Production agricole

Haïti importe de plus en plus de riz depuis 1986

Si avant 1986 Haïti importait deja du riz pour pallier aux défaillances de la production locale, au fil des années, le riz est devenu un élément incontournable du panier alimentaire haïtien et les importations ont explosé. Au cours de ces 25 dernières années, sa production locale a régressé de 32%, son importation a connu une croissance moyenne annuelle de 28%, et sa consommation nationale annuelle un taux moyen d’augmentation de 5% par an. Si 80% du riz consommé en Haïti provient des États-Unis, le marché est partagé entre 5 importateurs.

Publié le 2018-08-09 | Le Nouvelliste

National -

Mardi 7 août, au Palais national, lors de la cérémonie de présentation du Premier ministre nommé, Jean-Henry Céant, le président de la République, Jovenel Moïse, a annoncé que l’État haïtien a passé une commande via le Bureau de monétisation des programmes d’aide au développement (BMPAD) pour importer 12 mille tonnes de riz dans le but de faire baisser les prix de cette denrée sur le marché local.

Cette annonce témoigne de la volonté du chef de l’État de poursuivre la politique d’importation de l’administration Martelly-Lamothe qui avait pris la décision, en décembre 2012 lors d’un voyage officiel de l’ancien Premier ministre Laurent Lamothe à Hanoï, d’importer du riz du Viétnam pour tenter de trouver un certain équilibre de prix avec les autres riz en provenance d’un peu partout à travers le monde, plus particulièrement ceux importés des États-Unis d’Amérique.

« Le gouvernement haïtien, pour combattre la spéculation sur le marché, va également importer son riz au Viétnam déjà disposé à offrir de meilleurs tarifs à Haïti », avait alors informé un communiqué de la Primature, annonçant en grande pompe que le Viétnam, considéré comme le plus grand producteur et exportateur de riz au monde, allait aider Haïti à renforcer sa production rizicole qui n’a pas cessé de chuter durant les 25 dernières années. En effet, elle a subi une régression de 32% durant cette période, soit une réduction annuelle d’environ 1.28%.

Selon une étude du département américain de l’Agriculture (USDA), datant de février 2016, les rendements de riz (brut) n'ont montré aucune tendance à la hausse au cours des 30 dernières années. Par contre, les importations ont connu une croissance rapide pour cette même période, elles sont passées de 41 000 à 338 000 tonnes métriques, soit une croissance moyenne annuelle de 28%.

Après la chute des Duvalier en 1986, l’État haïtien a procédé à la libéralisation du marché du riz. Les licences d’importation ont été abolies, les tarifs douaniers sur le riz ont considérablement baissé, passant de 50% à la fin des années 80 à environ 3% depuis 1995. Le riz est devenu l’un de produits céréaliers les plus consommés en Haïti à partir de cette libéralisation du marché et des réductions des tarifs douaniers.

Selon certaines estimations fournies par la Coordination nationale de la sécurité alimentaire (CNSA), la consommation nationale annuelle serait aujourd’hui d’environ 450.000 tonnes métriques de riz décortiqué. Par rapport à 1985 (171.000 tonnes métriques), l’augmentation aura été de 134% sur la période, soit un taux moyen d’augmentation de 5% par an. En 2012, toujours selon la CNSA, le riz représentait environ 20% des aliments de base consommés contre 10%, il y a une vingtaine d’années.

«Il faudrait une étude scientifique pour déterminer si les tarifs douaniers sur le riz favorisent les importations. À savoir dans quelle mesure ces tarifs découragent la production locale de riz. Il ne sera pas possible d'avoir une analyse sur l'impact de la politique fiscale sur les importations. On devra aussi évaluer les autres facteurs qui influencent la faiblesse de la production car il n'y a pas que la politique fiscale. Nous voulons parler des intrants, l'eau, la main d'œuvre qualifiée, la mécanisation», a fait remarquer l’économiste Kesner Pharel, PDG du Group Croissance, joint par la rédaction.

Toutefois, les experts s’accordent sur le fait que la libéralisation de l’importation de riz a entraîné une baisse considérable de la production et du prix du riz sur le marché local. La baisse du prix en soi est une bonne chose pour les consommateurs, mais elle a un effet pervers sur la production locale. D’après Oxfam, en 1981, Haïti produisait environ 124 000 tonnes de riz ; la CNSA a rapporté qu’en 2002 la production nationale était de 72 800 tonnes. Ce chiffre représente une baisse de 41%.

