Portrait de médecins

Le Dr Gabriel Timothée, tout pour la santé communautaire

Nommé deux fois directeur général du ministère de la Santé et de la Population (MSPP), la première après la transition sous la présidence de René Préval, la seconde pendant la présidence de transition de Jocelerme Privert, il a été le coordonnateur du programme de lutte contre le sida en 1988. Homme humble, musicien de carrière, spécialiste chevronné en santé communautaire, du sida au choléra, il a géré d'une main de fer les moments forts de la santé publique en Haïti, quitte à se faire passer, parfois, pour le chevalier des causes perdues.

Publié le 2018-09-13 | Le Nouvelliste

National -

Il parle, aujourd'hui encore, de la santé communautaire comme on en aurait parlé dans les années 90. À cette époque, tout était à réinventer. Les grands rêves frappaient à la porte du destin. En 2018, le Dr Gabriel Timothée croit toujours au renouveau du système de santé haïtien. Un optimisme proche de la naïveté et une passion d'une beauté insolente.

De son passage au ministère, il a le mérite d'avoir mis en place le système de santé communautaire pour pallier les problèmes de santé récurrents qui rongent la population haïtienne.

Des années après, personne ou presque personne ne semble s'intéresser ni à la politique nationale de santé ni au plan stratégique minutieusement élaboré. Les responsables viennent et font leurs consentis, le tout en ligne brisée quant aux efforts qui ont été faits avant eux.

Or, la santé communautaire devrait être un canevas pour garantir le droit à la santé en Haïti. Selon la grande définition, la santé communautaire (qui est un domaine de la santé publique) implique une réelle participation de la communauté à l’amélioration de sa santé : réflexion sur les besoins, les priorités ; mise en place, gestion et évaluation des activités. Il y a santé communautaire quand les membres d’une collectivité, géographique ou sociale, réfléchissent en commun sur leurs problèmes de santé, expriment des besoins prioritaires et participent activement à la mise en place et au déroulement des activités les plus aptes à répondre à ces priorités.

Si nos hôpitaux sont depassés, si la couverture sanitaire universelle reste un voeu pieux, c'est parce que le système de santé communautaire instauré en Haïti n'a pas encore fait son oeuvre. Les grands centres hospitaliers ne seront jamais en mesure de répondre à tous nos besoins en santé, les hôpitaux communautaire de référence sont là pour absorber une grande partie de nos besoins en santé. Pourquoi sont-ils si peu fréquentés ?

Le point culminant de la santé communautaire est sa capacité à mettre tous les acteurs sur une table en vue d'une amélioration de la condition sanitaire d'une communauté donnée. Si la part de la santé est aussi exiguë dans le budget national, c'est que la santé communautaire reste un long chemin à parcourir.

Du sida au choléra, en passant par le système de santé communautaire, le Dr Gabriel Timothée est aussi le chevalier des grands défis.

Né à Trou-du-Nord, le Dr Gabriel Timothée s'est d'abord lancé dans une carrière de musicien avant de se faire rattraper par la médecine.

Membre de l'orchestre philarmonique du Cap-Haïtien, musicien du groupe Superstar où il a pu performer aux côtés de «Ti Manno», ses compagnons de route sont aujourd'hui des musiciens émérites à l'instar de Léon Dimanche.

Mué par son amour pour l'enseignement, il a roulé sa bosse au Collège Regina Assumpta du Cap. Là-bas, il a enseigné le latin pendant une année.

Né d'une mère infirmière, le naturel l'a rejoint au galop. Ainsi, il s'est fait inscrire à la Faculté de médecine de l'UEH où il a obtenu son diplôme en 1975.

Depuis son service social à Anse-Rouge, il a dirigé plusieurs projets de santé. Et son amour pour la santé communautaire s'est étendu comme un feu de brousse.

Il a été tour à tour chef de l'unité de santé communautaire à Jean-Rabel pendant 7 ans. Il a pu travailler avec une grande organisation haïtianno-américaine de l'époque, sa mission était d'implémenter des centres de santé dans les 7 sections communales de Jean-Rabel avant d'être promu à la tête du sous-district de cette commune. Tout se passe, souligne-t-il, sous le regard bienveillant du père Jean Marie Vincent.

