HELP, une structure qui prône l’excellence

PUBLIÉ 2018-09-13
Durant tout le mois de septembre, période de la rentrée scolaire en Haïti, Ticket vous propose une série où seront présentées les personnalités et les institutions qui font la différence dans le secteur éducatif haïtien. Que ça soit des écoles, des enseignants, des censeurs… en un mot, des acteurs de divers ordres du milieu seront de la partie. Pour initier cette série, nous n’avons pas trouvé mieux que l’organisation HELP, une structure vieille de 22 ans qui procure des bourses au niveau supérieur aux écoliers ayant maintenu durant le secondaire une moyenne générale supérieure à 7,50. Portrait d’une structure qui encourage l’excellence académique.


Le local de la Haitian education and leadership program (HELP) est plein comme un œuf le vendredi 7 septembre 2018. « C’est l’ambiance habituelle à chacune de nos trois assemblées générales qui se tiennent durant l’année », nous apprend Daphnée Charles, aujourd’hui officière de développement et ancienne boursière de l’institution. Ce matin-là c’est le sociologue et ex-ministre des Haïtiens vivant à l'étranger Daniel Supplice qui fait office d’invité. Dans sa présentation, il dresse un historique des diverses vagues de migration qui ont jalonné l’histoire d’Haïti.

Les jeunes pendus à ses lèvres sont en apparence ordinaires. C’est à la séquence de questions-réponses assez animée qu’on se rend compte qu’on se trouve dans le cercle de la crème de la crème. « Pour bénéficier d’une bourse à HELP, il faut avoir maintenu entre la 9e année et la philo au moins une moyenne de 7,50. Et quand on ne reçoit pas moins de 450 candidatures, au moment de faire le tri pour arriver à 25 retenus, il faut monter la barre à 8, ensuite 8,50 », explique Daphnée qui concède que cet exercice n’est jamais une partie de plaisir.

Un autre critère pour obtenir une bourse de HELP, c’est de prouver qu’on n’a pas les moyens pour s'offrir des études supérieures. HELP ne subventionne que les études effectuées en Haïti et ne dépassant pas quatre ans depuis quelques années. C’est dans l’optique, selon les responsables, d’enrayer la fuite des cerveaux en Haïti.

C’est en 1996 que Conor Bohan et Garry Délice, deux enseignants, ont décidé de monter la structure. Une jeune fille qui a multiplié des 9 de moyenne leur inspire cette plateforme. Cette élève brillante, au bout du secondaire, s’est adressé aux deux hommes dans l’espoir qu’ils subventionnent ses études en secrétariat. Ils lui ont demandé si le secrétariat était ce qu’elle voulait apprendre vraiment dans la vie vu son quotient intellectuel hors norme. « Elle leur a avoué que la médecine était son rêve d’enfant, mais puisque ces études sont de longue durée, elle a opté pour quelque chose de plus court afin de pouvoir aider rapidement ses petits frères et sœurs », ajoute l’officière de développement. C’est ainsi que HELP a commencé avec cette seule bénéficiaire. Aujourd'hui, pas moins de 170 jeunes ont bouclé leur parcours dans des domaines divers et 163 autres sont actuellement en train de poursuivre leurs rêves.

La bourse HELP, c’est tout un package tel qu’on nous l’explique. Il y a un dortoir pour les bénéficiaires des villes de province qui ne peuvent pas s’offrir le gîte à Port-au-Prince. Les jeunes reçoivent une formation en anglais et en leadership en parallèle aux études universitaires. « L’objectif c’est de créer une génération de professionnels qui font preuve d’un leadership pouvant être bénéfique à notre société », explique l’ancienne boursière. Des conseillers sont aussi mis à la disposition des jeunes pour les orienter. On fait en sorte de leur trouver des stages durant les études afin de garnir leur liste d’expériences. De plus, un programme d’accompagnement de fin d’études est mis sur pied afin de préparer les étudiants à leur mémoire.

L’ambition de HELP c’est de pouvoir augmenter le nombre de bénéficiaires. Passer de 25 à 50 idéalement. En 2018, exceptionnellement, la liste s’est allongée de 3 bénéficiaires grâce à une cotisation d’anciens boursiers.

HELP est financé en majeure partie par des fonds de bailleurs basés aux États-Unis de fondation comme Kellogg’s, Master Card... Des bailleurs locaux comme Digicel, Brana, Comme Il Fau apportent leurs généreuses contributions. Depuis 2012, la structure a initié le programme « Korem », Kontribisyon regilye pou edikasyon ka miltipliye. Il s’agit d’un versement de 15 % par les anciens bénéficiaires de leur salaire sur une période de 9 ans. « À ce jour, pas moins 38 000 dollars ont été collectés dans le cadre de ce programme », confie Daphnée.

C’est à partir du mois de janvier que HELP ouvre son registre d’inscription. Le formulaire à remplir est disponible sur le site www.uhelp.net. Pour des renseignements supplémentaires, on peut aussi entrer en contact avec l’institution via Facebook ou en passant à leur local à la rue 5, Pacot.

Ryan Bertort Innocent 19 ans, nouveau bénéficiaire de HELP

Le natif de Grand-Goâve entend parler du programme depuis qu’il est en 9e année fondamentale grâce aux anciens bénéficiaires qui sont de la même ville que lui. Il est étudiant en génie industrielle à l’Université Quisqueya. Le seul garçon des 4 enfants de sa famille était lauréat aux examens officiels de 9e année. « Rarement il m’arrivait d’avoir 7 de moyenne et quand ça arrivait c’était au-delà de 7, 80 », confie l’ancien de l’Institution Saint-François d’Assise de Grand-Goâve. « HELP, dit-il, a une mission louable. Elle est la preuve qu’une autre Haïti est possible. Je conseille même à ceux qui ne font pas partie du programme d’œuvrer dans son champ à la concrétisation de ce rêve en cultivant l’entraide, l’excellence. »

Rebecca Jacques Leblanc, ancienne boursière de HELP

« C’est une amie qui m’en a fait part tandis qu’on était en philo. Elle m’a encouragée à postuler puisqu’elle savait que j’excellais toujours à l’école », raconte l’ancienne du Collège G.V Peniel de Martissant. Rebecca a étudié la gestion à l’École Infotronique d’Haïti entre 2012 et 2016. Elle travaille depuis 2 ans comme assistante comptable au sein de HELP. « Grâce au soutien et à l’esprit d’équipe qui règne entre les bénéficiaires, tous les boursiers de HELP multiplient de très bonnes notes à l’université également. On devient comme quoi plus intelligents », affirme-t-elle en souriant.

Mlle Leblanc révèle qu’avant de présenter son mémoire au jury de chacune des écoles, chaque étudiant se doit de le présenter devant celui de HELP. Selon elle, le plus souvent, les jeunes obtiennent une meilleure note devant le jury de leur école que celui de HELP.

« Je conseille aux jeunes écoliers de travailler dur afin d’obtenir cette bourse qui les aidera à progresser dans leur vie. Moi, j’étais une fille timide ; grâce au programme de leadership, j’ai appris à être plus sûre de moi,» conclut la jeune Rebecca.



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