Un nouveau chef du parquet, les mêmes défis !

Publié le 2018-12-19 | lenouvelliste.com

Acteur incontournable dans le système judiciaire haïtien, le nouveau commissaire du gouvernement est entré en fonction mardi, après deux mois d’inactivité de la juridiction de Port-au-Prince en raison du conflit opposant l’ex-commissaire et le barreau de Port-au-Prince. Chef de la poursuite de son état, Paul Eronce Villard traîne derrière lui une réputation de substitut responsable pour avoir quitté le parquet en 2015 sans laisser de dossier en souffrance. Tous les regards seront dirigés sur le nouveau commissaire qui doit d’abord, assurer une bonne gestion du parquet, ensuite contrôler les commissariats placés sous sa juridiction. Personne ne peut faire la leçon au nouveau commissaire sur la pratique courante au sein du parquet qui consiste à disparaître des dossiers. Avec 23 parquetiers en service, Me Villard va-t-il pouvoir remettre le parquet sur ses rails avec un modèle de gestion digne d'un chef d'orchestre capable de prévoir, d'organiser, de contrôler et d'évaluer ?

Il est connu qu’avant la grève des avocats du barreau de Port-au-Prince, en octobre dernier, les organisations de défense des droits humains avaient tiré la sonnette d’alarme sur la détention préventive prolongée au plus grand centre carcéral du pays. Après deux mois d’inactivité au niveau de la juridiction de Port-au-Prince, quelles dispositions spéciales, les acteurs du système vont-ils adopter sur ce cas d’espèce qu’est la prison civile de la capitale ? Depuis environ une dizaine d’années, la détention préventive prolongée représente un véritable défi au sein du système judiciaire haïtien. Qu’il s’agisse d’une juridiction judiciaire contenant une forte densité de population ou une autre avec une faible densité, la détention préventive prolongée est présente. Quelle étude a déjà été conduite par le ministère de la Justice et de la Sécurité publique pour trouver une solution à ce problème ? Depuis l’entrée en fonction du Conseil supérieur du pouvoir judiciaire (CSPJ) en 2012, quelles dispositions ont été adoptées par ce Conseil face à ce défi ?

Au niveau du parquet de Port-au-Prince, Me Villard doit pouvoir bénéficier de l’appui du décanat et celui du barreau de Port-au-Prince pour continuer à gagner la confiance des uns et des autres. Le bras de fer entre l’ancien commissaire et le barreau de Port-au-Prince appartient au passé. Comment seront les rapports entre le nouveau commissaire et le Conseil de l’ordre ? Les deux parties ont-elles tiré les leçons du différend qui avait engendré la grève dans la juridiction de Port-au-Prince ? N’y avait-il pas d’autres voies de recours en lieu et place de la grève des avocats qui avait bloqué la juridiction de Port-au-Prince et pénalisé les justiciables ?

Lemoine Bonneau

lbonneau@lenouvelliste.com



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