Haïti et le polo, une histoire ancienne

PUBLIÉ 2018-11-30
Aussi improbable que cela puisse paraître, notre pays a été bel et bien un terreau du polo au même titre que les États-Unis ou la Grande-Bretagne. Eh oui ! Introduites par Charly Coles à la fin du XIXe siècle, des compétions se rapportant au sport le plus chic au monde s’organisaient sur le Champ de Mars à l’appréciation de toutes les couches sociales qui habitaient la capitale à l’époque. Selon Claude-Alix Bertrand, arrière-petit fils du patriarche, grand-cousin de Mateo Coles, capitaine de l’équipe nationale, Haïti gagnerait beaucoup à se renouer avec sa passion pour ce sport telle qu’elle était par le passé.


En octobre dernier, le décrochage par Mateo Coles de la toute première médaille d’or pour Haïti aux Jeux olympiques de la jeunesse a suscité des réactions mitigées au sein du grand public. D’un côté, il y a ceux qui se contentent de célébrer avec enthousiasme une victoire haïtienne, et de l’autre, ceux qui n’ont pas vu la nécessité de jubiler vu qu’il ne s’agit pas d’un sport assez répandu au pays. « Ce qu’ils ignorent, c’est que de la fin du XIXe siècle à celle de la première occupation américaine », Haïti accueillait des compétitions de polo et d’autres sports équestres », confie Claude-Alix Bertrand, arrière-petit-fils de Charly Coles, l’homme qui a introduit ces activités en Haïti. Celui qui a monté en 2014 l’équipe haïtienne de polo explique qu’il existe des archives qui relatent la pratique de ces sports notamment dans l’aire du Champ de Mars.

Lui-même qui est Coles du côté de sa mère ignorait jusqu’à la majorité cette épopée tribale. « On était toujours attiré par les chevaux sans savoir que cela était dans notre ADN », explique-t-il. Durant son enfance et son adolescence, Claude-Alix passait ses vacances d’été à la Barbade chez une tante. C’est d’ailleurs celle-là qui lui fera part de ce renseignement. Elle l’inscrit dans un club d’équitation qu’il rejoint chaque été avant qu’il aille résider définitivement en Californie.

Une fois installé dans le Golden State, Claude-Alix décide de faire de son hobby de jeunesse la voie à suivre comme carrière. Tant qu’au niveau secondaire qu’à l’université Berkeley, il fait toujours partie de l’équipe de polo de chaque établissement. Après l’université, il intègre facilement l’équipe nationale américaine où il joue pendant dix ans. En 2014, nommé ambassadeur d’Haïti auprès de l’Unesco par le président Michel Joseph Martelly, il rentre au pays après une longue absence et dit adieu à la sélection américaine. C’est durant ses retrouvailles avec l’alma mater que lui vient l’idée de monter une équipe haïtienne. Tout ce qui le motivait à l’époque c’était de faire parler d’Haïti autrement dans la presse à travers le monde.

Tel qu’il l’explique, dans l’univers du polo, il suffit d’avoir un seul natif parmi les membres pour pouvoir montre une équipe nationale. L’athlète chevronné a donc fait appel à deux Africains, un Américain, un Argentin et un Espagnol pour monter sa dream team qui ne met trop de temps pour se faire remarquer à l’échelle mondiale. Dans la foulée de sa création, l’équipe bleu et rouge rafle tout sur son passage : les tournois de Shanghai, de Chine et des USA. Et pour couronner le tout, la Coupe du monde la même année. L’équipe haïtienne de polo est sortie vice-championne en 2017 du tournoi d’Australie, la deuxième plus grande compétition de polo à travers le monde. Notre interlocuteur, en août 2018, a affronté les USA, son ancienne équipe, en finale. Un match qui s’est soldé par la victoire de la bannière étoilée.

Le capitaine de l’équipe haïtienne ne le cache pas : le polo est vraiment un sport coûteux. Rien que pour l’entretien des chevaux, il faut prévoir une fortune. Chaque cheval doit être soumis à un suivi médical régulier, être muni d’un passeport pour pouvoir participer comme les concurrents aux compétitions internationales. Pour une partie de polo, il faut prévoir entre 5 à 6 chevaux par joueur, car l’animal se fatigue trop facilement dans ce jeu qui suppose de la vitesse. Par conséquent, il faut en embarquer pas moins de 32 équidés dans la cale d’un avion pour chaque compétition.

Pour être un bon joueur de polo, il faut d’abord aimer les chevaux. « Si vous en avez peur, l’animal s’en rendra compte facilement, et comme les chiens, il sera tenté de vous dominer », explique le diplomate. Ensuite il faut pouvoir bien se tenir en selle car l’enjeu en permanence c’est de pouvoir diriger l’animal tandis qu’on manie le maillet. Il faut pouvoir consacrer au moins 5 heures à l’entraînement au quotidien comme c’est le cas pour lui et ses coéquipiers.

Vu le succès de l’équipe qui s’entraîne en Californie pour des raisons d’infrastructures, Claude-Alix a envisagé d’ouvrir le cadre aux plus jeunes qui résident au pays. Il a fait jouer ses contacts pour permettre à plusieurs adolescents d’aller s’initier au sport en République dominicaine. Il a nourri le désir d’intégrer des terrains de polo dans des complexes touristiques en Haïti afin de pouvoir replacer Haïti sur la carte des compétitions. Un projet qui n’a pas abouti puisque entre-temps, le pays a changé de gouvernement. « Accueillir des compétitions du sport le plus cher du monde en Haïti aiderait considérablement l’économie. Non seulement cela entraînerait des touristes fortunés, mais aussi susciterait un partenariat entre les grands sponsors dont Rolex ou Rolls Royce avec le ministère de la Jeunesse et des Sports. Cela nous permettrait également d’ouvrir le cadre de ce sport à des talents d’origine modeste qui doivent être assez nombreux à travers le pays », explique-t-il.

Tout en souhaitant qu’Haïti renoue les liens avec le polo et les autres sports équestres, Claude-Alix suggère que l’État, la presse, le secteur privé jouent chacun leur partition dans la prise en charge d’un sport qui n’est pas sans effets positifs dans les sociétés où il s’installe. Le capitaine, pour l’heure, se retrouve en Inde avec son équipe pour la Coupe du monde 2018 qui va de la mi-novembre au début de décembre. Nous leur souhaitons de remporter cette prestigieuse compétition.



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