En 1984, il a pris la direction du Mexique et y a décroché une maîtrise en santé publique avec emphase sur l'organisation des services de santé et l'épidémiologie. De retour au pays, il a été affecté au sous-district de Delmas de 1986 à 1988.

En 1988, au moment de l'éclosion du VIH/SIDA, une période douloureuse pendant laquelle certains voulaient associer le virus aux Haïtiens, il a été nommé comme le coordonateur du programme de lutte contre le SIDA.

À ce niveau, il a mené la bataille sur plusieurs fronts : contre la stigmatisation, et la condamnation à mort des personnes atteintes, en même temps, il a élaboré un protocole thérapeutique pour les adultes et les adolescents et un protocole prophylaxique pour éviter la transmission mère/enfant de concert avec le Dr Guy Lambert. Il a créé le conseil national consultatif pour la réflexion autour de la lutte contre le VIH/SIDA, un conseil composé du secteur privé et des cadres du MSPP.

Il a passé 6 ans à la tête de ce programme. Sous sa direction, il a vu de l'eau sale s'éclaircir sous le pont. S'agissant du VIH/SIDA, le plus dur est derrière nous.

En 1994, l'ancien du collège Notre-Dame est passé de l'autre côté du miroir en prennant la décision de pratiquer la médecine dans sa clinique privée. Il a résisté à la tentation de faire la médecine à grande échelle pendant 4 ans.

En 1998, il a été nommé directeur éxecutif à la secrétariat d'État à la Population.

De 2001 à nos jours, il est membre du comité de surveillance et de sécurité pour les essais thérapeutiques dans le cadre du VIH. Ce comité est basé à Atlanta et, là-bas, il est le representant de la Caraibe.

De 2006 à 2012, il a occupé le poste de directeur général du MSPP. Alors que sa direction était attendue au tournant durant le séisme, il a su gérer la situation avec les moyens du bord même après l'apparition du choléra.

D'un calme pesé et de sa voix fluette, il explique comment il a mis en place, sous le leadership du ministre de l'époque, le Service ambulancier national en vue de répondre à la propagation du choléra. Cela passe d'une première collaboration avec une ONG allemande à un programme élargi suivant un accord tripatite (Brésil, Cuba, Haiti).

Durant son passage à la direction du MSPP, il a été le point focal de la coopération entre Cuba et Haïti. «On savait m'appeler quand il y a un grand conflit dans les universités à Cuba», a t-il commenté.

Sous son ordre, il a vu déployer des médecins cubains dans les zônes les plus réculées du pays.

Après le séisme, il a initié les négociations avec le Canada pour la construction de l'hôpital La Providence des Gonaïves. Il a initié les discussions avec le Japon pour la construction de l'hôpital de Jacmel. In fine, il est l'initiateur de l'accord entre Haïti, la France et les États-Unis pour la reconstruction de l'HUEH.

À son actif, au ministère de la Santé publique, des documents normatifs, la mise en place du système de formation sanitaire et la politique nationale de santé parue en 2012.

Parallèlement, il a été le président de l'Association de santé publique d'Haïti et le vice-président de l'Association médicale haïtienne. Il est actuellement professeur de biostatistique et de thérapeutique à la Faculté de médecine et de pharmacie de l'UEH.

Suivi ou ignoré, tout ce qu'il a fait au ministère de la Santé publique porte le sceau de la santé communautaire. Ce afin que la santé ne soit plus sous la seule responsabilité du professionnel de santé, mais qu'elle soit, plutôt un bien précieux entretenu par tout un chacun.

Le caprice de l'histoire l'a toujours propulsé vers les grands défis, SIDA en 88, Choléra après le seisme de 2010. En bon poète, il a toujours su répondre par une salve d'avenir. À défaut d'être constamment victorieux, il peut se dire à l'instar du cèlèbre avocat Jacques Vergès: «Que mes guerres furent belles!»

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