Steven Baboun, photographe à l'oeil artistique

PUBLIÉ 2018-09-06
À 22 ans seulement Steven Baboun est un photographe qui se distingue déjà par la singularité de ses images qui se rapprochent beaucoup de l’art contemporain. L’artiste, en seulement 5 ans d’activités, compte pas moins de 20 expositions et ambitionne d’être de ceux qui montrent Haïti dans sa complexité loin des clichés habituels dont plus d’un l’affublent. Portrait d’un jeune photographe avec la fibre artistique.


Il suffit d’un bref détour sur son compte Instagram, @stevenbaboun, pour constater qu’il ne se contente pas de snaper pour snaper. D’une photographie à une autre, on remarque la démarche artistique qui caractérise son travail. Tantôt iconoclaste, tantôt engagé, parfois osé, il possède tous les ingrédients qui font reconnaître les artistes contemporains.

« J’ai été en contact avec l’art toute ma vie. J’ai fait du théâtre à l’école. Je n’ai croisé le chemin de la photographie qu’à 14 ans quand ma mère m’a offert une caméra », dit-il pour expliquer la genèse du rapprochement entre les deux disciplines qu’on retrouve dans son travail. Au départ, la photographie avait l’air d’une simple passion de jeunesse. Un simple passe-temps. Il immortalisait tout ce qui se dressait derrière sa lentille. Il a fallu attendre la fin du secondaire pour décider d’en faire un véritable métier. Il étudie le cinéma et les sciences de l’éducation au niveau un. Il fait actuellement un master en photographie et art.

C’est en 2014, en rentrant en Haïti, qu’il commence vraiment à se bâtir véritablement une carrière où le succès ne se fait pas attendre. Pas moins de 20 expositions à son actif tant à Washington D.C qu’au Mexique sans oublier l’alma mater. Il rend hommage à la femme haïtienne dans un beau-livre « Island Visuelle femme », en 2015.

Steven avoue qu’il aime explorer des thématiques taboues en Haïti comme l’homosexualité, les disparités sociales, la mort, la religion… « Je suis incapable d’explorer des thèmes qui n’ont aucun rapport avec ma personne », confie-t-il.

Un choix qui ne lui fait pas que des amis. Il est conscient de la révulsion de certaines personnes pour son art, mais il préfère de loin regarder le verre à moitié plein. Toutefois, nous dit-il, ceux qui le supportent sont plus nombreux que ceux qui pensent du mal de son art. Le photographe n’est pas de ceux qui se précipitent sur le traitement de leurs thèmes de prédilection. Quand il trouve un angle, il s’accorde le temps nécessaire pour l’explorer le plus intensément possible. « Je lis, je regarde des documentaires se rapportant sur le sujet. Ensuite, je laisse au temps le luxe de me trouver les modèles qu’il faut. Je visualise, je crée le décor dans ma tête », déclare-t-il. Des artistes plutôt en vogue comme la chanteuse Niska se laissent photographier par Steven de temps en temps.

Son ambition, c’est de présenter Haïti à travers son art dans sa complexité. « On n’est pas que noir et mulâtre, riche ou pauvre, Haïti est bien plus que cela. Elle est pluridimensionnelle. Je veux aussi montrer les problèmes internes qui nous empêchent d’évoluer. L’homme de 22 ans n’est pas du genre à trimballer longuement sa vénération d’une idole. De temps en temps, il est marqué par le travail d’un nouveau modèle. Pour le moment, ce sont les travaux de Deana Lawson et Robert Mapplethorpe qui le passionnent.

Steven Baboun travaille pour l’heure sur un projet de série photographique sur les classes sociales en Haïti. L’homme, qui ne veut rien révéler davantage sur ce projet relatif à un thème assez tabou, entend mettre à nu des choses qui caractérisent notre société.



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