Le programme MBA de l’UNDH pour un rapprochement d’Haïti avec ses voisins de la Caraïbe

Deux personnalités importantes, le Dr Compton Bourne, ancien président de la Banque de développement des Caraïbes (CDB), et le Dr Geraldo Gonzales, économiste cubain, étaient dans nos murs, fin juillet, répondant à l’invitation des responsables du programme en Master of Business Administration (MBA) de l’Université Notre-Dame d’Haïti (UNDH), pour présenter aux étudiants l’espace caribéen et leur environnement.

Publié le 2018-08-07 | Le Nouvelliste

Economie -

« Ce mois-ci, les étudiants de la première promotion terminent leurs études et demain samedi est le dernier jour de classe […] Pendant tout le mois, on a invité des gens du côté de la Caraïbe pour expliquer aux étudiants ce qui se passe dans leur environnement. Ce mois-ci certains étudiants étaient en République dominicaine, d’autres à Porto Rico pour voir et écouter […] Il faut connaitre l’environnement dans lequel on vit car les possibilités d’un pays ont aussi à voir avec ce qui se passe dans l’environnement », a déclaré d’entrée de jeu le Dr René Paul Latortue, détenteur d’un doctorat en économie de l’Université de New York, et initiateur de ce programme.

Le Dr Compton Bourne, qui n’est pas à sa première visite en Haïti, était venu parler de la Caricom. « Je me suis engagée pour qu’Haïti devienne membre de la CDB en 2007. J’ai ouvert la voie […] J’etais très heureux quand Haïti a été formellement admise », a rappelé l’ancien président de la CDB, qui dit avoir visité Haïti plusieurs fois par la suite pour s’assurer que les programmes de la Banque étaient bien exécutés. Il s’est montré très content du fait que la CDB soit en train d’ouvrir un bureau dans le pays afin de permettre, dit-il, à la nouvelle direction d’avoir une meilleure compréhension des problèmes sur le terrain.

« Ce sont nos voisins immédiats, en plus nous faisons partie de la Caricom », a renchéri le Dr Latortue soulignant les problèmes communs d’Haïti et du reste de la sous-région. « Problèmes de pauvreté persistants, inégalité, vulnérabilité aux phénomènes météorologiques extrêmes et incapacité des pauvres à améliorer durablement leur bien-être […] », a ensuite énuméré le Dr Compton Bourne, qui s’est montré préoccupé par ce tableau noir avant sa présentation aux étudiants en MBA de l’UNDH. Il a ensuite relevé bon nombre de défis économiques auxquels fait face la sous-région tels que la progression continue de l'inflation régionale des prix à la consommation, le déficit budgétaire, les niveaux élevés d’endettement ainsi que les taux de chômage à deux chiffres.

Fort de ce constat, le Dr René Paul Latortue a donc préconisé deux choses à Haïti: faire les réformes et aller vers le marché commun. Pas nécessairement d’un coup, en parlant des réformes, mais, dit-il, il faut marcher ensemble. « Il faut avoir des politiques communes […] Haïti peut apprendre de la Caricom », a-t-il indiqué avant de marteler qu’« Haïti est la mère culturelle de la Caraïbe ».

« La Caraïbe a su se défendre de l’OMC et de la Banque mondiale pour ne pas baisser trop rapidement les tarifs dans ses pays. Haïti ne l’a pas fait et a détruit une bonne partie de son économie […] Quand on est 14 ou 15 ensemble, on peut imposer des politiques parce qu’on devient une majorité (ou presque) à l’OEA. On est beaucoup plus protégés », a expliqué le docteur en économie.

Autour des 6 et 7 juillet 2018

Réagissant aux récents événements ayant secoué le pays au début du mois dernier, suite à l’augmentation des prix du carburant, le Dr Latortue a fait remarquer que ce problème, les pressions du FMI, existe depuis des décennies. « On cherche deux choses en même temps mais on ne peut les avoir complètement en même temps. Il y a un choix à faire », a-t-il noté soulignant que le FMI adopte une attitude comptable, très stricte en matière de finances, et qu’il n’a pas nécessairement tort car il faut une comptabilité correcte.

« Si les prix du pétrole augmentent et vous continuez à augmenter les subventions, les gens qui vont en bénéficier davantage ce ne sont pas les plus pauvres. Les plus pauvres vont payer aussi mais comparativement parlant ce ne sont pas eux qui ont les voitures, qui achètent de la gazoline », a ensuite expliqué le responsable du programme MBA de l’UNDH arguant qu’il faut trouver une façon de réduire les subventions. Mais, dit-il, on ne peut pas les réduire d’un coup ou d’une façon trop brutale.

Selon lui, on doit pouvoir expliquer cette hausse à la population parce qu’elle représente un fardeau additionnel. « Mais, cela n’a pas été fait. Au contraire, on a l’impression que le gouvernement voulait créer une surprise », a-t-il déploré. De toute manière, ajoute-t-il, le prix du pétrole qui augmente va augmenter le coût de la gazoline au pays, le coût de production de l’électricité et certainement çà va toucher l’impôt sur toutes les personnes, les riches et les pauvres. Donc, il faut trouver la façon dont on balance tout ça.

Pour l’universitaire, il faut un consensus, une discussion non seulement au sein du gouvernement, mais aussi avec les autres partis politiques de l’opposition. Les discussions doivent se faire dans la presse, en salles de classe, à l’université et non pas nécessairement dans les rues et encore moins d’avoir des actions commanditées par des gens en bonne position qui veulent nuire à d’autres qui sont aussi en bonne position.

Il faut accroitre l’assiette fiscale, la pression fiscale

« Une pression fiscale de 13% n’est pas suffisante pour faire le travail du pays mais aussi faut-il éliminer la corruption et ne pas permettre quand on nous fait des dons ou des prêts que cet argent soit gaspillé par des politiciens sans foi ni loi », a pesté le Dr Latortue réclamant une gouvernance différente dans ce pays. « Nous avons besoin d’un autre projet de société. Il n’y a pas de doute. Ce pays est trop pauvre », a reconnu le natif des Gonaïves, revenu au pays, après avoir été le doyen de la faculté de business pendant une décennie, pour monter ce programme de maitrise en administration des affaires.

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