« Sitwayen lari », un court-métrage pour montrer la triste réalité des enfants des rues en Haïti

Publié le 2018-10-24 | lenouvelliste.com

« Timoun lari yo », « enfants en conflit avec la loi », « ti vòlò nan lari a », « kokorat », tels sont les qualificatifs donnés à ces enfants, majoritairement mineurs, errant dans les rues et qui sont sujets à toute sorte d’influence. Le jeune scénariste et réalisateur Eddy Fleursaint, après avoir resocialisé pendant un temps quelques-uns de ces enfants, s’en est inspiré et en a fait bénéficié le septième art haïtien avec « Sitwayen lari ».

À travers ce court-métrage d’environ 15 minutes, Eddy a présenté les réalités auxquelles font face les enfants des rues, livrés le plus souvent à eux-mêmes. « Junior, 15 ans, animé par la flamme de l’amour fraternel, se lance dans toutes sortes d’activités pour prendre soin de Peter, son petit frère de 10 ans. Suite à un incident avec Maxime, ils vont devoir se battre pour continuer à vivre. » Voilà comment le réalisateur résume son œuvre. « Sitwayen lari » est incontestablement ce court-métrage qui fait si bien le ramassis des périples des enfants des rues, qui, pas un jour, ne cessent de lutter pour leur survie. C’est la loi du plus fort, le mépris de ceux à qui ils mendient, cet écart entre eux et les enfants « à parents », cette autonomie précoce, mais aussi et surtout ce besoin ardent de se rendre à Port-au-Prince, en quête d’un meilleur traitement. Une ruée vers la capitale qui ne connaitra pas sa fin de si tôt. À noter que la scène se déroule dans les parages du chef-lieu du département du Sud-Est.

Intégré dans les annales du cinéma haïtien en 2015, « Sitwayen lari », ce court-métrage qui était en fait le projet de fin d’études du réalisateur, a déjà été visualisé plusieurs fois. D’abord à Ciné Institute, cette institution à Jacmel qui a vu grandir l’originaire de Petit-Goâve dans ses connaissances et aptitudes en cinéma, dans certaines villes de province, à l’Institut français en Haïti » dans le cadre de « Ciné lari a », et aussi dans plusieurs festivals, dont le plus récent est « Le festival court du film francophone », en janvier 2018 à Lyon. Beaucoup d’émotions (surtout des pleurs) du côté des Haïtiens après avoir regardé le film, et du côté des étrangers, beaucoup de questionnements. « Est-ce la réalité en Haïti ? Quelles perspectives ? Comment aider ? Voilà les différentes questions qui reviennent chez les étrangers », explique le réalisateur de Billboard à Télé Métropole.

Faire ressortir le côté humain, le côté citoyen des enfants des rues, voilà ce que Eddy Fleursaint s’était donné comme objectif. Le jeune scénariste a sans doute tenté de faire comprendre aux cinéphiles qu’avant d’être des enfants des rues, ces petits êtres sont d’abord des enfants, avec toute la vulnérabilité de leur catégorie. C’est ce côté affectif et émotionnel que l’auteur voulait faire ressortir dans son œuvre. « Yo souvan mete etikèt sou timoun yo nan lari a, san panse a sa y ap travèse chak jou.» Moi je voulais montrer le côté bon enfant de ces occupants forcés de la rue, d’où le nom Sitwayen lari », raconte Eddy sur un ton compatissant qui ne cachait pas l’importance de ce point pour lui.

Une prochaine projection de « Siwayen lari » serait peut-être pour le mois de décembre 2018, si on en croit les dires du réalisateur. En attendant, Eddy Fleursaint, tout comme le beau monde du secteur cinématographique en Haïti, s’attend toujours à de meilleurs traitements dans le milieu du septième art.



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