Au palais de justice

Yvon Zap Zap, Sò Ann... au cabinet d'instruction

Publié le 2005-08-03 | lenouvelliste.com

Des anciens fonctionnaires et membres du parti « Fanmi Lavalas » en détention préventive prolongée (plus de 12 à 14 mois) ont commencé à comparaître devant leur juge naturel en vue de fournir des informations relatives à leur cas. Ils sont nombreux à défiler, menottés, devant différents juges d'instruction dont la plupart ont leur bureau provisoire au Palais de Justice de Port-au-Prince, car les derniers juges promus juges d'instruction sous l'administration du ministre de la Justice et de la Sécurité publique, Me Bernard Gousse, se sont installés sans structure d'accueil. Ils travaillent en copinage. Donc, un bureau pour deux juges d'instruction. Cependant, ils n'instruisent pas en même temps les dossiers. Le père Gérard Jean-Juste et Jacques Anthony Nazaire ont répondu aux questions des juges le mardi 2 août 2005. Annette Auguste dit Sò Ann, Yvon Antoine dit Zap Zap et Harold Sévère quant à eux se sont présentés au cabinet d'instruction, ce mercredi 3 août. Ils ont tour à tour déclaré: Yvon Antoine dit Zap Zap, accusé d'avoir cassé les jambes du recteur Pierre-Marie Paquiot lors des événements du 5 décembre 2003, nie avoir frappé la personne en question. « En dépit des appels réitérés en vue d'une confrontation avec le recteur, ce dernier ne s'est jamais présenté. Cela prouve une fois de plus que la question est plus politique que judiciaire », dit Zap Zap. « Je suis fatigué de vivre dans ces conditions. Je n'ai ni frappé ni tué. Pourquoi dois-je encore me trouver derrière les barreaux », s'interroge Yvon Antoine, déclarant que sa femme et ses quatre enfants dont deux garçons souffrent depuis des mois de son absence. Questionné sur son évasion à la prison, Zap Zap a déclaré qu'il n'avait pas voulu se sauver et qu'il avait toujours souhaité répondre aux accusations portées contre lui. « Je me suis moi-même présenté à la prison pour mettre fin à ce feuilleton », nous a-t-il confié. Harold Sévère, ancien magistrat de Port-au-Prince, est lui aussi accusé d'avoir participé aux événements du 5 décembre 2003. Le 29 décembre 2004, une décision ordonnant sa libération avait été rendue et le Parquet au Tribunal de ce ressort avait donné l'exequatur. « Chose bizarre, je suis encore retenu en prison », dit Harold Sévère. Arrêté le 14 mars 2004, à l'aéroport international Toussaint Louverture, au moment de prendre l'avion à destination des U.S.A, l'ancien maire de Port-au-Prince a indiqué que les policiers qui avaient procédé à son arrestation exigeaient une rançon pour sa libération. « Sachant que je ne commettais aucun mal, dit M. Sévère, j'avais accepté d'être arrêté. J'ai été conduit à la Direction Départementale de l'Ouest, puis au commissariat de Pétion-Ville, là, le juge m'a collé l'épithète d'association de malfaiteurs, alors que j'ai été arrêté tout seul », a-t-il poursuivi. « Quarante cinq minutes plus tard, Rouspide Pétion (employé Airport), Kelles Paul (directeur SMCRS), Jacques Anthony Nazaire (commissaire divisionnaire au Palais National) et moi avons été conduits sous forte escorte des marines et policiers haïtiens à la Marine Haïtienne, Bizoton ». « Nous avons été menottés durant 20 jours, on s'est soulagé après la visite de Marie Yolène Gilles de NCHR. Quelques jours après, on a été transférés au Pénitencier national », a-t-il déclaré. « Ce mercredi 3 août fait exactement 14 mois depuis avais comparu devant un juge d'instruction et 8 mois depuis qu'une ordonnance a été rendue en ma faveur ». Ce sont des témoignages exclusifs de l'ancien maire de Port-au-Prince, Harold Sévère, au quotidien « Le Nouvelliste ». Mme Annette Auguste dit Sò Ann dans tous ses états: belle, élégante, cheveux bien coupés, bien mise dans une tenue simple. Sa déclaration:« j'ai été accusée sans preuve. On m'a reproché de distribuer des "rigouazes" aux partisans du président Jean-Bertrand Aristide lors de la manifestation de l'opposition dont le point de départ était au bicentenaire le 3 décembre 2003 ». « On m'a reproché également d'avoir participé aux événements du 5 décembre 2005 qui ont causé des dégâts considérables au milière universitaire. Je sais que ces accusations sont fausses. Et je m'en moque », dit Sò Ann. Interrogée sur le traitement reçu à la maison carcérale, elle a déclaré qu'elle se sent bien à la différence qu'elle n'est pas chez elle. « Et je dois dire que je suis en train de faire une expérience très enrichissante, celle de cohabiter avec les autres dans un seul et même endroit: la prison ». « Mais le dossier qui m'intéresse vraiment est celui du bébé. Parce que la personne qui répond au nom de Sonia Desrosiers qui dit avoir vu l'enfant entre les mains de Marie Antoinette Gauthier et que moi-même organisais la cérémonie vodouesque est un témoin oculaire. Donc, elle viendra témoigner puisqu'elle était présente. « Lorsqu'elle dit m'avoir appelée sur le 557-6555, dit Sò Ann, Haïtel n'existait pas encore. Autant de vérités qu'elle doit apporter pour éclairer la lanterne du tribunal sur ce dossier », a conclu Annette Auguste dit Sò Ann. Elle se plaint de se présenter pour la première fois au tribunal depuis son arrestation le 10 mai 2004. « Il faut souligner qu'entre-temps, plus de deux mille enfants ne mangent plus chaque vendredi et des milliers d'autres ne peuvent aller à l'école depuis mon incarcération », a-t-elle conclu.
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