Durant les vingt dernières années, l’anniversaire du naufrage du bateau « Fierté gonâvienne » (8 septembre 1997) a été marqué une ou deux fois - pas plus - par des manifestations publiques. Cette pratique de commémorer de pareils drames n’est pas encore installée chez les Gonâviens. Ils ne savent pas encore comment transmettre aux générations montantes la mémoire des évènements joyeux ou douloureux. Une brèche dans l’histoire de cette île qui n’a pas encore trouvé ses chroniqueurs.
L’année dernière, le vingtième anniversaire de la submersion spectaculaire et tragique de ce navire aurait dû être l’occasion pour faire finalement le deuil de cet évènement malheureux et affligeant qui marque au fer rouge tous les Gonâviens ayant eu déjà la maturité mentale en ce début du mois de septembre 1997. On n’y est pas encore ! Pourtant les autorités locales, les groupes organisés de la société civile, les directeurs de conscience, les éveilleurs sociaux devraient mettre en avant cette mémoire tout comme bien d’autres. C’est un repère, un fonds de connaissances anthropologiques, sociales inépuisables, fondamentales et nécessaires à sa réalisation pleine et entière. Le Gonâvien a besoin de se retrouver avec son passé d'autant qu’il cherche son avenir. Par méconnaissance de son histoire l’homme se perd.
En ce qui a trait au transport maritime à la Gonâve, le récit des timoniers les plus populaires évoque Levêque Derival (Anse-à-Galets), Canès Paul (Trou-à-l'Eau), Hyppolite Désir, alias Hypo (Anse-à-Galets), Joseph Marcéus (Anse-à-Galets), Lucner ainsi connu (Trou-à-L'Eau), Boss Djo ainsi connu (Trou-à-l'Eau), André Larose, alias Ti-Dou (Anse-à-Galets), Leclerc Larose (Anse-à-Galets), Michel Souffrant (Anse-à-Galets), Raymond Élie alias Gwodjo (Etroits), Zazoute Élie, (Etroits), Maxo Régiste, alias Kalipso (Anse-à-Galets), Madelon Charles (Anse-à-Galets), Auguste Petit-Frère, alias « Ti-Auguste » (Anse-à-Galets)… Et là encore, l’attention n’est focalisée que sur quelques ports. Pourtant ces maîtres de la mer se sont installés, tout naturellement, dans tous les ports ceinturant l’île. Encore du travail à faire. S’il est possible de lancer les premiers coups de pioche pour un débroussaillage, tant mieux !
Petite chronique de naufrages
1913 : En juin, le voilier « Grâce-de-Dieu », propriété de Fifite Jean-Louis, échoua sur un récif au large de Pointe-à-Raquettes. Ce navire se rendit à Petite-Rivière de Nippes. Il venait d’être caréné. Sa remise à flot devait être consacrée par une cérémonie en l’honneur des esprits du vaudous. Mais le voilier remis en état n’a pu atteindre son port de destination. Il n’y a pas eu de perte en vie humaine parmi les quelques passagers, pour la plupart des membres de la famille du propriétaire de ce bâtiment à voile. Mais ils ont perdu les provisions et quelques animaux qui étaient préposés à la cérémonie cultuelle. Le chef de section avait dépêché un autre voilier pour porter secours aux voyageurs en détresse.
1934 : Le 25 mars, le voilier « Vierge-des-Grâces » selon certains journaux, ou « Vierge-Caridad » pour d’autres, avait sombré à l’entrée du port de Vieux-Magasin (Anse-à-Galets), en ce dimanche des Rameaux. Au départ de Port-au-Prince 83 personnes y avaient pris place. Les autorités avaient enregistré 23 survivants. Le jour du drame 3 corps ont été repêchés. Trois jours plus tard, la mer avait vomi 28 cadavres. Ils furent enterrés sur le rivage.
1940 : Le lundi 1er juillet, le voilier St-Isidore, en provenance de l’Anse-à-Galets, a chaviré non loin de Carriès. Il n’y a pas eu de victime.
1956 : Le dimanche 15 juillet, le voilier « Dieu-Devant » piloté par le capitaine Christian Cius, qui assura le trajet « La Gonâve/Port-au-Prince », sous l’effet d’un coup de vent, disparut sous les eaux alors qu’il entra dans la « Traversée Boucassin ». Le bilan fut de trois morts : Décélian César, Germaine Ulysse et Laurémise ainsi rapportée, et de 4 rescapés : Mme Monéus Morélus, Amicie Dorcé, Félisma Jasmin et Décius César. Ils ont été recueillis par le voilier «Attends-Dieu».
1956 : Le dimanche 21 octobre, au large de Pointe-à-Raquettes, le voilier « St-Yves », propriété de Charles Demesmin, chargé de sisal, prit feu. Toute la cargaison passa dans l’embrasement. Évaluation des pertes : 5 000 gourdes.
1957 : Le lundi 12 août, le voilier « Daïnaflot » qui quitta Port-au-Prince en direction de La Gonâve a sombré au large de la Petite-Rivière. Il y aurait un seul survivant, Paul Beaubrun, le capitaine de ce bateau qui appartint à la dame Constantin Joseph, populairement nommée « Madan-Cons ».
