Choléra-éradication : « Tout dépend de la communauté internationale »

Publié le 2018-12-18 | Le Nouvelliste

Est-on toujours sur le chemin de l’élimination du choléra ? À cette interrogation, le professeur Renaud Piarroux, celui qui a découvert l’origine de l'épidémie en Haïti, a invité le peuple haïtien à ne pas se leurrer.

Vraisemblablement, rien ne dépend de nous. « Ça dépend de l’importance que la communauté internationale, représentée par l’ONU, accorde à l’atteinte de l’objectif d’élimination de l’épidémie en Haïti », a affirmé l’expert en maladies infectieuses, qui intervenait jeudi à la journée scientifique sur le choléra, tenue à l’Université Quisqueya, sur le thème « Huit ans d’épidémie de choléra en Haïti : défis et perspectives ».

Ce même jeudi, accompagné du Dr Stanislas Rebaudet, le professeur Renaud Piarroux a rencontré, à Pétion-Ville, dans l’un des hôtels de la place, les ambassadeurs, les partenaires internationaux afin de les sensibiliser à l’importance de financer le plan de lutte contre l’épidémie qui a déjà fait plus de 10 000 morts.

S’il a fallu attendre six ans pour qu’enfin l’ONU admette son implication dans l’introduction de l’épidémie dans le pays, on ne sait pas encore le temps qu’il faudra aux décideurs internationaux pour assurer le financement du plan de lutte de choléra en Haïti. La communauté internationale ne fait montre d’aucune volonté à investir pour arriver à bout de l’épidémie. En mai 2017, l’Onu n'a recueilli que 2 millions de dollars sur les 400 millions visés et seuls six des 193 États membres ont mis la main à la poche.

Le financement est donc le levier de cette lutte. Pour effectivement accorder une réponse rapide aux alertes, il faut du financement, a, pour sa part, expliqué le Dr Stanislas Rebaudet qui présentait les déterminants d’une bonne réponse aux alertes dans la lutte pour l’élimination du choléra. « L’élimination de la transmission dépend de la capacité des pays amis à financer cette lutte », a-t-il soutenu, avant d’expliquer que le plan d’élimination du choléra, promulgué en 2013, commence à donner ses fruits bien qu’il soit mis en place tardivement. « On voit qu'à partir de 2016 il y a une bonne couverture en termes de réponse dans les communes touchées. Il faudra encore améliorer la qualité de la réponse». En effet, ces derniers jours, le pays est sur la bonne voie pour en finir avec cette maladie diarrhéique. Le taux d’incidence diminue considérablement. Les cas suspects sont de moins en moins signalés. En janvier dernier, le pays a enregistré le plus faible taux de cas suspects depuis le début de l’épidémie. Même lors de la saison des pluies, aucune flambée de cas n'avait été répertoriée.

Introduit en Haïti en 2010 par les Casques bleus népalais de la Mission des Nations unies pour la stabilisation en Haïti (MINUSTAH), le choléra a touché plus de 800 000 personnes depuis, et plus de 10 000 en sont mortes. Le financement des activités de lutte contre la maladie reste le grain de sable dans le moteur de l’éradication du vibrio cholerae dans le pays.

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