Budget rectificatif : la santé toujours en perte de poids

Publié le 2018-09-20 | lenouvelliste.com

La dégringolade continue. L’allocation budgétaire du ministère de la Santé publique et de la Population (MSPP) a encore diminué dans le budget rectificatif publié le 10 septembre dans le journal officiel Le Moniteur. Elle régresse de 4, 4% pour l’exercice 2017-2018 à 3, 9%.

0, 5% a été donc déduit du budget alloué au MSPP. Dans le budget rectifié, le ministère de la Santé publique et de la Population a une enveloppe de 5 milliards 698 millions de gourdes alors qu’il disposait de 6.1 milliards de gourdes. Sur les 15 dernières années, les allocations de la santé sont passées de 16,6% en 2004 à 3,9% en 2018.

Cette accélération se fait dans le contexte où les internes de l’Hôpital de l’Université d’État d’Haïti (HUEH) réclament neuf mois d’arriérés de salaire, la corporation médicale exprime son indignation par rapport à la défaillance du secteur. Les hôpitaux publics, ne répondant plus à leur mission, sont en dysfonctionnement faute de fonds, de matériel, d’intrants et de médicaments, des problèmes récurrents.

Cette année, avec la fermeture de deux hôpitaux de Médecins sans frontières (MSF), le ministère de la Santé doit combler le vide créé par l'absence de ces deux hôpitaux qui soignaient des cas de traumatologie et des grossesses à risque, des pathologies très coûteuses.

Déjà, le plus grand centre hospitalier du pays commence à subir les effets de la réduction des activités sanitaires de l’hôpital N ap kenbe de MSF, à Tabarre, hôpital de référence dans la prise en charge des traumas. Ayant une capacité d’accueil limitée, l’HUEH est au bord du gouffre. Les soins se prodiguent à même le sol faute de lits. La directrice exécutive de l’HUEH, le Dr Jessy Colimon Adrien, dans un entretien accordé au journal a expliqué que l’hôpital fait face au problème du sous-financement chronique des soins.

Réagissant au budget accordé au MSPP, un membre du cabinet de la ministre de la Santé fraîchement reconduite estime qu’il ne faut pas se voiler la face. «Les crédits budgétaires accordés à un secteur est un indicateur prouvant que si celui-ci est prioritaire ou pas. Si l'on veut être logique, au regard de la part du budget allouée à la santé, on peut tirer la conclusion que la santé ne figure pas parmi les priorités. De notre côté, on a fait de notre mieux pour que le MSPP puisse recevoir une allocation pouvant répondre aux besoins du secteur», a expliqué notre source, requérant l'anonymat.

Les bailleurs internationaux, partenaires du MSPP, de leur côté, posent comme condition sine qua non le décaissement de plus d’argent en faveur du secteur en fonction du montant alloué à la santé dans le budget. Lors de la présentation de l’Enquête morbidité, mortalité et utilisation des services (EMMUSVI), l’ambassadeur des États-Unis en Haïti, Michele Sison, avait appelé le gouvernement haïtien à augmenter les fonds domestiques alloués à la santé. «Nous espérons que pour la prochaine année fiscale le budget alloué à la santé reflètera les priorités partagées dans le secteur de la santé», avait-elle déclaré en août dernier.

Les bailleurs internationaux s’accordent à dire que c’est l’État qui doit montrer la voie. L’Organisation mondiale de la santé (OMS) estime à 15%, seuil minimal, la part qu’un État doit accorder à son système sanitaire.

Le nouveau chef du gouvernement, Jean-Henry Céant, qui a pris l’engagement d’améliorer la situation sanitaire du pays, lors de l’énoncé de sa politique générale, au Parlement, va devoir travailler avec un budget que son gouvernement n’avait pas préparé.



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