Rèv Boukannen, le fil rouge de la 3e édition du festival Nègès Mawon

Du 24 au 29 septembre, la 3e édition du festival féministe Nègès Mawon se tiendra sur le thème « Rèv boukannen ». En addition aux activités habituelles dont la marche à travers la capitale, des spectacles se tiendront dans des marchés à l’intention des vendeuses qui sont celles qui inspirent le thème de cette année.

Publié le 2018-09-24 | lenouvelliste.com

Piercing au nez, cheveux longtemps libérés du joug des défrisants, pantalon panthère, Pascale Solages pourrait facilement incarner Assata Shakur dans un biopic. À quelques jours de la troisième édition du festival « Nègès Mawon », des sentiments s’entrechoquent dans son mental. « Je suis, dit-elle, à la fois satisfaite qu’on aborde une troisième édition d’une activité qui est en mal de financement ; perplexe par rapport aux imprévus indépendantes qui pourraient nous obliger à le reporter une fois de plus comme c’était le cas avec les incidents du début de juillet ; et finalement excitée à l’idée de rencontrer le public qui a des attentes ».

Cette activité, selon l’ancienne élève des bonnes sœurs, a jailli dans l’idée d’initier en Haïti un festival féministe comme il y en a un peu partout à travers le monde. « C’est naturellement un terrain propice pour mener nos combats », note Pascale avant de faire remarquer que la programmation disparate a pour but de faire en sorte qu’on touche tout le monde. Les conférences et causeries sont destinées aux intellos, les ateliers aux écoliers, les spectacles aux amateurs d’art et de culture. La marche au grand public. Au sujet de cette marche qui se tiendra le 25 septembre et qui partira du Café des Copains (Bois-Verna) à 5 h, l’activiste prévient qu’elle marquera les esprits davantage que la première fois. Les pudibonds en sont prévenus !

En trois ans, la membre fondatrice de l’association Nègès Mawon se réjouit du fait que l’activité permet à des gens ordinaires d’être renseignés sur des thèmes comme le droit des femmes, la condition féminine. « On a réussi à ramener dans l’espace public des discussions en rapport à nos causes. Aujourd’hui, quiconque peut déterminer si un acte est discriminatoire ou pas au regard du genre. On a fait aussi un grand coup en ralliant plusieurs artistes et autres personnalités publiques à notre cause », a-t-elle énuméré pour souligner les résultats palpables du festival.

Sur un autre versant, celui des difficultés, la féministe dit déplorer le manque de financement qui touche toutes les initiatives du même genre en Haïti. Une autre contrainte, qui n’est pas des moindres, c’est la peur de l’avenir de la structure qui est tout à fait légitime à ses yeux. « Nègès Mawon ne monnaye pas celles qui y adhèrent, explique Pascale Solages. Elles y sont par conviction. Voilà pourquoi chacune, en dehors de la structure, mène ses activités professionnelles. La question est de savoir pendant combien de temps chacune restera accrochée à ce principe de militantisme désincarné. »

Les attaques ad hominem à l’endroit des membres sont courantes mais ne représentent pas un grand danger selon l’activiste, puisque toutes les adhérentes savent dans quoi elles se sont embarquées en s’attaquant à des siècles de patriarcat, en faisant sortir les gens de leur zone de confort ou encore à s’attaquer aux institutions garantes des traditions. Ce qu’elle ne digère pas, c’est quand les attaques se dirigent vers sa famille, ses amis qui n’ont rien à voir avec les causes qu’elle défend.

En 2018, c’est « Rèv boukannen » qui est retenu comme thème. Sur le poster, on remarque des billets brûlés. Ces images font référence au feuilleton odieux des incendies des marchés. « C’est la douleur de ces marchandes qui pèse lourd dans l’économie du pays mais qu’aucun système de crédit, aucuns avantages sociaux ne protègent qui nous inspirent le thème. On voulait rendre hommage à cette frange de l’informel qui est également à la merci du banditisme au bas de la ville, dans la plupart des marchés », note-t-elle. Un spectacle du même nom sera représenté au marché Salomon, devant la Fokal et probablement devant le marché aux fruits de Pétion-Ville. « On entend par-là, explique la coordonnatrice du festival, déloger une pièce conventionnelle dans un cadre inhabituel ». La troisième édition du festival Nègès Mawon sera bouclée le 29 septembre au Yanvalou à compter de 7 h p.m. par un show pluridisciplinaire conçu par Gaëlle Bien-Aimé à partir du répertoire de Manno Charlemagne. Pour davantage de renseignents sur les activités, le public peut consulter l’agenda sur les comptes Facebook, Twitter et Instagram de Nègès Mawon. Ils peuvent le réclamer en dur dans des espaces comme Fokal, Yanvalou…

L’ambition de Pascale pour le festival c’est de continuer à le placer sur la carte des activités du même genre à travers le monde. Continuer leur percée internationale. À ce sujet, Pascale Solages avoue qu’une édition offshore est pour bientôt. La percée en région est aussi à l’ordre du jour. « On voudrait que grâce à nos antennes en province, le festival se tienne en plusieurs endroits au même moment à l’avenir », confie-t-elle.

À l’intention de celles et de ceux qui prendront part aux nombreuses activités, la militante précise : « Il n’y a pas de festival sans public. Il vous faut contribuer à pousser les réflexions, les analyses sur les femmes évoluant dans le secteur informel. Il nous faut mettre au grand jour leurs conditions de travail, les difficultés auxquelles elles font face, ce qu’elles subissent et que la société fait semblant de ne pas voir. »



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