Pourquoi la terre tremble chez nous?

Publié le 2018-12-13 | lenouvelliste.com

Notre Terre est constituée de roches. Ces dernières sont froides et rigides à la surface jusqu’à une centaine de kilomètres sous nos pieds. C’est la croûte terrestre. Cependant, plus on va en profondeur, les roches deviennent globalement de plus en plus chaudes jusqu’à être en fusion. Moins denses, ces roches en fusion ont tendance à se diriger vers la surface. Une fois arrivées à une plus faible profondeur, elles redeviennent froides et lourdes, puis retombent au fond. Et ça recommence.

C’est la même chose qui arrive quand du maïs moulu bout dans une chaudière. Imaginez un instant que cette chaudière soit couverte d’un kwi (une part de coque de calebasse séchée utilisée comme ustensile de cuisine dans nos campagnes). En bouillant, le maïs moulu fait bouger notre kwi. Si on augmente la température de notre maïs moulu, celui-ci fait bouger beaucoup plus notre kwi fragile jusqu’à ce qu’il le casse.

De la même manière, nos roches fondues (magma) sollicitent la couverture (la croûte). Cette couverture fragilisée se trouve découpée en plusieurs morceaux – de grands morceaux – qui peuvent être aussi larges qu’un continent. Mais cela ne s’arrête pas là. Cette fournaise sous nos pieds continue d’exister et le magma continue sa montée et descente. Ce mouvement de va-et-vient provoque l’instabilité constante de la croûte. Et les grands morceaux de croûte se déplacent les uns par rapport aux autres. C’est la tectonique des plaques!

Les mouvements entre les plaques peuvent être de plusieurs types. Quand deux plaques se rapprochent l’une de l’autre, elles sont dites convergentes. Quand elles s’en éloignent, elles sont divergentes. Elles peuvent aussi se coulisser l’une par rapport à l’autre. La combinaison de coulissage et de convergence ou de divergence est aussi possible. Ces mouvements entre les plaques provoquent des cassures intraplaques qui sont elles-mêmes du même type de mouvement que les plaques en question.

Qu'il s’agisse de limites de plaques ou de cassures intraplaques, ce sont toutes des failles. Une fois qu’on a dit cela, relativisons sur les déplacements entre plaques ou ceux entre de deux blocs rocheux formant une faille. Les déplacements se font difficilement au contact des deux blocs à cause de la rugosité des roches. Bloqués au niveau de la faille, ces blocs (de quelques centaines, à des milliers de km2) se « tordent ». Plus les blocs se déforment, plus la tension s’accumule au niveau de la faille. Cela peut durer des centaines voire des milliers d’années jusqu’à ce que cette faille atteigne son seuil de rupture et glisse brutalement pour rattraper la déformation des deux blocs. C’est le séisme! C’est la libération en quelques secondes de toute cette énergie accumulée depuis des centaines d’années. On comprend mieux pourquoi cela provoque un choc terrible et fait trembler la terre.

L’île d’Haïti se trouve à la frontière entre la plaque caraïbe et la plaque nord- américaine. Ces 2 plaques se convergent l’une par rapport à l’autre à une vitesse de 20 mm/an. Cette convergence étant oblique, il y a donc une combinaison de deux types de mouvements: convergence et coulissage. Comme conséquence, on retrouve en Haïti 2 grandes familles de failles: des failles décrochantes accommodant le coulissage et des failles inverses accommodant la convergence. Les failles décrochantes d’Enriquillo au sud et Septentrionale au nord sont les deux principales failles du système et ont respectivement des vitesses de déplacement de 7 et 9 mm/an. Ce qui fait 16 mm/an du total des 20 mm/an. Les 4 mm/an restants seraient théoriquement distribués sur les failles inverses dites secondaires en Haïti.

Les failles d’Enriquillo et Septentrionale sont des failles majeures et produisent « régulièrement » des séismes. Cela ne veut pas dire que les failles secondaires, plus lentes, ne sont pas dangereuses. Cela veut juste dire qu’elles mettent plus de temps à accumuler la quantité d’énergie nécessaire à un grand séisme. Depuis quand ces failles, localisées essentiellement au centre du pays ont eu leurs derniers grands séismes? Personne ne sait. Alors, on ne sait pas non plus où on se place par rapport à leur cycle sismique. Le prochain séisme de magnitude 6 ou 7 sur ces failles est-il dans approximativement 10, 100 ou 1000 ans? On ne le saura que par la recherche académique. Généralement, quand un pays fait face à certains problèmes naturels, cela engendre le développement de la recherche dans ces domaines. À titre d’exemple, les sismologues chiliens et japonais font partie des meilleurs du monde.

La création de l’Unité de Recherche en Géosciences (URGéo) à la Faculté des sciences de l’Université d’État d’Haïti est l’une des meilleures initiatives après le séisme du 12 janvier 2010. Sous l’obédience de cette unité, un programme de master en géo-risques a vu le jour. Cependant, comme l’Unité Technique de Sismologie (UTS) au Bureau des Mines et de l’Energie, l’URGéo souffre d’un manque de moyens financiers pour remplir sa mission. Plus que tout, les fonds alloués à ces institutions reflètent la non-importance accordée par les gouvernements à la gestion du risque sismique dans le pays.

Newdeskarl Saint Fleur newdeskarl@gmail.com
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