1960 : Le lundi 4 janvier, le voilier « Souvenir-St-Augustin » avec 11 personnes à son bord, le cap mis vers Port-au-Prince, coula au large de « Doub-Saline ». Deux passagers ont péri noyés. Les 9 autres ont nagé pour atteindre la terre ferme.
1979 : Naufrage du voilier « Batzèl », de son vrai nom de baptême « Dieu-qui- donne ». Plusieurs voyageurs ont péri.
1979 : Dès la première semaine de janvier, il a été enregistré 3 disparus dans le naufrage d’une petite embarcation non loin des côtes de la Gonâve. Ils étaient 7 à bord.
1986 : Le jeudi 13 novembre, le voilier « Ok-Lélé » a coulé à l’entrée du port de l’Anse-à-Galets. Les informations combinées par l’Organisation prédésastres et de secours (OPDES) et la Croix-Rouge haïtienne avaient fait état de 20 morts, 19 survivants et plusieurs dizaines de disparus (entre 110 à 150, selon les sources).
1994 : Le vendredi 20 mai, le voilier « Bèt-Move », de son nom de baptême, a perdu la bataille contre la mer. Plusieurs voyageurs n’ont pas survécu. Wislin Eliassaint, un habitant de Pointe-à-Raquettes, a perdu 9 membres de sa famille. L’agent forestier, Yvoly, ainsi connu, et la femme de Christophe Lundy n’en sont pas revenus non plus. Le voilier, propriété de Christophe Vilsaint, fut sur le trajet Pointe-à-Raquettes/Port-au-Prince.
(Avant 1994 ?) : Naufrage de « Tible », ancré au port de Pointe-à-Raquettes. Des marins furent tués. Parmi les victimes, on dénombra Anys et Benoit ainsi connus.
1997 : Le lundi 8 septembre, le bateau « Fierté gonâvienne » qui avait appareillé dans le port de l’Anse-à-Galets a chaviré à quelques centaines de mètres du port sauvage de Montrouis, utilisé depuis des lustres par les Gonâviens. Le bilan (jamais définitif) affichait 82 morts, 62 rescapés et plusieurs centaines de disparus. Si pour le Service maritime et de navigation d’Haïti (Semanah) il y aurait entre 260 et 276 personnes à bord du navire ; d’autres sources avançaient le nombre de 500 passagers. Le bateau était piloté par le Cubain Eugenio Ramos.
1997 : Dans la nuit du 12 vendredi au samedi 13 décembre, un peu plus de trois mois après le drame de « Fierté gonâvienne », le voilier « Christ-Vivant », qui faisait le trajet Port-au-Prince (wharf Jérémie) /Anse-à-Galets, pris dans un mauvais temps, a sombré à quelques encablures de Petite-Anse. Le bilan révélé par les garde-côtes haïtiens fut de 19 morts, 20 survivants et une vingtaine de disparus.
2000 : Dans le courant de cette année, du côté de Mahotière, non loin de Pointe-à-Raquettes, plusieurs personnes ont péri noyées. Elles se trouvaient dans un canot qui assurait une opération de transbordement. Surchargée, la barque s’est retournée sur elle-même. Les victimes devaient prendre un plus gros voilier mobilisé dans le cadre d’un voyage clandestin vers les États-Unis.
2008 : En décembre, le voilier « Jezila » qui partit de Saint-Marc pour la Gonâve n’a pu faire terre. L’on comptait 11 disparus et 2 survivants.
2009 : En janvier, le bâtiment « Dieu-Puissant » qui établissait la liaison entre Trou-Jacques et Arcahaie a coulé dans la nuit du mardi 6 au mercredi 7. Le bilan : 5 disparus et 2 survivants.
2002 : Le vendredi 12 avril, l’embarcation « Dieu-Puissant » ou « Dieu-Devant » (selon les sources) a été submergé. Le bilan : 18 disparus et 3 survivants. Le voilier quitta le port des Frégates à destination de l’Arcahaie. Sa cargaison était constituée de plusieurs centaines de sacs de charbon et de pistache. Le voilier avait 21 personnes à son bord, 18 ont péri. Le capitaine Dieu-Puissant ainsi appelé n’a pas survécu non plus au naufrage.
2011 : En juin, le voilier « Fierté Gonâvienne », à ne pas confondre avec le navire « Fierté gonâvienne », s’est englouti dans la nuit du lundi 27 au mardi 28 juin. Il devait jeter l’ancre au port sauvage de l’Arcahaie. Bilan : 10 morts, 6 disparus et une dizaine des rescapés.
2012 : Le samedi 7 juillet, le chavirement du flyboat « Patience » a fait 1 mort, plusieurs disparus et 18 survivants. La petite embarcation venait tout juste de quitter le port de l’Anse-à-Galets. Parmi les victimes, se retrouva Wilhem Juste, un Gonâvien de la diaspora, qui était de passage à l’Anse-à-Galets.
2017 : Le voilier « Disip » a fait naufrage près de la « Petite-Gonâve ». Parti de Port-au-Prince, il devait regagner son port d’attache dans la ville de Pointe-à-Raquettes. Les marins ont eu la vie sauve. Le chargement était perdu.
2017 : Chargé de charbon de bois, le voilier « Béthel », desservant Pointe-à-Raquettes, a chaviré. Il n’y avait pas eu de perte en vie humaine.