Plus de 80% de la consommation du riz est importée

Le riz représente en volume à lui seul 34% des importations alimentaires du pays. Pour l’année fiscale 2009-2010, selon des données de l’Administration générale des douanes (AGD), les importations de riz se chiffraient à 363.905 tonnes et provenaient essentiellement des États-Unis (85 à 90%). Pour l’exercice 2009-2010, la valeur moyenne des importations de riz est d’environ 206 millions de dollars américains. En 2017, selon la version Open data du site web du Centre de facilitation des investissements (CFI), le riz se classe en deuxième position parmi les importations principales d’Haïti (238.6 millions de dollars).

Le marché du riz est partagé entre 5 importateurs : riz Mega, riz Tchaco, riz Jumbo, riz Bongou, riz Miami, riz Bull. Le rapport de l’USDA note que les importations sont passées de 7 000 tonnes métriques en 1985 à 25 000 tonnes métriques en 1986, avec les États-Unis comme unique fournisseur, informe le rapport du Service de recherche économique de l’USDA. En 1994, les importations ont dépassé 140 000 tonnes métriques. Puis, en 1995, Haïti a abaissé son taux de droits de douane de 3% et les importations de riz ont immédiatement augmenté de plus de 60 000 tonnes pour atteindre 207 000 tonnes, toujours avec les États-Unis comme principal fournisseur.

Outre les États-Unis, une étude de l’Unité statistique agricole et informatique du ministère de l’Agriculture (MARNDR), intitulée Situation de la filière riz 2014-2015, souligne que les riz importés proviennent notamment de Viétnam, Taïwan, Canada, Guyane françcaise et France. La part du riz américain dans les importations totales de riz dans le pays est passée de 85% durant la période de juillet 2014- janvier 2015 à 78% pour la période de juillet 2015-janvier 2016. Durant les mêmes périodes, la part du riz de Viétnam a augmenté de 6.6% à 10,7% et celles des autres pays sont passées de 8.6% à 11.3%.

Les données de l’AGD montrent une augmentation significative du niveau total des importations de riz dans le pays durant les périodes en question. Il est passée de 273 708,2 tonnes métriques au cours de la période de juillet 2014-janvier 2015 à un volume de 337 520,4 tonnes métriques durant la période de juillet 2015-janvier 2016, soit une augmentation de 23.3%.

Le ration production/importations est égale à environ 20%, ce qui signifie que pour chaque 120 tonnes métriques de riz présentes dans le pays, 100 tonnes métriques sont du riz importé et seulement 20 tonnes métriques sont du riz local. De même, il est constaté que les importations représentent environ 83% de la somme importations et production pour les périodes considérées.

Par ailleurs, il y a une faible quantité de riz haïtien qui laissait le pays à destination notamment des États-Unis, de Canada, Guyane française. Durant la période de juillet 2014-juin 2015, le niveau des exportations était estimé 85,8 tonnes métriques, dont 52% était dirigée vers les États-Unis.

Face à la forte dépendance d’Haïti au riz à grains longs importé du Sud des États-Unis, le département américain de l’Agriculture est formel. Malgré les efforts en cours pour améliorer la performance agricole, Haïti continuera à dépendre des importations du riz américain. Le marché haïtien écoule environ 10% des exportations américaines de riz et génère environ 200 millions de dollars de recettes pour l'industrie américaine du riz.

Pour sa part, l’économiste Frédéric Gérald Chéry évoque une approche datant des années 60 voulant que la collecte des taxes à la douane permettrait le financement du développement. Dans les années 80, dit-il, il y a eu une cassure, avec Lesly Délatour, notamment comme ministre des Finances, qu’on retrouve dans la volonté de spécialiser l’économie haïtienne dans le textile et de laisser ensuite les Haïtiens importer des produits comme le riz. «Le développement agricole est une accumulation lente. Quand il y a cassure, cela prend beaucoup de temps pour tout remettre en place», a indiqué l’économiste Chéry.

Malgré tout, un rapport du Système de financement et d’assurance agricole (SYFAAH), priorisation des filieres agricoles, datant d’août 2011, dénote que le riz est la principale source de revenus de plus de 130 000 ménages, 80 000 producteurs, 30 000 ouvriers agricoles, 8000 marchands et 400 propriétaires de moulins répartis uniquement dans le Bas Artibonite.

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