L’État haïtien est-il en train de promouvoir les constructions anarchiques ?

Malgré les pertes et les dégâts causés par le tremblement de terre du 12 janvier 2010, le peuple haïtien semble n’avoir rien appris de ses constructions anarchiques. Au mépris des informations disponibles sur les failles sismiques et la vulnérabilité du sol dans le centre-ville, la population ignore la menace. L’État, qui devrait donner le ton, se livre lui aussi à la construction de bâtiments non appropriés à certains types de sol.

Publié le 2018-09-26 | Le Nouvelliste

L’ingénieur géologue Claude Prépetit, qui intervenait à l’émission Dèyè Kay sur Télé 20, a dénoncé la construction des bâtiments administratifs du centre-ville en dehors des recommandations de l’étude de microzonage. « C'est une série de bâtiments érigés de manière ponctuelle et non pas suivant un plan d’ensemble. De plus, ce sont des bâtiments de six ou sept étages échafaudés dans des zones non recommandées », déclare l’ingénieur.

M. Prépetit a fait savoir que certains de ces édifices ont été construits par des firmes dominicaines en dehors de la supervision du ministère des Travaux publics. Il dénonce cette fâcheuse habitude des dirigeants haïtiens qui, face à un problème donné, créent des commissions qui agissent en dehors des institutions de contrôle.

Selon les explications du scientifique, tout ce qu’il faut savoir sur les types de sédimentation dans le centre-ville de Port-au-Prince, la typologie des sols (les types de construction adaptés aux différents types de sols) ou autres, se trouve dans le document de l’étude de microzonage. « On est condamné à une perpétuelle reconstruction si on ne tient pas compte de ces recommandations », a martelé l’ingénieur Claude Prépetit.

D’après les responsables de chantier d’un bâtiment administratif, récemment visité par l’ingénieur géologue, ils appliquent des normes de construction internationales. « L’International Building Code comprend des codes basés sur la construction aux États-Unis, particulièrement en Californie, alors qu’au bicentenaire et au Champ de Mars il y a un type de sol qui n’existe pas en Californie ». Selon les précisions de Claude Prépetit, il se pourrait bien que ces bâtiments ne répondent pas à la spécificité sismique locale. « Seul le prochain tremblement de terre décidera de leur sort », a ajouté le numéro un du Bureau des mines et de l’énergie.

Il y a deux ans, l’étude, qui a coûté à l’État haïtien près d’un million de dollars américains, a été remise aux instances qui l’ont commanditée pour une appropriation et une application en bonne et due forme des recommandations. Cette étude était une réponse aux différentes propositions de reconstruction faites après le 12 janvier 2010. Malheureusement, aujourd’hui encore, pire qu'hier, la reconstruction se fait de façon ponctuelle au centre-ville avec bâtiments érigés totalement en dehors des exigences du microzonage, dénonce l’ingénieur Prépetit.

Si on se réfère aux explications du directeur du Bureau des mines, l’État haïtien semble ignorer l’étude de microzonage qu’il a commanditée et, sans tenir compte de ces recommandations, il enclenche la reconstruction des bâtiments administratifs. « Le bâtiment du ministère de l’Intérieur et des Collectivités territoriales, celui de la Cour de cassation, déjà en fonction, ne répondent pas aux exigences de l’étude », a-t-il lancé. Dans la foulée, plus de trois autres bâtiments administratifs en chantier dans l’aire du Champ de Mars ne semblent pas non plus garantir la rigueur concernant l’application des recommandations du microzonage, a-t-il poursuivi.

L’ingénieur rappelle que Port-au-Prince a été détruit par des tremblements de terre à quatre reprises en trois siècles : 1701 ; 1751 ; 3 juin 1770 et le 12 janvier 2010. Tenant compte de cette habitude de construction, il est plus que nécessaire aujourd’hui de prendre des dispositions pour que les constructions se fassent autrement, pour que les types de construction soient adaptés aux problèmes de la ville pour diminuer les dégâts à l’avenir.

En attendant de déterminer les coupables qui ont autorisé la construction des bâtiments administratifs à Port-au-Prince, appelons à la barre des témoins l’Unité de construction de logements et de bâtiments publics (UCLBP).

Jean Junior Remus CELESTIN, celestinjunior30@gmail.com Auteur

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