Des entrepreneurs dominicains plaident pour la création de 400 000 emplois à la frontière

Juan Vicini et Fernando Capellán, deux hommes d’affaires dominicains, s’accordent à affirmer qu'il est possible de créer à la frontière haïtiano-dominicaine entre 300 000 et 400 000 emplois à court terme avec des investissements stratégiques consentis dans l’industrie textile. Selon les entrepreuneurs, cet investissement répondrait à la nécessité d’asseoir un développement binational équilibré capable de réduire la pression migratoire vu que l’écart économique entre la République dominicaine et Haïti continue de se creuser.

Publié le 2018-11-22 | Le Nouvelliste

L’homme d'affaires dominicain Juan Vicini, directeur du Conseil économique binational Quisqueya, plaide pour la création d'un fonds commun de 75 millions de dollars de chaque côté de la frontière destiné à injecter des ressources dans le développement de la frontière haïtiano-dominicaine. Selon lui, cette enveloppe de 150 millions de dollars permettrait aux deux pays d’avancer vers un plan pilote pour le développement de la frontière impliquant non seulement des entreprises, mais également des infrastructures permettant de relever le défi du niveau de vie dans la région.

Juan Vicini dit ainsi s’attendre à la création de 300 000 à 500 000 emplois au cours des six prochaines années. « Il s’agit maintenant de s'asseoir et d'aligner les intérêts », a déclaré Vicini, soulignant qu’aucun groupe d'entreprises dominicaines ne dispose du capital nécessaire pour créer 500 000 emplois à la frontière. L'investisseur dit plutôt opter pour un modèle de développement impliquant l'installation des entreprises du côté haïtien mais qui inclut une valeur ajoutée et une gestion de fret assurées par les Dominicains. Vicini n’a pas manqué de souligner le potentiel indéniable d’Haïti, de la zone frontalière et aussi la législation haïtienne comportant des préférences tarifaires devant favoriser la productivité et la compétitivité du pays.

L’entrepreneur Fernando Capellán, président de Grupo M et de la Compagnie de développement industriel (Codevi) installée dans la zone franche de Ouanaminthe, estime que le développement à la frontière est possible, en particulier de l'axe nord, mais que des mesures supplémentaires sont nécessaires pour attirer les investissements. Entre autres mesures, Capellán suggère que le marché binational de Dajabón fonctionne six jours par semaine en lieu et place des lundis et vendredis. « Cela atténuerait la pression exercée par le flux de personnes s’accumulant dans cette zone », estime-t-il, indiquant que le commerce illégal le long de la frontière entre la République dominicaine et Haïti se chiffre entre 300 et 400 millions de dollars, ce qui nuit au développement de la région.

Les sociétés de Capellán sont situées dans la zone frontalière, l’une du côté de Dajabón et l’autre du côté de Ouanaminthe, à partir desquelles opèrent des sociétés américaines, suédoises, chinoises, anglaises et sri lankaises. L’homme d’affaires dominicain emploie actuellement plus de 10 000 personnes dont 1 000 Dominicains qui se rendent chaque jour en Haïti pour travailler dans les usines du textile, la fabrication de bonnets, les revêtements de matelas et l’assemblage de pièces électroniques.

Pour sa part, l’économiste Roberto Despradel a souligné qu’il importait à la République dominicaine de tirer parti de la situation actuelle en Haïti avant que l’écart entre les deux pays ne se creuse davantage. « Ces dernières années, la croissance enregistrée après le séisme s'est détériorée (...). Chaque décennie, l'écart entre le produit intérieur brut (PIB) des deux pays a doublé. Ces disparités finissent par se déplacer vers la frontière et à la frontière, l'indice de qualité de vie est au plus bas », a fait savoir l’économiste Despradel, calculant que la République dominicaine envoie à Haïti 10% de son offre exportable et qu’Haïti achète 24% de son importation à la République dominicaine.

Les entrepreneurs Juan Vicini et Fernando Capellán ainsi que l'économiste Roberto Despradel ont fait ces interventions dans le cadre d’une conférence organisée par l'Institut technologique de Santo Domingo (INTEC) autour du thème « La frontière: du problème à l'opportunité ».

Ses derniers articles

Réagir à cet article