Abel Descollines, de la presse à la Chambre des députés

Portraits de parlementaires Le député de Mirebalais, ex-journaliste qui a roulé sa bosse au sein de plusieurs médias de la Capitale avant un relatif court exil en France, plaide pour une refondation de notre régime politique. Abel Descollines est l’une des figures de l’opposition à la Chambre des députés ayant aidé à l’exfiltration de Jack Guy Lafontant à la Primature.

Publié le 2018-09-13 | Le Nouvelliste

National -

Comment défendre le pouvoir Tèt kale dans un premier temps et s’en distancer soudainement dans un second temps ? Abel Descollines en a peut-être le secret. Il est aujourd’hui de la petite cohorte des députés en opposition au régime Tèt kale, sous la bannière duquel il fut pourtant élu député pour la première fois en 2010. Qu’est-ce qui a provoqué la rupture ? Est-ce une posture pour celui qui défendait avec opiniâtreté le régime, sous l’ère Lamothe ? Abel Descollines le renvoie à la charge des pontes du PHTK qui l’ont regardé de travers, l’ont laissé seul dans sa périlleuse marche vers son second mandat.

L’élu de Mirebalais, l’un des députés interpellateurs qui ont poussé Jack Guy Lafontant à la démission, aidés bien sûr par les émeutes des 6, 7 et 8 juillet derniers, ne prend pourtant pas la tangente. « Quand on fait de la politique, il faut savoir s'affirmer. J'assume ma responsabilité. Je faisais partie de la majorité à l’époque », affirme, chez lui, le fervent défenseur du pouvoir rose entre 2011 et 2015. « La politique est dynamique. Les ennemis d'hier peuvent être des amis d'aujourd'hui. Et les amis d'aujourd'hui peuvent être des amis de demain », se défend Abel Descollines, qui refusait d’être une colline dans la constellation des montagnes du PHTK.

Le natif de Port-au-Prince, issu d’une famille religieuse, a eu une enfance pour le moins mouvementée. Enfant, il a dû apprendre à vivre avec la séparation de ses parents. Il a vécu tantôt à Port-au-Prince sous l’œil de son père, tantôt à Mirebalais sous l’œil de sa mère. Abel Descollines, deux fois député, passé par la Faculté de droit et des sciences économiques et de l’École de théologie de Bolosse, est conscient que l’image du Parlement est des plus écornées et que le peuple n’a pas des yeux de Chimène pour les élus du peuple. « Le Parlement est à l'image du pays », déplore Abel Descollines, appelant à repenser notre régime politique.

Au bord de mer, pour la majorité des élus, le puzzle politique haïtien réside dans la non-structuration des partis politiques. Abel Descollines n’est pas en reste. Pour changer la donne, pour qu’enfin des hommes et femmes imbus de leurs devoirs parviennent au Parlement, il faut « durcir la législation sur les partis politiques », explique l’ancien journaliste, ayant travaillé dans divers médias de l’aire métropolitaine, avant de s’exiler, comme d’autres journalistes, en France le 17 décembre 2001, là où il a entrepris des études [une maîtrise ] à Paris 2 Sorbonne en communication politique. Le jeune Abel Descollines a dû passer par là : se donner une épaisseur et intégrer la société française. Mais il a toujours laissé ouverte la porte à un possible retour dans son pays.

Son retour au pays natal n’aura donc été qu’une simple formalité en 2007. Nommé en janvier 2008 directeur de communication de Jacques Edouard Alexis qu’il rencontra une année auparavant dans une conférence de bailleurs de fonds à Madrid alors qu’il était journaliste pigiste à RFI, Abel Descollines en a profité pour cultiver son jardin, quoique l’expérience ait été de courte durée, Alexis ayant été exfiltré de la Primature trois mois après. Abel Descollines n’est donc pas retourné dans l’Hexagone. Loin s’en faut. Il a vite compris qu’il pouvait s’offrir un siège dans la 49e législature en 2011.

Aujourd’hui, il n’a pas à s’en vouloir. Il a réussi la transition. Comme moult politiques haïtiens, il vit seul certes, loin de sa femme, de ses trois enfants, reclus en France, mais il n’est pas triste. C’est un homme tout sourire, en jogging, qu’on a retrouvé chez lui, ce samedi soir, après une longue rencontre avec le président de la Chambre des députés Garry Bodeau. N’empêche qu’Abel Descollines, 43 ans, ne digère pas encore son échec aux sénatoriales de 2016. « La démocratie électorale n'a pas été respectée. Il faut appeler un chat un chat », gronde celui qui en veut encore au CEP de Léopold Berlanger.

Au Parlement, parangon des coups bas et des intrigues politiques, Abel Descollines, qui exige davantage de contrôle parlementaire, croit avoir tiré son épingle du jeu. Il clame avoir été à l’origine de cinq propositions de loi au cours de ses deux mandats, dont la loi modifiant celle du 16 février 1983, traitant du corps des sapeurs-pompiers, qui a été votée tant au niveau de la Chambre des députés qu’au Sénat, la loi portant sur le Fonds d'entretien routier. Toujours enclin à fustiger le pouvoir rose, le parlementaire croit utile que le président de la République corrige son cahier, pour sauver son mandat.

« Il n’y a eu aucun plan, aucune préparation pour cette caravane », assène, entre deux soupirs, Abel Descollines. Sur l’implication des parlementaires dans leurs communautés et qui bien souvent s’emparent de tout et font de l’ombre aux maires, Abel Descollines, lui qui va encore à l’église tous les dimanches, croit qu’un parlementaire devrait être un « agent de développement ». Il enchaîne, laconique : « Tout est dans la façon de faire, dans la façon de procéder. » Il plaide pour une refondation de notre système politique. Celui qui n’a pas voté pour le très décrié budget 2017-2018 se voit encore dans la politique pour les prochaines années. Sans en dire plus.

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