Conjugaison de prière et d’érotisme dans la poésie de Martenson Métayer

Publié le 2018-08-23 | lenouvelliste.com

Paru cette année (2018) aux éditions Choucoune, ce texte du poète, diplomate et sociologue Martenson METAYER nous immerge, dès le premier contact, dans un monde d’images que seul le poète en connaît les contours ainsi que le secret. Un monde où prière et érotisme se conjuguent de façon « doubout ».

« Solèy tann grif li

Tankou dra lenn

Sou tèt lanmourèz

Lanmourèz swente lapawoli

Lanmou mouye antranp

Tout grenn chaplè pèdi nan dlo. »

L’art ne supporte aucune définition, dit-on; ses manifestations sont trop nombreuses et trop variées pour se rallier à l’une d’elles. Ainsi, dans son intimité et sa relation de complicité avec les mots, le poète décide de narguer la vie et la mort aussi (faut bien essayer pour une fois) :

« Si n wè lanmò

Pase mande pou mwen

Di l m antere deja

Si se te lavi

Di l m fèt tann dat

Si toulède pase anmenmtan

Di yo m pa t fèt marasa. »

Les artistes traduisent dans leurs œuvres leur expérience de la vie et leurs aspirations profondes. La créativité est universelle, mais l’art de transposer en termes accessibles à la fois à l’artiste et à son public demande force et talent. Le poète Martenson nous expose tout son talent à travers « Plent san », le tout un peu comme une œuvre sculpturale où la matière première est déjà là et où il faut y mettre du soi :

« Nan jwèt bosal lang ak dan

San pote plent nan tribinal

Tout jij rete bèkèkè

Okenn avoka pa di kuik. »

Il n’est jamais facile de déterminer à quelle source l’artiste puise sa puissance créatrice, mais l’auteur de « Lapriyè doubout anba grif solèy » partage avec le lecteur son souci de ce qui se passe dans la société dans laquelle il vit, ses préoccupations, son aversion de certaines choses ; après tout, l’artiste ne vit pas seulement dans un monde qu’il a créé. Flanm mizè nous illustre bien cet ordre d’idée: « Lamizè tranpe mèch li

Tout longè

Tout lajè

Nan lanp inosans pèp la

Li limen tou wouj

Tankou boukandife

Nan twoubote letènite.»

Tout compte fait, de la lecture-initiation dans le monde de ce jeune poète, où les mots jouent à la fois le rôle de chemin et d’arrivée, où les thèmes varient de l’amour-érotisme à l’amour-mystique, de la mort à la vie, il n’est pas inutile de noter que Martenson apporte du nouveau à la poésie créole haïtienne.

Je vous encourage déjà à vous plonger dans la lecture de ce captivant recueil.



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