime d’ACV, l’homme adhère au régime médicamenteux.

Ce sont là des particularités à prendre en compte quand on a la charge de nos compatriotes qui souffrent d’hypertension artérielle. La connaissance de ces particularités et leur mise en valeur devraient contribuer à l’amélioration dans la qualité des soins.

Recommandations et les commandements pour le contrôle de l’HTA et sa prévention

Pour clore la série qui a débuté la semaine dernière, nous conclurons avec des recommandations et présenterons les 10 commandements pour un meilleur contrôle de l’HTA et sa prévention primaire.

Roger Garaudy dans la théorie matérialiste de la connaissance a eu à écrire :

La connaissance est un reflet de la nature par l’homme. L’homme ne peut pas connaître la nature en tant que tout. Tout ce qu’il peut, c’est éternellement s’en approcher en créant des abstractions, des théories, des concepts qui au fur et à mesure lui permettront de devenir maitre et possesseur de la nature.

C’est la situation encore plus d’un demi-siècle depuis Garaudy. Beaucoup de progrès ; tout n’est pas connu dans le domaine de l'hypertension artérielle.

Chez nous en Haïti, il importe de se baser sur les résultats qui ont fait leur preuve pour aider au contrôle de l’HTA

Un déficit majeur chez nous est l’expression de la TA en centimètre de mercure (cm/Hg) au lieu de millimètre de mercure (mm/Hg). La norme internationale est d’exprimer la TA en millimètre. Une tension artérielle de 139/89 mm/Hg est rapportée 13/8. C’est faux. D’où les errements de traitement. Il importe de toujours exprimer en mm/Hg pour adhérer à la classification internationale qui dicte aussi la prise en charge.

HTA est la première cause de mortalité en Haïti. Faisons-en alors une priorité du point de vue de politique publique. Toutes les écoles de médecine devaient avoir un département d’hypertension. Aux examens officiels pour médecins, dentistes, pharmaciens, infirmières etc., 10% au moins des questions devaient porter sur l’HTA. Quand l’HTA a été établie comme priorité aux États-Unis dans les années 1975-1976 les ressources ont convergé vers sa résolution avec participation des universités pour réponses. On en a vu les résultats avec les programmes d’éducation et de recherche qui ont été élaborés avec de bons aboutissements qui ont retenu l’attention des Européens puis leur participation jusqu’à l’éclosion du Joint National Committee ou JNC (Américain et Européen).

Apprenons d’eux que les meilleurs médicaments pour traiter l’HTA chez les Noirs sont les diurétiques et les anticalciques, comme recommandés aussi par International Society of Hypertension in Blacks (ISHIB), National Medical Association (NMA) et Association of Black Cardiologists (ABC). Les écoles de médecine et institutions de formation en Haïti gagneraient à enseigner cette modalité thérapeutique reconnu comme authentique.

Le guide pratique pour la prise en charge de l’HTA dans la communauté est en circulation depuis

2014. Jean-Charles a rédigé le traitement de l’HTA pour les Noirs et comment traiter l’hypertension réfractaire. Que nos institutions en fassent l’usage pour le bien de la population et l’avancement de la médecine chez nous.

Nous avons indiqué la semaine dernière (Le Nouvelliste du 20 décembre) que la morbi-mortalité (HTA accélérée) l’HTA selon James Taylor de Boston City Hospital est de 1/120 ou 0.83%

Tandis que Jean-Charles et Blaise de l’UEH ont rapporté dans RED (octobre 2017) une morbi-mortalité de 40% et un régime thérapeutique et diététique qui a obtenu de bons résultats. Faisons alors l’application d’un régime thérapeutique qui a fait ses preuves.

Nous avons des agences pharmaceutiques en mesure de produire la combinaison de médicaments recommandée par les deux auteurs suscités de l’UEH. Faisons-en bon usage.

Il n’importe pas seulement de traiter l’hypertension artérielle. Il faut la prévenir en utilisant les recommandations faites par le Collège haïtien de médecine interne et la Société haïtienne d’hypertension en consultation avec l’OPS /OMS. Ces recommandations ont été acceptées par l’OPS/OMS et acheminées au MSPP en décembre 2015 avec le document de Consensus des sociétés savantes en hypertension.

Notre recommandation systématique est de maintenir une tension artérielle idéale ou optimale.

Cette tension optimale est la tension artérielle la plus basse possible sans symptôme ou interférence avec les activités physiques. Nous signifions ainsi que plus la tension est basse et tolérée, moins il nécessite d’effort pour le cœur, car le cœur est l’organe du corps qui ne se repose jamais. De façon idéale, cette tension tolérable est 100-110 systolique et 68-70 diastolique pour les femmes ; 120 systolique et 70 diastolique pour les hommes.

Les 10 commandements de l’HTA

1. L’HTA est la première cause des incapacités physiques (maladies cardiaques, rénales, ACV) parmi les adultes en Haïti ; elles peuvent être évitées en maintenant une TA optimale et en adhérant aux conseils médicaux.

2. L’HTA est la première cause de mort prématurée et subite parmi les adultes en Haïti ; il est important de connaitre son chiffre de tension artérielle dès l’âge adulte et consulter le médecin au besoin pour la maintenir au niveau optimal.

3. L’HTA tue et paralyse chaque jour plusieurs Haïtiens âgés de 40 ans ou plus pour n’avoir pas pris leur médicament. L’HTA peut être et doit être traitée pour éviter ces problèmes

4. L’HTA est la première cause de l’éclampsie et la pré-éclampsie selon une étude de Boston University. Dès l’âge de 16 ans, toute jeune fille devait s’assurer qu’elle a une TA optimale en suivant les conseils médicaux.

5. Un bilan annuel de santé après 40 ans est la règle pour éviter ces problèmes ; la TA rapportée toujours en mm/Hg

6. L’excès de sel ou sodium dans les aliments est le principal facteur de l’HTA chez les Noirs; les Haïtiens aussi. Des produits tels que morue, hareng-saur, hareng barrique, andwi, andwiyè sont à éviter.

7. Les cubes culinaires sont sursaturés en sodium. Recourir aux recettes de nos grand-mères qui ne s’en servaient pas.

8. Éviter la salière sur la table.

9. L’HTA peut être prévenue par les exercices physiques et une diète appropriée riche en fruits, légumes et non salée tout en évitant le stress, l’alcoolisme, le tabagisme et la sédentarité. Mettre ces mesures en pratique.

10. Ces informations sont à communiquer à tous les parents, amis et proches pour diminuer la morbidité de l’HTA

Très respectueusement

Roger R. Jean-Charles, MD, CM Professeur de médecine, UEH président, Société haïtienne d’hypertension président, Centre haïtien d’hypertension Auteur

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