3ème conférence sur le traitement du sida

Chaque information peut faire avancer la lutte en Haïti

Une dizaine de personnalités et chercheurs haïtiens intervenant dans le champ de la lutte contre le VIH-SIDA ont fait le déplacement à Rio pour s'informer des dernières avancées scientifiques dans le domaine. D'autres sont venus partager avec leurs pairs l'expérience haïtienne, l'une des plus enrichissante dans le monde.

Publié le 2005-07-28 | Le Nouvelliste

S'il y a un pays concerné par la recherche sur le sida, c'est bien Haïti, un des pays les plus touchés par la maladie dans le monde et où la recherche est à l'avant-garde pour avoir déjà été le terrain d'essai de vaccins contre le VIH. A Rio, la délégation haïtienne s'est fondue avec le reste des 5000 délégués pour s'enquérir des dernières batailles gagnées par les scientifiques, les propositions pour améliorer le sort des personnes infectées par le virus du sida et partager ce que les Haïtiens font au jour le jour pour faire reculer la pandémie. Les Haïtiens sont moins nombreux à Rio (qui reçoit une conférence plus scientifique) qu'à Bangkok (qui a reçu une conférence d'orientation générale et politique), il y a un an. Mais, ils sont toujours mus par la même curiosité et la nécessité de s'informer pour mieux agir. Le Dr Gabriel Thimothé, conseiller technique de l'organisation Management Science for Health qui dirige le projet Haïti Santé-2007 (HS-2007), mettra bien à profit tout ce qu'il a appris dans les forums, débats et présentation dans son travail en Haïti. Deux thèmes ont particulièrement retenu son attention cette année : la transmission du virus du sida de la mère à l'enfant et les nouveaux agents thérapeutiques. Des expériences menées au Cameroun et au Brésil ont montré qu'on peut élargir les services de PTME (prévention de la transmission du VIH de la mère à l'enfant) de manière qualitative et quantitative dans les pays en voie de développement pour réduire la transmission verticale, nous a-t-il indiqué. Avec des moyens limités, ces pays ont prouvé que le traitement d'une femme enceinte pouvait continuer après son accouchement. Ainsi, la mère peut bénéficier de suivis médicaux et « l'enfant n'est pas perdu dans la nature » ayant accès à des médicaments, des vaccins, etc... Selon le Dr Thimothé, l'essentiel est de pouvoir garantir ce que l'on appelle l´opt-out, c'est-à-dire que les services soient disponibles si le patient veut y avoir accès. Dans une conférence comme celle de Rio, le Dr Thimothé a pu comprendre quels mécanismes ont été mis en oeuvre pour atteindre ces résultats. Les discussions sur le traitement ont attiré l'attention sur les inhibiteurs de fusion comme la prochaine piste de recherche dans le domaine du traitement. En bloquant le virus avant son entrée dans la cellule, ces nouvelles molécules sont assez prometteuses. Le débat maintenant est de savoir comment diminuer la multiplication des virus tout en limitant la toxicité des ARV de fusion, leur principal point faible. Le partage d'informations à la Conférence de Rio se fait surtout dans les expositions de posters qui sont élevées cette année à plus de 2000. Cinq présentations haïtiennes étaient visibles dans la vaste salle où il n'a pas été facile de se retrouver. L´une des premières présentations qui tombent sous les yeux est celle de Parthers in Health, une organisation américaine qui a sa jumelle en Haïti, connue sous le nom de Zanmi Lasante et qui intervient dans le Plateau Central. Sa recherche, réalisée en collaboration avec plusieurs universités américaines, souligne le rôle significatif de l'économie dans le risque d'infection des femmes en milieu rural. Selon l'étude, l'agriculture est une activité moins à risque que le commerce pour les femmes. Des programmes orientés vers la réduction de l'analphabétisme et l'augmentation des activités génératrices de revenus pour les femmes peuvent, à long terme, réduire le risque d'infection des femmes, a conclu cette