Jovenel Moïse, le prix à payer

L’augmentation inopportune et irresponsable des prix des produits pétroliers sur le marché local a failli coûter au président Jovenel Moïse son fauteuil.

Publié le 2018-07-30 | Le Nouvelliste

Société -

L’augmentation inopportune des prix des produits pétroliers a retenti comme une bombe, le vendredi 6 juillet 2017, vers les 3 heures p.m. Le président Jovenel Moïse a tenté de mettre à exécution son complot ourdi dans l’ombre contre le peuple, en pleine compétition du Mondial 2018, lors du match opposant le Brésil et la Belgique, en quart de finale. Malgré les mises en garde de divers secteurs de la société contre cette éventuelle mesure maladroite, vu l’état de pauvreté généralisée et de misère chronique dans lequel croupit la population.

Au mépris de toute la société, contre vents et marées, il avance, il fixe les prix des produits pétroliers à son bon vouloir : le gallon de gazoline est passé de 224 à 309 gourdes ; le diesel de 179 à 264 gourdes ; et le kérosène est passé de 173 à 262 gourdes, fût une hausse de 39% pour les deux premiers produits et 51% pour le kérosène, l’essence la plus utilisée par les couches les plus vulnérables de la population.

Comme plusieurs francs-tireurs dans la Coupe du monde, M. Moïse a manqué son penality : hausse excessive du prix de l’essence contre le peuple haïtien, et, contre toute attente, la défaite du Brésil vis-à-vis de la Belgique. De toute évidence, quel que fût le résultat du match, l’annonce officielle de la mise en application de cette mesure par le gouvernement allait aboutir à cette effervescence populaire, car les signes avant-coureurs.

Au coup de sifflet final du match, le peuple est en demi-finale avec le locataire du palais national. Il gagne les rues spontanément, bloque toutes les artères de la région métropolitaine. Montagnes de barricades de toutes sortes, pneus enflammés érigés partout. En un clin d’œil, le ciel de Port-au-Prince est méconnaissable, une épaisse fumée noire enveloppe la ville. La colère du peuple est un volcan en éruption. Conséquences : les vols programmés à destination de Port-au-Prince sont annulés ; d’autres en direction d’Haïti ont été redirigés vers la République dominicaine avec une cessation temporaire des vols de l’étranger à destination de Port-au-Prince en disaient long.

Ce soulèvement populaire, pacifique le premier jour, s’était vite tourné en une vaste opération de violence aveugle et de pillage contre certaines entreprises commerciales de la place, suite à un appel au calme, dans la matinée du samedi, du Premier ministre Jack Guy Lafontant. La population, quant à elle, a qualifié cette intervention de provocation. On connaît le bilan : plusieurs personnes tuées, dont un policier. Notons que des dizaines de personnes sont sorties blessées. Côté matériel : des supermarchés sont mis à sac et brûlés, des parcs automobiles carbonisés, plusieurs banques pillées, certains parkings d’hôtels n’ont pas été épargnés par cette vague de violence, les maisons de commerce à Pétion-Ville, à Delmas et sur la route de l’aéroport ont en aussi fait les frais.

Ce triste tableau a tétanisé le sommet de l’État. Ce n’est que 24 heures après la fureur déchaînée du peuple que le président Jovenel Moïse a réagi. Enfin, il annoncera que la mesure d’augmenter les prix des produits pétroliers est annulée. « Nou pale, mwen tande nou, e se pou sa mwen tounen sou desizyon sa a», a déclaré M. Moïse. En substance, iI dit qu’il a entendu la voix du peuple, mais pourquoi avoir attendu toute cette casse pour revenir sur cette décision maladroite ? Diriger, c’est prévoir. En prenant de la hauteur, il aurait pu éviter non seulement les pertes incalculables et irréparables, mais aussi préserver l’image de l’État haïtien.

Manifestement depuis son élection, Jovenel Moïse se comporte comme un arrogant. Orgueilleux, têtu, intransigeant, sourd, il s’enferme dans sa bulle pour gouverner. Ce n’est qu’après les derniers événements du vendredi 6 et samedi 7 juillet que sa bulle a éclaté. À la Télévision nationale d’Haïti, le visage désemparé, la voix terne, il a fait son mea-culpa et demandé à la population de rentrer chez elle. Mais, en leader responsable, quelle alternative propose-t-il ? Et ce peuple mécontent sera-t-il toujours ignoré ? Pourquoi jusqu’à présent il ne le voit pas dans sa politique ?

Ce peuple foulé aux pieds, bafoué est ignoré. Il le sait. Pour le moment, on est sur un baril de poudre. L’État est faible. Sa faiblesse est une menace. Les derniers événements viennent le confirmer. Le maître mot de Jovenel Moïse, « le président a parlé, point barre ! », a pris un sacré coup. Cette fois-ci, le peuple a parlé, point barre ! On est dans un carrefour. Tout périclite autour de nous. Il faut faire un choix pour sortir ce peuple de cette misère infecte qui empêche le pays de respirer.

Ronald Singer Auteur

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