Les livres du mois # 29

Les livres du mois Du théâtre (ou poème dramatique) au roman en passant par le conte, voilà une belle façon de redonner vie à la rubrique Les livres du mois. En cette période estivale et par ces temps de solitude et de lassitude chronique, seule la lecture, en dehors des plaisirs mondains et démodés (comme dirait Aznavour), peut nous aider à faire la route.

Publié le 2018-08-06 | Le Nouvelliste

Culture -

Dieulermesson Petit Frère

Jean-René Lemoine, Face à la mer, Paris, Les solitaires intempestifs, 2006, 64 pages.

Un fils et une mère se parlent –le fils écrit à la mère. Dans le clair-sombre de l’exil. Au-delà de la mort. Du temps et de l’espace. Cet exil sans retour forgé par le temps et la distance, la mer et les frontières que nous inventons à cœur/chœur perdu. À force de silence, de repli sur soi.

Le fils parle à la mère –cette mère enseignante assassinée un soir dans la maison familiale. Le cœur serré, mélancolique, la voix lourde comme une pierre et les paroles toutes empreintes de regrets et de remords. Et ce trop-plein d’amour de cette mère qu’il n’a pas voulu supporter le temps de son vivant. Le temps qu’il s’apprêtait à entrer dans l’âge adulte. Parce qu’il avait besoin d’intimité. De liberté. Ne plus se sentir épié. Pour ne pas devenir un saint comme la mère toujours enveloppée dans son costume de sainte.

Face à la mère est ce monologue polyphonique –récit de ce fils qui s’adresse à sa mère morte. Ou plutôt un dialogue impossible, improbable sur le passé familial, sur le pays qui se meurt. Plus qu’une pièce de théâtre, le texte se veut aussi un récit de mémoires, de champs/chants de souvenirs. Avec des blessures qui saignent. Des cicatrices qui ne ferment pas.

Tout le texte est traversé par des échos douloureux. Des séparations qui n’en finissent pas. Des souvenirs épars : l’enfance, le départ pour l’exil, les allers-retours de l’Afrique à l’Europe, le père qui s’en va refaire sa vie à Kaboul. Des soupirs prolongés. Des cris de joie et des brins de bonheur fugaces. Que quitter son pays est aussi difficile et dur de se séparer des siens.

« Face à la mère » est une pièce ou plutôt un texte, un poème en trois mouvements, tel « La divine comédie » de Dante, autour d’un seul et même vécu : l’amour filial, l’amour de la terre natale. Chant/champ d’amour, quête de réconciliation, de soi et de l’autre qui dit l’impossibilité du dire et les rendez-vous manqués qui heurtent l’existence, même après la longue odyssée (sans retour) qui conduit à la félicité.

Contes d’une grand-mère, Georges Sand, Québec, BeQ, Tomes I et II, Collection À tous les vents Volume 44 : version 1.02.

C’est pratiquement à la fin du XIXe siècle, entre 1873 et 1876, que Sand a écrit ces récits aux accents merveilleux surtout voués au monde de l’enfance. Plus que de simples sujets de divertissement, ces histoires ont une portée symbolique et didactique qui suscite l’émerveillement tant devant les lois et les manifestations de la nature, les choses du monde et les phénomènes humains. Avec des marques assez évidentes de l’oralité, riches, élégantes et captivantes et tantôt drôles aussi, ces histoires sont de véritables instruments de formation où l’enfant évolue et apprend à se construire, à découvrir le monde et à s’identifier à soi, à l’autre et au milieu où il doit vivre. Qu’il s’agisse du milieu naturel ou surnaturel.

Publiés en deux volumes et dédiés à ses deux petites-filles, Aurore et Gabrielle, ces contes, en plus de plaire et d’amuser le lecteur, mélangent merveilles, sagesse et leçons de morale. Vouée à l’éducation des enfants, chaque histoire met en scène un petit garçon ou une petite fille qui grandit sous l’œil protecteur d’un adulte faisant figure d’un précepteur qui lui apprend à mieux appréhender les choses du monde.

Sand appartient au mouvement romantique qui fait de l’imagination la pierre angulaire de la production ou de la création artistique. Devenu un voyant, un mage, l’artiste donne libre cours à sa pensée, à ses rêveries dans ses élans d’exaltation de la nature. Ce premier tome compte huit contes. Ils ont d’abord paru dans des revues avant d’être publiés en volume. Récits d’apprentissage, quêtes et/ou découvertes, les héros sont pour la plupart des enfants, à l’exception de « Le gnome des huitres » qui donne à lire l’aventure d’un amateur d’huître aux prises avec un vieillard difforme dans une grotte où il collectionne des huîtres datant de la préhistoire.

Kasalé, Kettly Mars, Paris, Vents d’ailleurs, 2007, 256 pages.

Kasalé a d’abord paru à Port-au-Prince en 2007 avant d’être réédité quatre ans plus tard chez Vents d’ailleurs à Paris. C’est avant tout et surtout une histoire de femmes, de traditions, de croyances. Histoire d’un lakou, des valeurs et pratiques ancestrales. D’un mythe, d’une culture et des forces mystérieuses du vaudou.

Antoinette, communément appelée Gran’n, est une prêtresse vaudoue, vieille femme qui voue un culte sans bornes aux dieux des ancêtres. À Kasalé, ce lakou où elle plante ses racines, et où se range autour d’elle toute une famille unie par les liens du sang et des invisibles, se tissent aussi des histoires d’amour, de rancœur, de vengeance et surtout de haine à l’égard des croyances ancestrales. Voilà qu’une nuit, après l’averse, le cachiman se déracine et la maison des loas se trouve détruite par la tempête. C’est donc la fin de Gran’n qui sonne, l’arbre étant intimement lié à sa vie. Vient le temps de la sécheresse. La vieille doit s’en aller. Mais avant elle doit faire la lumière sur certains secrets, transférer ses pouvoirs à Sophonie, sa belle-fille, enceinte d’Agwé, qui mettra au monde une fille de l’eau.

Kasalé est un récit de mythes, de légendes et de mémoire. Inscrit dans le cadre du paysan, l’action se déroule en milieu rural et met en scène des personnages dudit milieu. Le roman se rapproche bien du réalisme merveilleux de Jacques Stephen Alexis des Arbres musiciens. Il met en évidence la campagne anti-superstitieuse menée contre le vaudou par l’Église catholique, représentée par le prêtre venu évangéliser les habitants du lakou et Antoinette, gardienne des traditions ancestrales.

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