recherche. Partners In Health a emmené la plus grosse délégation haïtienne à Rio: 6 délégués. Jeunes pour la plupart, les médecins de cette institution ont surtout présenté des travaux sur la réussite de certains de leur programme. Même si cela est presque passé inaperçu à Bangkok et est peu connu chez nous, Haïti est parmi les pays où la bataille contre le sida a fait le plus de progrès. La transmission du VIH de la mère à l'enfant a aussi fait l'objet d'une présentation de Partners in Health qui a montré le faible taux d'infection des nouveaux-nés au Plateau Central. Avec des moyens limités, ils ont réussi à obtenir des taux de transmission du virus en dessous de la barre de 2 %, une prouesse réalisée seulement dans les pays développés. Le Dr Coeurlida Louis, médecin qui a rejoint Partners in Health pour son orientation social, a présenté une recherche sur les facteurs associés au retard des soins de santé relatifs au VIH à Hinche. Déficit d'éducation, mauvaise perception du système de santé, inaccessibilité des cliniques, sont autant d'obstacles qu'elle a trouvé pour expliquer ce phénomène. Deux autres présentations de posters ont été faites par les centres Gheskio en collaboration avec des institutions de santé américaines. La première traite de l'impact d'une extension du programme de PTME et la survie des femmes et enfants infectés par le VIH dans les centres Gheskio. L'autre recherche établit un rapport entre syphilis et sida en proposant l'ajout d'un test sur cette maladie sexuellement transmissible dans les centres de dépistage, ce qui pourrait prévenir plus de 1000 cas de syphilis par an. Plusieurs Haïtiens ont pris la parole au cours de cette 3ème conférence sur le traitement du sida où des voix ont demandé de traduire les avancées scientifiques en programmes pouvant soulager immédiatement les malades du SIDA. Plusieurs pays comme le Brésil ont déjà beaucoup appris des conférences réalisées dans le passé. Ils ont dû faire face à beaucoup de pression pour rendre les médicaments accessibles à leur population. Parmi une vingtaine de médicaments antirétroviraux approuvés par la FDA (Food and Drug Administration), le Brésil a fabriqué sept versions génériques. Aujourd'hui, le Brésil est même prêt à faire un transfert de la technologie de fabrication des médicaments générique à des pays comme Haïti. ENCADRE Présentation orale La délégation de Zanmi Lasante a présenté plusieurs présentations orales au deuxième jour de la conférence sur l'avancée des traitements à Cange (Plateau central). Le Dr Jean Pape a participé à un forum sur les co-infections du VIH aux côtés de collègues américains. Présentation de posters - Facteurs associés au retard des soins de santé relatifs au VIH à Hinche, étude réalisée par des chercheurs de Parthers in Health en collaboration avec plusieurs universités américaines. - Impact d'une extension au programme de PTME et survie des femmes et enfants infectées par le VIH dans les centres de dépistage des Centres Gheskio, étude réalisée par les Centres Gheskio en collaboration avec des universités françaises et américaines - Faible taux de transmission du VIH de la mère à l'enfant dans un programme global en milieu rural haïtien, étude réalisée par des chercheurs de Parthners in Health (USA), Zanmi Lasante (Haiti) et des chercheurs d'institution de santé américaine - Facteurs de risques économiques parmi les femmes en milieu rural : implication dans l'accès aux soins relatifs au VIH et des services de santé appropriés, études réalisées par des chercheurs de Zanmi Lasante, Parthners in Health et des chercheurs provenant d'organisations de santé et d'université américaines - Ajouter un test rapide de syphilis dans les centres de dépistage peut prévenir plus de 1000 cas de syphilis par an, étude réalisée par les Centres Gheskio et le Well Medical College de Cornell University.
Hugo Merveille Rio de Janeiro, 27 juillet 2005 Auteur

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