Édouard Duval Carrié au coeur du Musée des civilisations Noires

PUBLIÉ 2018-12-14
Avec l’inauguration le 6 décembre au Sénégal du Musée des civilisations Noires, l’année 2018 se boucle sur une note positive pour l’art haïtien dans le monde. Pour cause, le Baobab en fer qui fait office de potomitan du bâtiment en forme circulaire est conçu par notre Édouard Duval Carrié bleu et rouge et a été assemblé sur notre terre. Pour l’artiste qui vient de réaliser la plus grande sculpture de sa carrière, l’érection de cet arbre en métal ainsi que le musée sonnent le réveil du peuple noir qui a été longtemps malmené.


La nouvelle qui a mis du baume au cœur et a donné la chair de poule à tous les Noirs à travers le monde en 2018 est sans nul doute l’ouverture du Musée des civilisations Noires au Sénégal le 6 décembre. Il suffit d’un coup d’œil sur les réseaux sociaux pour se rendre compte combien cette nouvelle a enchanté des gens de nationalités, de langues et de cultures différentes. Haïti n’était pas en reste dans cette expression de ferveur. Toutefois cette émotion serait plus grande chez nous si le commun de nos compatriotes savait que le baobab placé au centre du musée a été conçu par Édouard Duval Carrié, artiste contemporain haïtien de renommée mondiale, et fabriqué sous notre soleil.

Tout a commencé il y a 4 ou 5 mois. Les responsables du musée font appel à l’ancien du Centre d’art qui réside à Miami pour occuper le centre de la structure circulaire. « Les Sénégalais, dit-il, conscients de l’apport d’Haïti dans l’épopée du peuple noir, m’ont approché dans cette optique. Ils m’ont fait entrer à Dakar tandis que le musée était en pleine construction ». Après cette visite initiatique, l’artiste, qui est féru d’histoire, a pensé à échafauder un baobab. Il a pensé à cet arbre d’abord parce qu’il est, autant que notre mapou (présenté comme son cousin caribbéen), un arbre sacré. Il a voulu le faire en métal pour rappeler au monde que l’Afrique a connu la métallurgie longtemps avant l’Occident. Ce qui est attesté par la présence dans le panthéon vodou du génie Ogou Feray (guerrier redoutable symbolisé par l’élément fer).

Édouard Duval Carrié, qui a fait ses premiers pas à Port-au-Prince, a voulu aussi rendre hommage à l’artisanat du métal découpé développé notamment à la Croix-des-Bouquets. Comme pour imprégner la sculpture de l’âme haïtienne, l’artiste a pensé à le faire fabriquer en Haïti même par les travailleurs de l’entreprise IMCOH (un cluster d’ingénieurs haïtiens et cubains). « Cuba a également apporté sa touche à ce baobab », a-t-il souligné.

L’arbre en pièces détachables s’est révélé à sa finition un véritable casse-tête chinois pour l’artiste qui devait l’acheminer au Sénégal à temps. Le baobab de 44 pieds (taille d’un palmiste de plus de 50 ans) et qui est assez lourd (pas moins de 22 tonnes) n’est arrivé à destination que la veille de l’inauguration du musée, soit le 5 décembre. Il a fallu la conjugaison de trois équipes de manutentionnaires et de monteurs pour ériger la structure. En présence de Macky Sall, président du Sénégal, et du gratin du continent africain accouru, le musée a été inauguré avec un baobab sans les branches et les feuilles. « D’aucuns ont pensé qu’il s’agissait d’un assotor, cet énorme tambour sacré de la religion vodou qu’on peut retrouver dans les lakous d’Haïti tels que « Souvenance » aux Gonaïves, confie le sculpteur. Il lui a fallu revenir le lendemain pour compléter la monture de l’ouvrage.

Édouard Duval Carrié se réjouit de ce qu’on ait pensé à placer l’art haïtien au cœur d’un musée des civilisations Noires. Pour la gouverne du public, l’homme est le seul artiste à qui on a commandé la conception d’une œuvre pour l’occasion. Tous les autres artistes, qu’ils soient du Brésil, des USA, de Cuba ou du continent africain ont ramené une pièce de leur choix qui existait déjà. « C’est un sujet de fierté pour Haïti dont la superficie n’est qu’une pierre posée à côté d’un grand bâtiment, comparée à l’Afrique », note le créateur. L’homme, qui connaît bien l’espace au Sénégal, estime qu’il est à peine moins grand que le musée d’histoire afro-américaine inauguré sur Obama à Washington D.C.

À tous les Haïtiens et à tout le peuple noir disséminés à travers la planète, Édouard Duval Carrié dit que l’érection de ce musée et du baobab dont il est l’auteur doit être perçue comme le début du réveil d’un peuple longtemps malmené au cours de l’histoire.



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